Le rapprochement entre Ford et Geely en Espagne, ajouté aux implantations annoncées d’autres constructeurs chinois en Europe, est un signal qui intéresse directement l’industrie automobile marocaine (lire l’article en page 3). Et il rappelle surtout l’importance devenue vitale de la veille concurrentielle.
Lorsqu’un pays construit une stratégie sectorielle, il travaille naturellement sur ses propres avantages : infrastructures, coûts, compétences, fiscalité, énergie, logistique ou accords commerciaux. Mais ces avantages n’ont rien de définitif. Pendant que le Maroc améliore son offre, ses concurrents améliorent la leur et les opérateurs et investisseurs mondiaux inventent de nouveaux montages pour répondre aux contraintes qui apparaissent.
La proximité du marché européen constitue évidemment un des avantages majeurs du Maroc. Elle le restera. Mais si des constructeurs chinois peuvent désormais produire directement en Europe dans des usines déjà existantes, l’équation change. Il faut alors renforcer d’autres avantages : intégration locale, batteries, énergie, fournisseurs, compétences ou encore coûts.
Cette capacité d’observation existe certainement déjà dans les départements ministériels, les agences publiques et les grands groupes marocains. Elle devra probablement prendre encore davantage d’importance.
Car la vitesse à laquelle évoluent désormais les technologies, les réglementations et les chaînes de valeur réduit considérablement la durée de vie de certains avantages compétitifs. Ce qui faisait la différence hier peut devenir quelques années plus tard un simple standard, voire perdre une partie de sa pertinence.
La veille ne consiste donc plus seulement à savoir ce que font les concurrents. Elle doit permettre de détecter suffisamment tôt ce qu’ils préparent, les nouvelles technologies qu’ils adoptent, les investisseurs qu’ils attirent et surtout les avantages qu’ils sont en train de construire.
Le Maroc dispose désormais de plusieurs industries fortement insérées dans les chaînes de valeur mondiales. Automobile, aéronautique, engrais, textile, agro-industrie ou énergies renouvelables : toutes évoluent dans des environnements où la compétition se joue en permanence et où, surtout, les évolutions technologiques chamboulent plus rapidement les positions acquises.
Construire un avantage industriel prend parfois dix ans. Le voir perdre de sa valeur peut aller beaucoup plus vite. Une veille concurrentielle performante sert précisément à ne pas le découvrir trop tard.










