Les banques marocaines disposent de coussins de fonds propres adéquats leur permettant de faire face à des perturbations majeures tout en poursuivant leur rôle dans le soutien de l’activité économique.
Stress test : Le système bancaire marocain affiche une capacité de résistance confortée face aux différents scénarios de crise. Selon le dernier exercice de macro-stress test de solvabilité réalisé par Bank Al-Maghrib, les principales banques du Royaume disposent de niveaux de fonds propres suffisants pour absorber des chocs économiques, même sévères, tout en continuant à soutenir l’activité.
Le système bancaire marocain aborde les prochaines années avec des fondamentaux solides. Une confirmation faite par Bank Al-Maghrib suite à un exercice de macro-stress test de solvabilité dont les résultats ont été relayés dans le récent rapport annuel sur la stabilité financière. Le constat établi met en évidence la capacité des établissements bancaires marocains à résister à des chocs économiques d’intensité variable et à préserver leur stabilité financière dans des environnements instables. Tensions géopolitiques, volatilité des prix internationaux, aléas climatiques ou encore fragilisation de la capacité de remboursement des ménages et des entreprises : autant de risques susceptibles de peser sur l’économie à moyen terme. Dans ce contexte, la solidité des banques constituera un levier essentiel pour absorber les chocs et préserver la stabilité financière. Se référant à Bank Al-Maghrib, les banques marocaines disposent, à cet égard, de coussins de fonds propres adéquats leur permettant de faire face à des perturbations majeures tout en poursuivant leur rôle dans le soutien de l’activité économique.
L’exercice de macro-stress test de solvabilité a été en effet réalisé sur la base des données à fin 2025 des huit principales banques du Royaume. L’objectif étant d’évaluer leur capacité de résistance face à différents chocs macroéconomiques à travers trois scénarios reposant sur des hypothèses de gravité croissante. Le premier scénario, dit central, est aligné sur les prévisions macroéconomiques publiées en juin 2026. Il repose, en effet, sur une évolution favorable de l’environnement économique, avec une poursuite de la dynamique de croissance en 2026-2027, soutenue par des conditions climatiques favorables et le raffermissement des activités non agricoles.
A cet égard, le secteur bancaire marocain continuerait d’afficher une bonne capacité de résistance. Le taux moyen des créances en souffrance des huit principales banques se stabiliserait autour de 9,8 % sur la période 2025-2027. La progression des marges d’intérêt et des commissions contribuerait à soutenir les résultats des établissements. Dans ce contexte, les banques préserveraient des niveaux confortables de fonds propres prudentiels. Le ratio moyen de solvabilité, sur base sociale, atteindrait environ 15,2 % à fin 2027, tandis que le ratio moyen de fonds propres de base s’établirait à 11,8 %.
Qualifié de sévère mais plausible, le deuxième scénario intègre une dégradation marquée de la conjoncture internationale, notamment à travers une intensification et un élargissement du conflit au Moyen-Orient, entraînant des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et une forte hausse des prix des matières premières.
« Ces évolutions se traduiraient par une accélération marquée de l’inflation et un ralentissement significatif de l’activité économique, tant au niveau international que national », relève-t-on de Bank Al-Maghrib. Et de préciser que « la dégradation des conditions macroéconomiques affecterait la capacité de remboursement des ménages et des entreprises ». Ces anticipations se traduiraient par une progression du taux moyen des créances en souffrance qui passerait de 9,1 % en 2025 à 11,1 % en 2027. « Cette évolution contraindrait les banques à renforcer leurs provisions afin de couvrir l’augmentation du risque de crédit. Par ailleurs, le ralentissement des principales composantes du compte de résultat pèserait sur les fonds propres», peut-on relever du rapport annuel sur la stabilité financière. Dans ce scénario, le ratio de solvabilité diminuerait d’environ 141 points de base entre 2025 et 2027, contre une contraction de 10 points de base des fonds propres.
L’hypothèse extrême constitue le test le plus exigeant pour le secteur bancaire. Ce troisième scénario simule une situation de forte récession résultant de la combinaison de plusieurs chocs macro-financiers. Il suppose une forte contraction du PIB en 2026, consécutive à un arrêt brutal de l’activité économique, d’une ampleur comparable à celle observée durant la crise sanitaire. Ce choc serait aggravé par un épisode de sécheresse assez sévère en 2027, qui, selon la Banque centrale, induirait une baisse de la production céréalière à environ 25 millions de quintaux et une détérioration des performances des autres cultures agricoles. Une situation qui provoquerait une détérioration significative de la situation financière des ménages et des entreprises non financières.
A cet égard, le taux moyen des créances en souffrance atteindrait 11,5 % en 2026 avant de progresser à 12,8 % en 2027.
« L’augmentation du coût du risque, combinée au recul des marges d’intérêt et des commissions, entraînerait une baisse importante du résultat net des banques », estime Bank Al-Maghrib. Bien que la reprise de l’activité en 2027 permette une amélioration partielle de leur rentabilité, les ratios moyens de fonds propres prudentiels et de fonds propres de base poursuivraient leur repli, pour s’établir respectivement à 13,6 % et 10,3 % à l’horizon 2027. Pour autant, les banques devraient, en moyenne, continuer de respecter les exigences réglementaires minimales en vigueur.
Des fonds propres prudentiels de 210 MMDH en 2025
Assise: Ces projections interviennent dans un contexte de renforcement de l’assise prudentielle des banques marocaines. Elle se situe, selon Bank Al-Maghrib, largement au-dessus des exigences réglementaires. Se référant aux données disponibles, les fonds propres prudentiels des banques conventionnelles se sont établis à 210 milliards de dirhams, en augmentation de 8,6 milliards par rapport à 2024. « Les fonds propres de catégorie 1 en constituent la composante prépondérante avec un montant de 176 milliards de dirhams, soit 83,9 % du total, dont 84,4 % au titre des fonds propres de base. Les fonds propres de catégorie 2 s’élèvent quant à eux à 34 milliards de dirhams », explique Bank Al-Maghrib dans son rapport. Les ratios prudentiels des banques conventionnelles se sont inscrits, pour leur part, en amélioration par rapport à l’exercice précédent.
Le ratio de solvabilité moyen, qui mesure la capacité des banques à couvrir leurs risques au moyen de leurs fonds propres, s’est établi à 16,1 % contre 16,2 % en 2024. A cet effet, le ratio de fonds propres de catégorie 1 s’est maintenu autour de 13,5 %, alors que le ratio de fonds propres de base, qui constitue l’indicateur de référence de la capacité d’absorption des pertes en période de tensions, s’est renforcé à 11,4 % contre 11,26 % en 2024. S’agissant des banques participatives, Bank Al-Maghrib affirme que leurs ratios moyens de solvabilité et de fonds propres de catégorie 1 se sont établis à 13,7 % et 13,5 % respectivement.









