Esprit d’équipe
Acteur et metteur en scène, Charki Sarrouti revient sur les ressorts du succès de la pièce «Sabaatou Rijal», son parcours artistique, sa conception du métier d’artiste ainsi que son regard sur l’évolution de la scène artistique marocaine. Il insiste notamment sur l’importance de la proximité avec le public, de la sincérité et de l’humilité, des valeurs qu’il considère comme essentielles pour inscrire durablement un artiste dans la mémoire collective. Nous l’avons rencontré à Khénifra lors de la présentation de cette pièce.
ALM : Votre pièce «Sabaatou Rijal» connaît un véritable succès auprès du public. Selon vous, quels sont les ingrédients de cette réussite ?
Charki Sarrouti : Le succès de « Sabaatou Rijal » tient avant tout à sa thématique sociale. La pièce aborde des questions qui touchent directement le quotidien des citoyens, notamment la santé, l’éducation et l’emploi. Ce sont des problématiques auxquelles chacun peut s’identifier, ce qui explique en grande partie l’accueil réservé à l’œuvre.
La pièce a également réuni une véritable élite du théâtre et de l’audiovisuel marocains, avec la participation de Jawad Sayeh, Mohamed Mahyoul, Zakaria Tamalo, Abdelilah Messiah, Abdessamad El Ghorfi, El Mkhentar, Soukaina Darabil, Raja Latifine et moi-même. Réunir huit artistes de cette envergure autour d’un même projet constitue déjà une richesse exceptionnelle.
Mais, au-delà des noms et du sujet traité, je pense que la véritable clé de notre réussite réside dans l’esprit de collaboration qui a régné entre nous. Chacun a apporté son expérience, sa sensibilité et son savoir-faire, dans un véritable esprit d’équipe.
Aujourd’hui, «Sabaatou Rijal» compte près de 260 représentations. Elle a également été diffusée sur la deuxième chaîne nationale, 2M, et continue de susciter l’intérêt du public. Pour nous, c’est une véritable consécration et surtout une grande satisfaction de constater que le public reste attaché à cette œuvre.
Revenons à vos débuts. Comment est née votre vocation artistique et comment avez-vous construit votre parcours ?
Comme beaucoup d’artistes, mes premiers pas dans le monde de l’art remontent à mes années d’école primaire. C’est là que j’ai découvert le goût de la scène et le plaisir de m’exprimer à travers l’art.
Par la suite, cette passion s’est développée au sein des maisons de jeunes et à l’occasion de différentes manifestations culturelles et artistiques nationales. Ces expériences m’ont permis d’acquérir progressivement de l’assurance et de mieux comprendre le métier d’artiste.
Ma première véritable apparition médiatique remonte à 1994, dans l’émission «Studio 5», aux côtés du regretté Aziz Chihal. Cette expérience a constitué une étape importante dans mon parcours. J’ai ensuite participé à l’émission «Hadaf», puis à «Ibtissama».
Ces différentes expériences m’ont progressivement ouvert les portes de la télévision et m’ont permis de participer à plusieurs productions, notamment la série «Ana wa Khoya waMratou». C’est véritablement à travers ces expériences que ma carrière artistique a commencé à prendre forme.
Vous avez plusieurs années d’expérience dans le métier. Pour vous, qu’est-ce qu’un artiste ?
Avant toute chose, l’artiste est un être humain. Il doit rester proche du citoyen, parce qu’il est, d’une certaine manière, le miroir de la société. L’artiste vit les mêmes préoccupations que les autres, il a une famille, des émotions, des espoirs et parfois les mêmes difficultés que ses concitoyens.
À mes yeux, la qualité essentielle d’un artiste est la sincérité. Il faut être sincère avec soi-même, mais aussi avec son public. On ne peut pas prétendre toucher les gens si l’on n’est pas soi-même authentique dans ce que l’on fait.
L’artiste doit donc rester connecté à la réalité et ne jamais se couper du quotidien du citoyen marocain. C’est cette proximité, associée à l’honnêteté et au respect, qui permet à un artiste de laisser une empreinte durable et de voir son nom rester dans la mémoire du public.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la scène artistique marocaine ?
Je pense que la scène artistique marocaine connaît aujourd’hui une évolution importante et un dynamisme réel. Nous constatons notamment que la production télévisuelle s’est développée et qu’elle n’est plus concentrée uniquement sur la période du Ramadan. Les productions sont désormais présentes tout au long de l’année. Cette dynamique est également liée aux efforts déployés par le ministère de la jeunesse, de la culture et de la communication pour donner un nouvel élan au théâtre, à l’audiovisuel et, plus largement, au secteur culturel. Ces dernières années, nous avons vu apparaître de nouvelles expériences et de nouvelles formes de production qui enrichissent le paysage artistique national.
On parle beaucoup, aujourd’hui, de célébrité et de notoriété. Pour vous, qu’est-ce qui distingue le véritable artiste de celui qui connaît simplement le succès ?
Pour moi, le véritable artiste est celui qui reste créatif et sincère, quel que soit le domaine dans lequel il évolue, que ce soit au cinéma, à la télévision ou au théâtre. Il ne doit jamais perdre le lien avec son public ni oublier les valeurs qui l’ont accompagné au début de son parcours.
Le public est, d’une certaine manière, la famille de l’artiste. Il faut donc lui laisser une belle image et surtout lui témoigner du respect. La notoriété n’est pas seulement un privilège, c’est aussi une responsabilité et une charge. Elle entre dans les foyers comme un visiteur. Lorsqu’on entre chez quelqu’un, on se doit de respecter celui qui nous accueille.
Je crois profondément que lorsque Dieu aime une personne, Il inspire à Ses créatures de l’aimer également. C’est une grande bénédiction, mais cette bénédiction doit être accompagnée d’humilité.
Lorsqu’un artiste bénéficie de l’affection et du respect du public, il doit les lui rendre. Il ne doit jamais devenir arrogant ni considérer qu’il est arrivé au sommet et qu’il n’a plus rien à apprendre. Il faut rester humble, respecter les gens et se rappeler que la notoriété est une arme à double tranchant. C’est le public qui vous donne votre notoriété. Il faut donc, en retour, respecter ce public et ne jamais oublier que sans lui, cette notoriété n’aurait pas de sens.









