Prise de conscience
Kais Saied restera dans l’histoire politique de la Tunisie comme l’homme qui a transformé son pays en proxy algérien annihilant des années de diplomatie, de neutralité, de réalisations économiques et d’avancées sociales et intellectuelles.
La séquence politique que vit la Tunisie aujourd’hui est assez révélatrice des illusions dans lesquelles le régime de Kais Saied l’avait plongée. Lorsque certains commentateurs y compris algériens commençaient à pointer la Tunisie comme une véritable wilaya algérienne, il y a eu comme un haut-le-cœur de surpris et de dégoût au sein de l’élite tunisienne considérant tout ceux qui propagent cette idée comme ayant pour seul agenda de saboter l’amitié entre Tunis et Alger.
Or ce qui vient de se passer, lorsque le président algérien Abdelmajid Tebboune a menacé les manifestants tunisiens ou tous ceux qui aspirent au changement de Kais Saied, a montré clairement la nature de la mainmise que le régime algérien est en train d’exercer sur la Tunisie. Et tous ceux qui, en Tunisie ou à l’etranger, doutaient de cette situation, ont eu soudain un éclair de conscience. Le régime algérien se comporte effectivement comme si la Tunisie était une vraie wilaya algérienne.
Les arguments politiques mis en valeur par le président Tebboune n’ont fait en réalité qu’aggraver la situation. Tebboune estime qu’on cherche à déstabiliser la Tunisie pour la punir de son alliance avec l’Algérie alors que les colères, les manifestations et les frustrations des Tunisiens sont le fruit de la faille de la gestion de Kais Saied indépendamment de sa relation avec le régime algérien. Il est vrai que depuis l’arrivée surprise de Kais Saied au pouvoir en Tunisie, il a montré contre toute attente sa propension à se soumettre à l’agenda politique régional du régime algérien. C’est ainsi, alors que rien ne l’obligeait, il avait violé une neutralité légendaire de la Tunisie à l’égard des crises du Maghreb, il a réservé un accueil solennel au chef des séparatistes du Polisario Brahim Ghali, alors même que la Tunisie officielle ne reconnaît pas le Polisario. Ce geste avait scellé la soumission du régime de Kais Saied à celui d’Abdelmajid Tebboune et débuté une séquence où les intérêts tunisiens sont mis sous le boisseau de l’agenda algérien. Kais Saied a même épousé les alliances étrangères du régime algérien comme en témoignent son rapprochement spectaculaire et son admiration sans bornes à l’égard du régime iranien qui commence à considérer Alger et Tunis comme ses véritables rampes de lancement idéologiques pour propager sa domination en Europe et en Afrique. Kais Saied avait tenté de détourner le regard des Tunisiens de l’Occident pour placer son curseur vers l’Iran et ses Ayatollahs.
De par leurs premières réactions à cette crise, notamment à l’occasion de la vacance du pouvoir en Tunisie pour cause de maladie de Kais Saied, les Tunisiens ont montré un début de prise de conscience. Il refusent les politiques de ce président qui les ont plongés dans une crise sociale inédite. Et ils refusent ses alliances diplomatiques qui les ont isolés de la communauté internationale et fait partager avec le régime algérien et iranien le statut fort peu enviable de pays pestiféré et infréquentable.
La Tunisie qui, traditionnellement dispose d’une société civile dynamique, d’une économie ouverte sur le monde, d’une diplomatie conquérante et constructive, se retrouve avec Kais Saied soumise à l’agenda politique pyromane des militaires algériens. La facture de cette soumission, une crise économique sans précédent et un isolement international de plus en plus marqué.
Le message envoyé par le président algérien à la rue tunisienne est le suivant : si vous bougez pour faire tomber Kais Saied, je considérerai cela comme une entreprise terroriste et j’interviendrai pour faire avorter ces tentatives. Au yeux des Tunisiens, Tebboune valide la notion de «wilaya algérienne». D’où cette prise de conscience, d’où ce réveil tunisien qui s’impose deux objectifs majeurs et très liés: se trouver un autre leadership autre que Kais Saied et mettre fin à l’influence nocive du régime algérien sur la Tunisie. Les deux objectifs politiques vont de pair étant donné que l’un produit l’autre. Kais Saied restera dans l’histoire politique de la Tunisie comme l’homme qui a transformé son pays en proxy algérien annihilant des années de diplomatie, de neutralité, de réalisations économiques et d’avancées sociales et intellectuelles lesquelles faisaient de la Tunisie une des plus belles et des plus attractives placeés de la Méditerranée et l’a transformée aujourd’hui en une annexe de la grande caserne algérienne à côté.









