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Éditorial : Faire mieux avec ce qui existe déjà

© D.R

La Banque mondiale vient de publier son nouveau Morocco Economic Update. Les principaux indicateurs qu’elle relève sont plutôt solides : une croissance réelle estimée à 4,9% en 2025, la plus élevée depuis dix ans, un déficit budgétaire ramené à 3,5% du PIB et une inflation contenue à 0,8%.

Pour 2026, l’institution prévoit encore une croissance de 4,2% (lire l’article en page 9). Mais un autre chiffre mérite probablement autant d’attention.
Moins d’une entreprise marocaine sur cinq utilise aujourd’hui de manière intensive et intégrée les technologies numériques avancées. Et la Banque mondiale mesure surtout ce que cela peut changer : les entreprises qui les utilisent afficheraient des gains de productivité pouvant atteindre 70%, une croissance de l’emploi supérieure de 10% et des salaires moyens environ 27% plus élevés. Combler une partie du retard numérique pourrait presque mécaniquement relever la productivité globale du Maroc de 10 à 15%.

Pendant deux décennies, et à juste titre, le Maroc a investi massivement dans ses infrastructures. Il a construit des autoroutes, des ports, des zones industrielles, des plateformes logistiques, des infrastructures énergétiques et une première ligne à grande vitesse. Ces équipements ont permis de changer l’échelle de l’économie et de faire émerger de nouvelles industries.
A présent, il faut tirer davantage de valeur de tout ce qui a été construit.

On parle souvent d’intelligence artificielle, de cloud, de data centers ou encore de Digital Morocco 2030. Mais la transformation numérique d’une économie ne se mesure pas uniquement au nombre de champions technologiques qu’elle parvient à faire émerger. Elle se joue aussi dans des milliers d’entreprises beaucoup plus ordinaires.
Une PME industrielle qui automatise une partie de sa production, un logisticien qui optimise ses flux, un hôtel qui gère mieux ses réservations et ses achats, une exploitation agricole qui utilise davantage la donnée ou un commerçant qui numérise sa gestion participent eux aussi à cette transformation. Et c’est là qu’il faudra aller chercher des points de croissance supplémentaires qui, de surcroît, sont largement à notre portée.
Les infrastructures aux standards élevés permettent aujourd’hui aux entreprises de produire, d’exporter et de se connecter aux marchés. L’étape suivante consistera à faire en sorte qu’elles utilisent mieux le capital, les équipements, les compétences et désormais la technologie dont elles disposent.
Après la bataille des infrastructures vient donc celle de la productivité qui se gagnera à l’intérieur des entreprises.