EditorialUne

Casting miracle ?

© D.R

À moins d’un mois du scrutin du 23 septembre, le débat public devient naturellement de plus en plus politique. Et avec lui revient une question classique à l’approche des élections : celle de l’intérêt des Marocains pour la politique, avec une attention particulière portée aux jeunes.
À en croire certains discours, le diagnostic serait déjà fait. Les Marocains se désintéresseraient de la politique, les jeunes encore davantage et l’abstention serait presque devenue une fatalité. À force de le répéter, certains semblent même vouloir s’en convaincre.
Les chiffres invitent pourtant à relativiser.
En septembre 2021, le taux de participation avait atteint 50,2%. Le deuxième taux le plus élevé des cinq dernières élections législatives depuis 2002. Il était supérieur à ceux de 2007, 2011 et 2016 et proche des 51,6% enregistrés en 2002.
Le contexte de 2021 était évidemment particulier. Le Maroc sortait à peine de la pandémie. Pendant près de deux années, le pays avait vécu une séquence totalement inédite, avec ce qu’elle avait imposé comme contraintes mais aussi comme mobilisation, solidarité et résilience collective. Cela a-t-il joué quelques mois plus tard dans les urnes ? Difficile de l’affirmer. Mais le contexte ne peut pas être totalement évacué.
Le désintérêt pour la politique n’est pas une donnée définitive. Aux moments importants, lorsque les enjeux sont clairement perçus, l’électorat marocain est présent.
Toute la question est alors de savoir ce que les acteurs politiques vont lui proposer au cours des prochaines semaines.
Car pour intéresser les citoyens à une élection, encore faut-il parler de ce qui les intéresse. Emploi, pouvoir d’achat, santé, école, logement, mobilité sociale, avenir des jeunes, développement des territoires… Les sujets ne manquent pas. Pas plus que les grands choix auxquels le Maroc sera confronté durant les prochaines années.
C’est sur ce terrain que devrait se jouer la campagne : des visions, des programmes, des idées, des propositions et, pourquoi pas, de vraies confrontations politiques.
Certainement pas dans de piètres spectacles sur les réseaux sociaux où certains, faute de visions, d’idées, d’arguments, de réalisations concrètes à défendre, d’autres par opportunisme électoral ou par manque de courage pour assumer leurs responsabilités passées, préfèrent déplacer le débat sur le terrain du show. Comme si un casting pouvait, à lui seul, faire gagner la bataille…