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Emploi rémunéré : L’autre transformation qu’on ne voit pas…

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Dans les dernières statistiques sur le marché du travail, un chiffre interpelle : 279.000 emplois contre revenu supplémentaires en seulement trois mois. Ce que cache réellement cet indicateur. Recoupements et analyse.

Indicateurs : 279.000 emplois contre revenu supplémentaires en seulement trois mois. Le chiffre du deuxième trimestre 2026 marque une nette accélération d’une tendance déjà installée : +50.000 emplois rémunérés en 2023, +177.000 en 2024 et +249.000 en 2025. Année après année, l’emploi rémunéré progresse et son rythme s’accélère. Des indicateurs qui permettent de déchiffrer la transformation qualitative silencieuse du marché du travail.

279.000 emplois rémunérés supplémentaires en seulement trois mois. C’est l’un des chiffres les plus remarquables de la dernière note du Haut-Commissariat au Plan (HCP) consacrée au marché du travail. Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, le nombre de personnes disposant d’un « emploi contre revenu », selon la nouvelle terminologie utilisée par le HCP, est passé de 10,364 à 10,643 millions.
Le chiffre prend une tout autre dimension lorsqu’il est rapproché des évolutions enregistrées ces dernières années. Sur l’ensemble de l’année 2023, le Maroc avait créé, toujours selon le HCP, 50.000 emplois rémunérés. En 2024, leur nombre avait progressé de 177.000. En 2025, de 249.000. Et voilà que le seul deuxième trimestre 2026 affiche une progression de 279.000.
Les périodes ne sont certes pas directement superposables et l’emploi connaît naturellement des variations saisonnières. Il serait donc hasardeux d’annualiser mécaniquement la progression du deuxième trimestre. Mais l’ordre de grandeur est suffisamment important pour être révélateur de quelque chose : en trois mois, l’augmentation du nombre d’emplois contre revenu dépasse celle enregistrée sur chacune des trois années précédentes prise séparément.
Et surtout, ce chiffre n’arrive pas seul. Il prolonge un mouvement qui apparaît désormais avec de plus en plus de netteté dans les statistiques du HCP.

50.000, puis 177.000, puis 249.000

Il suffit de reprendre les notes annuelles du HCP pour voir apparaître la tendance. En 2023, 50.000 emplois rémunérés supplémentaires sont enregistrés. L’année suivante, la progression atteint 177.000. En 2025, elle monte encore à 249.000.
En trois exercices, le cumul atteint ainsi 476.000 emplois rémunérés supplémentaires.
Mais le plus intéressant n’est peut-être pas le chiffre cumulé à lui seul. C’est surtout le profil de la trajectoire et la succession elle-même : Trois années consécutives de progression et un rythme qui augmente à chaque exercice.
Les +279.000 enregistrés entre le premier et le deuxième trimestre 2026 prennent alors une autre signification. Pris isolément, ils pourraient apparaître comme une forte variation trimestrielle. Replacés dans la trajectoire des dernières années, ils viennent prolonger, avec une intensité beaucoup plus forte, un mouvement déjà installé.
Une nouvelle série statistique du HCP permet désormais d’observer cette évolution avec encore davantage de recul.

Quand le HCP remonte jusqu’en 2017

Depuis 2026, le Haut-Commissariat au Plan a rénové son dispositif de mesure du marché du travail à travers la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026).
Parmi les changements figure une notion qui mérite d’être vulgarisée : l’« emploi contre revenu ».
Derrière cette définition statistique, l’idée est simple : Il s’agit des personnes qui exercent une activité en échange d’une rémunération ou dans le but d’en tirer un profit.
Ce changement de méthode pose évidemment une difficulté pour l’analyse : comment comparer les chiffres de 2026 avec ceux des années précédentes ?
Et le HCP a justement recalculé les principaux indicateurs trimestriels remontant jusqu’en 2017 en appliquant les nouveaux concepts aux anciennes données. Ces séries dites « rétropolées » permettent ainsi de suivre l’évolution de l’emploi contre revenu sur une base statistique homogène et donc comparable.
Et lorsqu’on regarde cette série, le mouvement apparaît encore plus clairement.

713.000 de plus depuis fin 2022

Au quatrième trimestre 2022, le Maroc comptait 9,930 millions de personnes en emploi contre revenu. Au deuxième trimestre 2026, elles sont 10,643 millions. La différence atteint 713.000 personnes en trois ans et demi.
La progression n’est évidemment pas parfaitement linéaire. La courbe connaît des hausses et des replis d’un trimestre à l’autre. L’activité économique et l’emploi sont soumis à des effets saisonniers qui rendent peu pertinente une lecture mécanique de chaque variation trimestrielle.
Mais la comparaison entre les deux extrémités de la période donne une indication beaucoup plus robuste : le nombre de personnes disposant d’un emploi contre revenu s’est sensiblement accru.
Surtout, les 10,643 millions enregistrés au deuxième trimestre 2026 constituent le niveau le plus élevé de toute la série rétropolée depuis 2017.
C’est là que les différentes pièces commencent à s’emboîter.

