EditorialUne

Inclure les marges

© D.R

Les hôpitaux publics comptent aujourd’hui à peine 32 psychologues. Quelque 200 autres exercent dans le secteur libéral privé. Le Maroc compte en tout et pour tout 343 psychiatres, dont seulement 16 pédopsychiatres.
Ces quelques chiffres suffisent à établir un constat qui perdure depuis trop longtemps : la santé mentale est restée le parent pauvre des politiques publiques de santé.
La situation interpelle d’autant plus que les chiffres officiels indiquent que pas moins de 6,5 millions de Marocains vivent aujourd’hui avec un trouble de santé mentale et qu’une grande majorité d’entre eux n’a pas accès aux soins adaptés.
C’est en gros le diagnostic sur lequel se fonde aujourd’hui le ministère de la santé pour lancer le Plan santé mentale 2030 (lire l’article en page 12).
Un plan doté d’un budget conséquent de 4 milliards DH et dont les objectifs donnent eux-mêmes la mesure du retard à rattraper. Il est ainsi prévu de passer de 32 à plus de 780 psychologues dans le secteur public, de doubler la capacité litière consacrée à la psychiatrie et de porter de 10 à 17 le nombre d’établissements hospitaliers dédiés.
Certes, cette problématique, comme d’autres à l’instar du handicap, a très souvent dû être reléguée au second rang des priorités, probablement au regard de l’ampleur des urgences et des retards accumulés dans le système de santé en général.
Mais cette explication a fini par atteindre ses limites.
Parce que derrière les statistiques de la santé mentale, il y a des millions de personnes, mais aussi leurs familles. Des enfants et des adolescents pour lesquels le pays ne compte que 16 pédopsychiatres. Des patients qui, faute de spécialistes ou de structures dédiées et accessibles, restent parfois sans prise en charge adaptée.
Le lancement de ce plan traduit, en tout cas, une prise de conscience : certaines problématiques longtemps considérées comme secondaires ne peuvent plus le rester.
Une société qui se veut plus inclusive ne peut pas avancer en laissant certaines catégories à la marge. Et l’inclusion commence précisément par ceux que l’on a trop longtemps peu vus, peu entendus et, surtout, insuffisamment pris en charge.