Rempart Qui pour empêcher que la France ne tombe l’année prochaine dans l’escarcelle des extrêmes ? C’est la question qui taraude tout le cénacle politique français depuis que les instituts de sondages, à l’unanimité, annoncent un second tour avec Marine Le Pen du Rassemblement National et Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise en haut du podium.
La crainte s’est approfondie quand ces mêmes sondages montrent une troisième place occupée par l’ancien Premier ministre Édouard Phillipe, loin derrière. Comme si toute possible alternative, tout espoir d’empêcher la finale des extrêmes aurait dangereusement décroché.
Il est vrai qu’à huit mois de l’élection présidentielle, la photo de l’opinion transcrite aujourd’hui par les sondages peut changer. L’évolution de la campagne avec les débats et les sorties médiatiques des uns et des autres pourraient dévoiler certaines failles, relativiser certains engagements, calmer certaines passions.
Dans cette optique, la troisième personnalité qui pourrait empêcher la finale des extrêmes miserait essentiellement sur le dévoilement des failles économiques aussi bien de Marine Le Pen que de Jean Luc Mélenchon. La première est prise dans une logique d’austérité économique extrême avec les services sociaux en ligne de mire. Le second dans une dangereuse hémorragie budgétaire avec les dépenses publiques en constante extension.
L’espoir que la campagne électorale puisse révéler des failles et des handicaps économiques des deux candidats préférés des sondages est actuellement la seule piste pour éviter la victoire de l’un ou de l’autre. Car l’enjeu aujourd’hui pour l’ensemble des autres partis de gauche comme de droite est de se trouver cette troisième personnalité capable d’incarner une alternative aux extrêmes.
La scène actuelle offre des profils qui peuvent réussir dans cette mission à condition de parvenir à arracher des soutiens et d’élargir leurs bases traditionnelles. En tête de gondole, il y a l’ancien Premier ministre Edouard Philippe dont l’étoile a commencé à briller sérieusement depuis qu’il a commencé à engranger des soutiens de poids lourds du gouvernement comme l’actuel ministre de la justice Gérald Darmanin.
Mais pour que l’aventure Édouard Phillipe puisse réussir il lui faut impérativement rallier le soutien d’autres poids lourds de la droite et du centre comme Bruno Retailleau ou Gabriel Attal. Ce qui n’est pas acquis aujourd’hui mais qui pourrait l’être demain si les sondages montrent que Édouard Philippe a des chances et des capacités de perturber le tête à tête annoncé des extrêmes. Sans oublier le rôle de perturbateur des certitudes que pourrait jouer une personnalité comme Dominique De Villepin, cet ancien proche de Jacques Chirac qui a réussi un petit miracle de survivre politiquement.
À gauche les noms des candidatures ne manquent pas. Raphaël Glucksmann, au nom d’un petit parti qui s’appelle « Place Publique », vient de créer une grande sensation en se présentant à ces élections. Au nom du Parti Socialiste, Olivier Faure a annoncé sa participation à cette course présidentielle. Même François Hollande, l’ancien président socialiste, ne cache plus ses ambitions d’être candidat. Cette pléthore de prétendants à gauche et qui devrait logiquement être tranchée par d’hypothétiques primaires à gauche affaiblit la gauche dite de gouvernement au profit de la gauche dite de contestation. Ce candidat de gauche, quelle que soit son identité , doit forcément convaincre les Verts et les Communistes pour espérer construire la moindre majorité.
La grande difficulté de trouver une tierce personne pour incarner cette fameuse troisième voie destinée à éviter que l’Elysée ne soit emporté par le RN ou LFI provient de cette impossibilité aujourd’hui structurelle à unir les forces éparpillées par la guerre des ego et des ambitions.
Ce qui risque de se passer au fur et à mesure que l’élection approche c’est que l’opinion des Français, en majorité angoissés par la possibilité que la fonction suprême ne soit accaparée par les extrêmes, ne se réveille brusquement en se retrouvant au bord du précipice. Ce qui était décrit simplement comme le scénario cauchemar de la vie politique française peut devenir demain une réalité intangible.
Et c’est ce sentiment d’une aventure avec énormément d’incertitudes qui pourrait demain provoquer un choc et pousser les Français à former un rempart contre l’extrémisme de gauche et de droite . Le Bloc central compte énormément sur ce réveil pour pouvoir dérouler leurs arguments et séduire cette majorité à la fois silencieuse et inquiète.










