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Jihane Benslimane : L’Appreciate Inquiry, une méthode que le top management devrait adopter…

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Entretien
Face aux enjeux de transformation, de fidélisation des talents et de développement du leadership, les organisations marocaines sont contraintes à s’intéresser aux approches participatives associant les collaborateurs à la réflexion stratégique. Et l’Appreciative Inquiry répond pleinement à cette évolution. Cette démarche favorise l’engagement des collaborateurs, renforce la cohésion des équipes et améliore la qualité du dialogue. L’experte Jihane Benslimane revient en détail sur cette pratique qui est née aux Etats-Unis vers les années 1980.

ALM: Pourriez-vous déjà nous définir ce qu’est l’Appreciative Inquiry ?
Jihane Benslimane : L’Appreciative Inquiry, ou exploration appréciative, est une démarche de conduite du changement qui consiste à identifier ce qui fonctionne déjà dans une organisation afin de s’appuyer sur ces réussites pour construire son avenir. Là où les approches traditionnelles commencent par rechercher les dysfonctionnements, cette méthode s’intéresse d’abord aux forces, aux compétences et aux expériences positives. L’objectif n’est pas de nier les difficultés, mais de mobiliser les ressources existantes pour y répondre de manière plus constructive.

Quels sont les bénéfices de cette approche?
Cette démarche favorise l’engagement des collaborateurs, renforce la cohésion des équipes et améliore la qualité du dialogue. En valorisant les réussites plutôt que les échecs, elle développe la confiance, stimule l’innovation et facilite l’adhésion aux projets de transformation. Nous l’utilisons également pour construire une vision commune et pour transformer les idées issues du terrain en actions concrètes, avec un niveau d’implication souvent supérieur à celui observé dans les démarches classiques.

Existe-t-elle depuis longtemps ?
L’Appreciative Inquiry est née aux États-Unis au début des années 1980 sous l’impulsion des chercheurs David Cooperrider et Suresh Srivastva. Initialement développée dans le monde académique, elle s’est progressivement imposée dans les entreprises, les institutions publiques et les organisations internationales. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une approche efficace de conduite du changement et de développement organisationnel au Maroc comme à l’international.

À quel département est-elle rattachée au sein de l’entreprise ?
Il n’existe pas de règle unique. Selon les objectifs poursuivis, la démarche peut être pilotée par la direction générale, la direction des ressources humaines ou encore les équipes en charge de la transformation ou de l’innovation. Il s’agit surtout d’une démarche transversale qui mobilise l’ensemble des parties prenantes autour d’une vision partagée.

Quelles sont les principales missions de la personne qui en a la charge ?
Sa mission consiste à faire émerger les forces de l’organisation, à animer les échanges entre les équipes et à accompagner la construction d’une vision commune. Elle facilite les ateliers collaboratifs, recueille les expériences positives, identifie les leviers de développement et veille à transformer les idées en plans d’action opérationnels. Son rôle est avant tout celui d’un facilitateur du changement.

Quelles sont les compétences requises pour identifier les points forts de l’entreprise et les développer en interne ?
Au-delà des connaissances en management, cette fonction exige une excellente capacité d’écoute, de l’intelligence émotionnelle, la maîtrise des techniques d’animation de groupe et une bonne compréhension des enjeux stratégiques de l’entreprise. Il est également indispensable de savoir créer un climat de confiance afin de favoriser une parole libre et constructive.

Est-il opportun d’être accompagné par un expert externe ?
Dans de nombreux cas, un consultant externe apporte un regard objectif et une neutralité qui facilitent l’expression des collaborateurs. Il maîtrise également les méthodes d’animation propres à l’Appreciative Inquiry et aide l’entreprise à structurer la démarche pour obtenir des résultats concrets. Son intervention ne remplace toutefois pas l’implication du management, qui demeure un facteur clé de réussite.

Quel est le coût environ de cette consultation ?
Le coût dépend de la taille de l’entreprise, du nombre de collaborateurs concernés et de l’ampleur de la mission. Pour une PME, une intervention peut représenter un budget compris entre 20.000 et 90.000 dirhams. Pour des projets de transformation plus larges, incluant un diagnostic, des ateliers et un accompagnement du déploiement, le montant peut être plus élevé. En effet, il dépend de la durée et des ressources requises lors de l’intervention dans l’entreprise. Il convient néanmoins de considérer cette démarche comme un investissement destiné à améliorer durablement la performance collective.

Cette pratique est-elle courante au Maroc lors des diagnostics stratégiques en entreprise ?
Elle reste encore peu utilisée sous son nom, les entreprises privilégiant souvent des diagnostics plus traditionnels. Toutefois, les pratiques évoluent. Face aux enjeux de transformation, de fidélisation des talents et de développement du leadership, les organisations marocaines s’intéressent de plus en plus aux approches participatives qui associent les collaborateurs à la réflexion stratégique. L’Appreciative Inquiry répond pleinement à cette évolution.

Quelles sont vos recommandations quant à la démarche ?
Ma première suggestion consiste à inscrire cette approche dans une véritable volonté managériale et non comme un simple atelier ponctuel. Les dirigeants doivent être impliqués dès le départ et les collaborateurs associés à toutes les étapes. Il est également essentiel de traduire les idées issues des ateliers en actions mesurables et suivies dans le temps. Enfin, il ne faut pas opposer recherche des forces et analyse des difficultés : une organisation performante sait valoriser ses réussites tout en restant lucide sur ses axes d’amélioration.

Le mot de la fin peut-être…
Dans un environnement où l’incertitude devient la norme, les entreprises ont tout intérêt à changer de regard. Chercher en priorité ce qui fonctionne ne signifie pas ignorer les problèmes, mais créer les conditions pour mieux les résoudre. L’Appreciative Inquiry nous rappelle qu’une organisation possède déjà, en interne, les ressources nécessaires à sa transformation. En les révélant, les partageant et les renforçant, nous pouvons travailler par la suite les axes d’amélioration.

 

L’innovation compte quand elle transforme

Réflexions   Lors d’une rencontre avec les étudiants de l’UM6P, Zineb Hatim, head of bridges and talents department, a rappelé l’intérêt d’identifier la finalité de l’innovation, l’impact, l’intelligence collective et la raison d’être. «À un moment ou à un autre de notre vie, je crois que nous cherchons tous du sens dans ce que nous faisons, dans les choix que nous opérons tant sur le plan professionnel que personnel et dans l’héritage que nous espérons laisser derrière nous. J’ai eu le plaisir de partager un moment de réflexion collective avec les étudiants de la UM6P School of Collective Intelligence lors du Leadership Summit. Un échange riche et marquant qui m’a rappelé que l’intelligence collective ne se résume pas à penser ensemble». Pour elle, «il s’agit d’écouter, de questionner, d’apprendre les uns des autres et de créer quelque chose qui nous dépasse». Et lors de cet événement, ces étudiants ont suscité l’audience à une introspection.  Quel sens donnons-nous à nos actions ? Quel impact voulons-nous créer ? ont été les deux questions principales qui ont alimenté les débats. Car l’innovation n’est peut-être pas une fin en soi. «L’innovation compte lorsqu’elle transforme. La transformation compte lorsqu’elle génère de l’impact. Et l’impact prend tout son sens lorsqu’il sert une cause qui nous dépasse». Le rappeler est important.