Lancée fin 2023, l’aide sociale directe soutient aujourd’hui près de 4 millions de ménages au Maroc. Derrière ce chiffre, des histoires vraies, comme celle de Mmi Aïcha, symbole d’une solidarité moderne qui renforce la dignité et ouvre la voie à l’autonomie.
Il y a, dans la rue principale d’Aïn Sbit, une épicerie comme on en trouve des milliers au Maroc. Des produits de tous genres, un comptoir qui a vécu et, souvent, sur une étagère, un carnet à spirale à la couverture cornée. Dans ce carnet, des noms, des dates et des chiffres. C’est là que s’écrit, depuis toujours, la solidarité de proximité.
Sur l’une de ces pages, il y a le nom de Mmi Aïcha. Et désormais, en bas des chiffres et de la liste des produits achetés, l’épicier a écrit : « réglé ». Mmi Aïcha a la soixantaine passée. Le visage d’une femme qui a beaucoup marché, beaucoup travaillé. Elle vit dans cette commune rurale de la province de Khémisset, à mi-chemin entre Rommani et les collines des Zemmour. « J’ai travaillé toute ma vie, dit-elle, en lissant le pan de son foulard. Un ménage par-ci, une bricole par-là. J’ai pris soin de ma famille, j’ai tenu ma maison. » Avant le Programme Royal des aides sociales directes, Mmi Aïcha comptait sur le système de la débrouille. Un quotidien où chaque dirham compte. Et, au coeur de ce système, le réseau invisible qui fait tenir les choses : une voisine, un fils, le commerçant du coin.
L’épicier, c’est presque un membre de la famille. Mmi Aïcha en parle comme on parle d’un complice de longue date. « Il «oubliait» parfois de noter quelques achats. Ou bien il me disait : non, Mmi Aïcha, tu as déjà réglé la semaine passée, alors qu’on savait bien tous les deux que non. » Cette complicité, cette solidarité discrète entre voisins, est l’un des plus beaux trésors de notre pays. C’est ce qui a tenu pendant des décennies. Et le Maroc moderne ne la remplace pas : il s’appuie dessus et l’amplifie. Le tournant est arrivé un jour de décembre 2023, par un canal que Mmi Aïcha n’aurait jamais imaginé : un formulaire en ligne, sur la plateforme asd.ma. « Je n’y croyais pas vraiment, au début. J’ai demandé à un voisin de remplir ma demande sur Internet. » Puis l’attente, courte. Puis un SMS qui disait : « Votre demande a été acceptée.» Et puis, quelques jours plus tard, le virement. « Le jour où je l’ai reçu, j’y croyais à peine. ».
Mmi Aïcha n’a pas hésité une seule seconde sur ce qu’elle allait en faire en premier. Direction l’épicerie. « Je me suis empressée d’aller payer ma dette. » Un carnet qu’on ouvre. Un doigt qui tourne les pages. Des chiffres qu’on barre. Et, des deux côtés du comptoir, un sourire. « Avec ce que me donne mon fils, ça me permet de vivre dignement et d’acheter le nécessaire, dit-elle. Et quand j’entends certains dire que cette aide est insuffisante, je leur réponds : 500 dirhams, c’est beaucoup quand chaque dirham compte. » Elle le dit en pesant ses mots.
Comme un constat d’une femme qui sait ce que vaut un dirham, et qui ne laisse personne parler à sa place. Pour Mmi Aïcha, 500 dirhams représentent environ un cinquième de ses revenus mensuels, soit une quinzaine de jours de courses alimentaires de base. C’est aussi le point d’entrée dans une logique nouvelle : celle où un foyer, même modeste, peut désormais mieux prévoir son quotidien. Le Programme des aides sociales directes est l’un des plus grands chantiers sociaux qu’ait connus le Maroc moderne. Lancé fin 2023 sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’assiste, il couvre aujourd’hui près de 4 millions de ménages, soit plus de 12 millions de Marocains.
Parmi eux, 5,5 millions d’enfants et plus d’1,5 million de personnes âgées de plus de 60 ans. Son budget s’est élevé à 26,5 milliards de dirhams en 2025 et devrait atteindre 29 milliards en 2026. Cela représente près de 2 % du PIB national, contre une moyenne d’environ 1,5 % dans les pays en développement, plaçant le Maroc au deuxième rang continental en matière de soutien social. Le minimum garanti par foyer, fixé à 500 dirhams, n’est qu’un plancher. Pour les familles avec enfants scolarisés ou pour les femmes veuves avec enfants, le montant de l’aide augmente.
Un foyer peut ainsi percevoir jusqu’à 1.350 dirhams par mois. Dans son programme électoral, le RNI s’engage à augmenter automatiquement le montant de l’aide en cas de hausse des prix. Le Programme des ASD n’est pas une fin en soi. C’est une rampe de lancement pour de nombreux ménages, lorsque les conditions le permettent, sans remettre en cause le soutien nécessaire aux foyers les plus vulnérables. L’ambition affichée par l’Agence nationale du soutien social va au-delà du virement mensuel : soutenir la scolarisation, renforcer la santé maternelle et infantile, accompagner vers l’autonomisation à travers la formation, l’insertion professionnelle et le développement d’activités génératrices de revenus.
L’aide mensuelle continue d’ailleurs à être versée pendant 12 mois aux personnes qui ont trouvé un travail pour continuer à les soutenir et les accompagner sur le chemin de l’autonomie. Mmi Aïcha n’a pas changé de vie. Elle vit dans la même maison, marche le matin jusqu’à la même boutique, salue le même épicier. Mais désormais, elle aborde plus sereinement le passage au marché ou chez l’épicier. Des Mmi Aïcha, il y en a des millions. Des foyers modestes qui vivent aujourd’hui avec moins d’incertitude, qui peuvent rêver un peu plus grand pour leurs enfants et, pour certains, commencer à gravir les échelons de l’autonomie, un pas après l’autre.










