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Chronique : L’Europe et le Golfe dans la guerre contre l’Iran ?

Mustapha Tossa Journaliste éditorialiste

Théâtre de guerre : Au tout début de cette guerre, Donald Trump avait sollicité l’aide militaire et politique de ses alliés européens et dans la région du Golfe. Les deux ensembles ont refusé officiellement de s’y associer sous prétexte que cette guerre a été lancée sans les consulter et contre leurs volontés.

Il est vrai que sur un plan purement diplomatique aussi bien l’Union européenne (UE) que le Conseil de Coopération du Golfe ( CCG) appellent régulièrement au retour de la négociation diplomatique entre les protagonistes de cette guerre, à un cessez-le-feu qui garantit un retour à la stabilité d’avant ce fameux 28 février où une opération conjointe entre Donald Trump et Benjamin Nethanyahou avait décapité la tête du régime iranien.
Au tout début de cette guerre, Donald Trump avait sollicité l’aide militaire et politique de ses alliés européens et dans la région du Golfe. Les deux ensembles ont refusé officiellement de s’y associer sous prétexte que cette guerre a été lancée sans les consulter et contre leurs volontés. Ce refus laissa des traces d’amertume au sein de l’administration américaine. Donald Trump avait même formulé des menaces de vengeance contre les Européens sur un autre théâtre de guerre, celui de la guerre entre la Russie et l’Ukraine où l’aide américaine est extrêmement précieuse pour continuer à tenir la dragée haute à Vladimir Poutine. Pour les pays du Golfe, le fait qu’ils soient massivement ciblés par l’armée iranienne alors qu’ils n’ont ni débuté cette guerre ni participé à sa dynamique militaire rendent la situation presque ubuesque. C’est pour cette raison que dès l’apparition de la médiation pakistanaise, ces pays du Golfe faisaient partie, aux côtés des Européens de ceux qui encourageaient Américains et Iraniens à parvenir à une entente qui fait baisser la température guerrière et éloigne le spectre de la déflagration régionale.

Or la donne vient de changer. Dans le sillage de l’entente américano-iranienne sous médiation pakistanaise, le régime iranien avait compris que l’empressement de Donald Trump à signer un accord-cadre avec lui équivalait à lui mettre le détroit de Hormuz sous son contrôle et sa domination. Et qu’il pouvait à leur imposer une taxe de péage à tout le trafic international qui l’emprunte. Cette posture iranienne et l’ambiguïté américaine qui l’accompagne surtout quand Donald Trump affirme que l’économie américaine ne dépend pas de ce détroit et que c’est plus une préoccupation européenne et asiatique qu’américaine.
Et c’est exactement là où le bât blesse pour les Européens et les pays du Golfe. Pour eux il est hors de question de subir le racket et le chantage iranien qui veut imposer un prélèvement à leurs économies. Les deux ensembles refusent cette nouvelle situation pour deux raisons majeures. La première est que l’argent donné aux Iraniens est un manque à gagner pour leurs économies à la fois en tant que producteurs et consommateurs.
La seconde est qu’il est difficilement envisageable de permettre à un régime iranien internationalement honni d’accéder à une manne gigantesque et permanente avec la perspective de le voir se renforcer, devenir encore plus dangereux pour la stabilité régionale et acquérir d’immenses moyens financiers. D’autant plus qu’un Iran qui sort renforcé de cette guerre pourra travailler avec cette manne financière à renforcer ses proxis dans la région, (au Liban, en Irak et au Yémen) pour asseoir sa domination et devenir le pays qui imprime et le mood idéologique et le tempo politique pour l’ensemble de la région..
D’où une grande interrogation qui s’impose aujourd’hui. Les pays de l’Union européenne et les pays du Golfe vont-ils accepter cette situation et rester les bras croisés devant le racket et la menace iraniens ? Ou vont-ils imaginer une autre solution pour empêcher la République iranienne de sortir victorieuse de son bras de fer avec les Américains ?
Depuis le début de cette guerre, les Européens menés par le Français Emmanuel Macron avaient proposé de former une alliance internationale pour sécuriser la navigation dans le détroit de Hormuz, mais pour que ce projet acquiert de l’efficacité du point de vue de ces géniteurs, il lui fallait impérativement la cessation des hostilités entre Américains et Iraniens et un cadre légal, sans doute une résolution des Nations Unies pour le couvrir en terme de légitimité internationale.

Or ni la première ni la seconde condition ne sont encore réunies. Ce qui met Européens et pays du Golfe dans une forme d’impasse géostratégique ou d’autres choix, moins diplomatiques, pourraient s’imposer à eux. Ainsi l’option d’une participation plus concrète dans cette guerre à travers une alliance Europe-pays du Golfe pourrait paraître comme une inévitable évolution.