EditorialUne

Vous avez dit crédibilité ?

© D.R

Il y a quelques jours encore, il était ministre. Membre d’un gouvernement issu d’une majorité et d’une coalition sorties des urnes en 2021.
Pendant près de cinq ans, il a donc naturellement passé des heures et des heures dans l’hémicycle à défendre les décisions, les mesures et les politiques publiques de ce gouvernement. Chiffres à l’appui, argumentaires bien construits et démonstrations parfois implacables, il en expliquait le bien-fondé, répondait aux critiques de l’opposition et défendait le bilan de l’Exécutif.
Le grand public a d’ailleurs largement eu le temps de découvrir ces plaidoyers, notamment à travers les retransmissions audiovisuelles des séances parlementaires.
Puis est arrivée la campagne électorale. Et soudain, notre ministre réapparaît dans un rôle totalement différent. Celui d’un opposant. Et parfois même plus virulent que ceux qui ont réellement passé les cinq dernières années dans l’opposition.
Pourquoi pas. Après tout, chacun est libre de porter un regard critique sur une expérience gouvernementale à laquelle il a participé.
Le problème commence lorsque les politiques que l’on défendait hier avec force deviennent soudain mauvaises dès que commence la campagne électorale. Sans explication. Sans retour critique. Sans même reconnaître la contradiction.
Et le plus savoureux est que le mot désormais brandi est celui de «crédibilité».
C’est là que les choses se compliquent. Car la crédibilité ne se décrète pas dans un meeting. Elle se construit dans la durée et suppose au minimum une certaine cohérence entre ce que l’on disait hier et ce que l’on affirme aujourd’hui.
On peut évidemment changer d’avis. On peut se tromper et le reconnaître. On peut expliquer qu’une expérience gouvernementale a conduit à revoir certaines convictions. Tout cela est parfaitement respectable. Mais il faut alors le dire.
Parce que lorsqu’un responsable affirme aujourd’hui exactement le contraire de ce qu’il défendait hier, sans expliquer ce qui justifie ce spectaculaire retournement, il place lui-même les électeurs devant une question assez simple : à quel moment faut-il le croire ? Hier, lorsqu’il défendait ces politiques ? Ou aujourd’hui, lorsqu’il les condamne?
Dans les deux cas, l’un des deux discours devient forcément difficile à créditer.
Et pour quelqu’un qui a voulu faire de la crédibilité un argument électoral, c’est plutôt embarrassant.

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux

Articles les plus lus