Trois années consécutives durant lesquelles l’emploi rémunéré progresse : +50.000, +177.000 puis +249.000. Une série longue qui fait apparaître +713.000 emplois contre revenu entre fin 2022 et le deuxième trimestre 2026. Et enfin cette dernière poussée : +279.000 en trois mois.
Pris ensemble, ces chiffres commencent à révéler plus qu’une succession de bonnes statistiques. Leur poids augmente aussi.
Un autre indicateur vient compléter cette lecture. En 2023, 89% des emplois occupés au Maroc étaient rémunérés. En 2024, cette proportion atteint 90%. En 2025, elle monte encore à 90,7%.
L’écart peut paraître faible : 1,7 point en deux ans. Mais appliqué à un marché du travail de près de onze millions d’actifs occupés, il prend une autre ampleur.
Surtout, cet indicateur montre que le phénomène ne porte pas uniquement sur le nombre de personnes concernées. Le volume de l’emploi rémunéré augmente et son poids dans l’emploi total progresse lui aussi.
C’est probablement ce deuxième mouvement qui permet de commencer à parler d’une évolution de la structure même de l’emploi au Maroc.
Une proportion croissante des personnes qui travaillent exerce désormais une activité qui lui procure directement un revenu.

Un emploi rémunéré n’est pas seulement salarié

Encore faut-il savoir précisément ce que recouvre cette catégorie.
L’emploi rémunéré ne se limite pas aux salariés d’une entreprise, d’une administration ou de toute autre organisme. Un commerçant, un artisan, un entrepreneur individuel ou un indépendant qui travaille pour son propre compte et tire un revenu de son activité entre également dans cette catégorie.
Les statistiques de 2025 permettent d’ailleurs de mesurer les deux composantes. Parmi les personnes occupant un emploi rémunéré, 67,3% étaient salariées et 32,7% relevaient de l’auto-emploi.

Près d’un emploi rémunéré sur trois relève donc du travail pour compte propre.
Cette distinction permet de mieux mesurer l’ampleur du mouvement observé. La progression ne repose pas seulement sur les recrutements opérés par les entreprises ou les administrations. Elle englobe plus largement les différentes formes d’activité économique dès lors qu’elles génèrent effectivement un revenu pour celui qui les exerce.

Une économie qui change, un emploi qui évolue

Reste une question : qu’est-ce qui peut expliquer cette progression ?
Les statistiques actuellement disponibles ne permettent pas de décomposer les 713.000 emplois contre revenu supplémentaires pour déterminer précisément combien proviennent des services, de l’industrie, du BTP ou d’autres secteurs. Il serait donc hasardeux d’établir une causalité que les chiffres ne permettent pas de démontrer.
Mais cette progression intervient parallèlement à des transformations importantes de la structure économique du pays.
Les services occupent une place croissante dans l’activité et l’emploi. Plusieurs branches industrielles ont connu un développement soutenu. Le BTP bénéficie d’un cycle important d’investissements et de chantiers d’infrastructures.

Les chiffres du HCP donnent une idée de ces dynamiques. En 2025, 123.000 emplois ont été créés dans les services, 64.000 dans le BTP et 46.000 dans l’industrie.
Ces créations ne peuvent pas être assimilées directement aux emplois rémunérés supplémentaires. Mais elles permettent de replacer le phénomène dans son environnement économique global.
L’évolution de l’emploi rémunéré accompagne ainsi une économie dont les moteurs de croissance et d’emploi se diversifient progressivement.
Il existe également une autre transformation, plus sociale celle-là. Une partie de l’emploi non rémunéré au Maroc reste historiquement liée à l’organisation économique familiale, notamment dans le monde rural. Son poids est d’ailleurs sans commune mesure entre villes et campagnes. Cette particularité permet de mieux comprendre pourquoi la progression de l’emploi rémunéré peut également être lue comme l’un des signes d’une transformation progressive des formes de travail.

Changement de rythme

C’est finalement ce qui rend la dernière publication du HCP particulièrement intéressante.
Le mouvement n’a pas commencé en 2026. Il était déjà visible en 2023. Il s’est renforcé en 2024. Il a encore accéléré en 2025.
Mais le deuxième trimestre 2026 lui fait franchir un nouveau palier. 279.000 emplois contre revenu supplémentaires en trois mois, contre des progressions de 50.000 sur l’ensemble de 2023, 177.000 sur 2024 et 249.000 sur 2025.

Cette poussée porte le nombre de personnes disposant d’un emploi contre revenu au Maroc à 10,643 millions, le niveau le plus élevé depuis 2017 dans la série rétropolée du HCP.
Les prochaines publications permettront évidemment de voir si ce rythme particulièrement élevé se maintient.
Mais indépendamment des variations trimestrielles à venir, le recul disponible permet déjà de distinguer nettement une tendance : la dynamique positive avérée que connaît le marché du travail dépasse les volumes d’emplois créés. Elle se traduit aujourd’hui par une transformation qualitative de l’emploi. Une part croissante des personnes qui travaillent exerce une activité qui génère directement un revenu. Et les derniers chiffres du HCP montrent que cette évolution est en train de changer de rythme.