Les évaluations prospectives de la branche long terme de la CNSS révèlent un horizon de viabilité limité à 10 ans et un taux de préfinancement de 58%.
Rapport : Les régimes de retraite ont continué, en 2025, d’enregistrer des déséquilibres structurels, malgré une amélioration temporaire de certains indicateurs financiers. La réforme systémique du secteur demeure indispensable pour résorber une grande partie des engagements non couverts et assurer la soutenabilité financière des régimes à long terme.
Les régimes de retraite ont enregistré une amélioration de certains indicateurs financiers au titre de l’année 2025. Selon le rapport annuel sur la stabilité financière élaboré par Bank Al-Maghrib, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) , les cotisations des régimes de retraite, collectées auprès d’une population de 5,1 millions de cotisants, ont atteint 73 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 9,3% par rapport à 2024. Les prestations, qui ont bénéficié à 1,5 million de pensionnés, ont enregistré, quant à elles, une progression de 5,8% et se sont élevées à 75,3 milliards DH.
CMR : Un horizon de viabilité de 5 à 6 ans
Les cotisations de la Caisse marocaine des retraites qui gère le régime des pensions civiles (RPC) ont enregistré une hausse de 11,7% pour se situer à 35,6 milliards DH contre 31,9 milliards en 2024. Cette progression est portée par la mise en œuvre de la seconde échéance de l’augmentation salariale du dialogue social, à partir de juillet 2025. Les prestations du régime ont progressé de 4,7% atteignant 41,1 milliards DH. Le déficit technique s’est résorbé, passant de -7,3 milliards de dirhams à -5,4 milliards. Grâce à un solde financier de 3,6 milliards DH, le solde global du régime s’est amélioré pour atteindre -2 milliards DH au lieu de -4,1 milliards en 2024. L’horizon de viabilité du régime CMR-RPC, se situe entre 5 et 6 années. Si les flux financiers supplémentaires induits par les augmentations des salaires n’ont pas permis d’allonger significativement l’horizon de viabilité du régime, ils ont, néanmoins, contribué à améliorer ses indicateurs d’équilibre à long terme. En effet, le taux de cotisation d’équilibre se situerait à 32% contre 35% avant les augmentations salariales, soit quatre points de plus par rapport au taux de cotisation en vigueur au lieu de 7 points auparavant. Ce régime bénéficie également d’une tarification équilibrée, instaurée à la suite de la réforme paramétrique de 2016.
RCAR-RG : Une viabilité de 29 ans
Pour sa part, le régime RCAR-RG (Régime collectif d’allocation de retraire –Régime général ) a également enregistré une progression notable de ses cotisations en hausse de 8,7% pour atteindre 3,8 milliards DH. Cette évolution s’explique également par les revalorisations salariales opérées au sein des établissements publics, ainsi que pour les agents non titulaires de l’État et des collectivités territoriales. Quant aux prestations, celles-ci ont progressé de 3,6% pour s’établir à 8,4 milliards DH. Le déficit technique du régime est resté quasi stable aux alentours de -4,5 milliards de dirhams. Grâce à un solde financier de 4,9 milliards DH, le régime a enregistré un solde global du régime excédentaire de 221 millions de DH.Le régime du RCAR-RG bénéficie d’un horizon de viabilité relativement confortable de 29 ans, soutenu notamment par une assise financière importante et renforcé par les récentes revalorisations salariales. Toutefois, ces augmentations, combinées à la sous-tarification structurelle du régime, induisent une dégradation des indicateurs d’équilibre à long terme. Dans ce contexte, le retard de la mise en place de la réforme systémique du pôle public risque de réduire les marges de manœuvre disponibles et d’accroître le coût de sa mise en œuvre.
CNSS : Un horizon de viabilité limité à 10 ans
Concernant la branche long terme de la CNSS, celle-ci a enregistré, en 2025, un excédent global de 2,4 milliards DH, en retrait par rapport à 4 milliards enregistrés en 2024. Les cotisations collectées ont atteint 20,3 milliards DH, en hausse de 5,2% par rapport à 2024. Les prestations se sont élevées à 18,3 milliards DH, en hausse de 8,8%, pesant sur le solde technique qui s’établit à 2 milliards DH contre 2,4 milliards DH en 2024. Les évaluations prospectives de la branche long terme de la CNSS révèlent un horizon de viabilité limité à 10 ans et un taux de préfinancement de 58%, traduisant une sous-tarification structurelle des droits octroyés. La préservation de la viabilité financière à long terme de cette branche nécessite la mise en place d’ajustements paramétriques portant notamment sur le taux de cotisation, l’âge de départ à la retraite et l’adaptation du mécanisme d’acquisition des droits.
La viabilité de la CIMR est assurée à long terme
Pour ce qui est de la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite (CIMR), les cotisations ont augmenté de 9,9%, s’élevant à 13,2 milliards DH. Les prestations ont progressé à 7,5 milliards DH, soit une hausse de 7,2%. Cette dynamique a permis une amélioration du solde technique, qui progresse de 4,9 milliards DH à 5,7 milliards. Combiné à un solde financier de 4,1 milliards de dirhams, le solde global du régime s’établit à 8,9 milliards de dirhams, en progression de 8 % par rapport à 2024. Les évaluations actuarielles confirment la viabilité de la caisse sur l’ensemble de l’horizon des projections, ses réserves poursuivant leur tendance haussière.









