Culture

Ilias Selfati explore les frontières du visible

© D.R

Exposition
Présentée jusqu’au 30 septembre à la Villa des Arts de Rabat, l’exposition «Papers Blooming in a Forest» d’Ilias Selfati explore les liens entre mémoire, regard et création. En prenant notamment appui sur l’expérience de Henri Matisse à Tanger en 1912, l’artiste marocain réinterroge les possibilités de la peinture, entre apparition, effacement et transformation.

À travers «Papers Blooming in a Forest», Ilias Selfati investit la Villa des Arts de Rabat avec un ensemble d’œuvres où peinture, dessin et volume se répondent. L’exposition ne propose pas une simple référence à l’histoire de l’art, mais ouvre un espace de réflexion dans lequel celle-ci se rejoue et se transforme. Le séjour de Henri Matisse à Tanger en 1912 constitue le point de départ de cette démarche. Pour Selfati, il ne s’agit ni de reproduire l’œuvre du maître français ni d’établir une relation de filiation. Matisse devient plutôt un point de condensation, une présence permettant à l’artiste d’interroger à nouveau les conditions du regard et de la création. Au cœur de cette exposition, la fenêtre occupe une place particulière. Héritée de la tradition picturale de la Renaissance, elle cesse d’être uniquement un dispositif permettant de représenter et de maîtriser l’espace. Chez Selfati, elle devient un seuil, un espace d’incertitude entre ce qui est vu et ce qui demeure hors champ. Ses peintures se construisent ainsi par superpositions, effacements et émergences. Des formes apparaissent dans des compositions traversées de couleurs et de lignes, sans jamais se laisser complètement enfermer dans une interprétation unique. Certaines figures, notamment celles qui évoquent le vivant et le monde animal, semblent surgir de la matière picturale avant de s’y dissoudre à nouveau. Le cheval, motif récurrent dans l’œuvre de Selfati, y occupe notamment une place singulière. Présent depuis de nombreuses années dans son travail, il est moins représenté comme un animal identifiable que comme une figure issue de la mémoire et de l’imaginaire. Cette présence participe à un univers où le réel et le rêve entretiennent une relation permanente.

Une peinture en perpétuelle transformation
Avec «Papers Blooming in a Forest», Selfati poursuit ainsi une recherche engagée depuis plusieurs décennies autour de la forêt, du vivant, de la mémoire et de la représentation. L’exposition ne cherche pas à établir une histoire linéaire entre Matisse et l’artiste marocain. Elle privilégie plutôt une zone de dialogue où les deux démarches peuvent entrer en résonance, sans jamais se confondre. La peinture devient alors un espace d’expérimentation, mais aussi de résistance poétique : un lieu où les formes peuvent apparaître, disparaître et renaître autrement. À la Villa des Arts de Rabat, Ilias Selfati propose ainsi une expérience où le papier, la peinture et la matière semblent «fleurir» pour donner naissance à une forêt intérieure, faite de souvenirs, de figures énigmatiques et de possibles. Une invitation à regarder autrement, et surtout à accepter que l’œuvre demeure ouverte à plusieurs interprétations.

Un artiste entre dessin, peinture et gravure
Né à Tanger en 1967, Ilias Selfati est diplômé de l’École des beaux-arts de Tétouan en 1991. Il poursuit ensuite sa formation à Madrid, où il se spécialise notamment dans les techniques de l’estampe et de la gravure et s’initie également à la sérigraphie. Son parcours est marqué par une pratique qui traverse plusieurs disciplines, du dessin à la peinture, en passant par la gravure et la sculpture. Au fil de sa carrière, Selfati a développé un langage artistique très personnel, reconnaissable notamment à la présence de figures animales, de chevaux et de paysages imaginaires. Son travail a été présenté au Maroc et à l’étranger et figure dans plusieurs collections publiques et privées.

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