Recommandations.
Le rapport défend une approche intégrée de la protection des sols, fondée sur une meilleure gouvernance, une connaissance renforcée des territoires, des interventions adaptées aux différents milieux et des financements inscrits dans la durée. Il s’agit de faire de la préservation des sols un pilier stratégique de sécurité alimentaire, hydrique, écologique et territoriale.
La dégradation des sols et la désertification sont aujourd’hui un des enjeux majeurs pour le Maroc. Dans un récent rapport résultant d’une rencontre scientifique organisée en juin dernier, l’Institut royal des études stratégiques (IRES) propose une série de recommandations visant à renforcer la protection, la restauration et la gestion durable des sols. Pour l’IRES, le sol ne peut plus être considéré comme une simple ressource productive. Il constitue un élément déterminant de la sécurité alimentaire, de la disponibilité de l’eau, de la biodiversité, des revenus ruraux et de la résilience des territoires face au changement climatique. L’Institut insiste, dans son rapport, sur la nécessité d’inscrire l’action publique dans la durée, en combinant restauration des terres dégradées et prévention des risques. «Agir tardivement revient à payer plus cher des pertes évitables », relève le rapport, qui préconise une approche fondée sur une chaîne d’action cohérente : gouvernance, connaissance, territorialisation, efficacité des interventions, financement durable et évaluation des résultats. Parmi les premières mesures proposées figure la mise en place d’un mécanisme national de pilotage dédié aux sols. Celui-ci aurait pour mission de coordonner les politiques publiques et les actions de lutte contre la désertification, de fixer les priorités, de suivre les engagements et de mobiliser les données disponibles.
L’IRES recommande également de clarifier les responsabilités entre les différents niveaux de décision, de l’État aux collectivités territoriales, en passant par les agences, les administrations sectorielles, les institutions de recherche et les acteurs locaux. Ce rapport préconise par ailleurs d’actualiser les cadres nationaux existants en leur associant des objectifs mesurables, des responsabilités clairement définies, des budgets dédiés et des mécanismes d’évaluation réguliers. Une feuille de route nationale de long terme devrait également inscrire la protection des sols dans une vision articulée avec la sécurité hydrique, la souveraineté alimentaire, l’adaptation climatique et la résilience territoriale. Ce document met également l’accent sur la connaissance et le suivi des territoires. Il propose ainsi de lancer un programme national d’inventaire et de cartographie des sols couvrant les espaces agricoles, forestiers, pastoraux, montagnards, oasiens et littoraux. Ce dispositif devrait mobiliser les données de terrain ainsi que la télédétection, les systèmes d’information géographique, les drones et les modèles prédictifs. La création d’un observatoire national des sols, associé à des observatoires régionaux, est également préconisée. Il permettrait de centraliser les données et de suivre l’évolution d’indicateurs tels que l’érosion, la salinité, la matière organique, la couverture végétale, l’humidité ou encore le carbone organique. Le même document propose en outre la mise en place d’un système d’alerte capable de détecter plus rapidement l’accélération de phénomènes comme l’érosion, l’ensablement, la salinisation ou la dégradation des parcours.
Des réponses adaptées aux spécificités territoriales
La stratégie proposée repose aussi sur une territorialisation des interventions. Les régions, provinces, communes et bassins versants devraient disposer de plans de conservation des sols adaptés à leurs vulnérabilités et à leurs ressources. Le rapport recommande notamment de prioriser les bassins et sous-bassins les plus exposés à l’érosion et à l’envasement. Les interventions devraient suivre une logique allant de l’amont vers l’aval, avec la restauration des versants, la protection du couvert végétal, la stabilisation des ravines et le renforcement des ouvrages de conservation des eaux et des sols. Les mesures doivent également être différenciées selon les milieux. Ce rapport évoque également l’implication des populations locales. Agriculteurs, éleveurs, associations, femmes, jeunes ruraux et communautés locales devraient être associés au diagnostic, au choix des interventions, à l’entretien des aménagements et au suivi des résultats. Cette approche doit être accompagnée d’un renforcement de la formation et de la vulgarisation. Le rapport recommande ainsi de développer des guides pratiques, des formations spécialisées, des démonstrations locales, des écoles de terrain et des dispositifs d’accompagnement destinés notamment aux communes et aux coopératives.
Préserver les ressources en eau
Le rapport préconise de restaurer les terres dégradées en privilégiant des techniques adaptées aux caractéristiques de chaque milieu. Terrasses, banquettes, murets en pierres sèches, gabions, haies, brise-vents, reboisement ou encore régénération naturelle assistée figurent parmi les solutions proposées. La gestion des sols et celle de l’eau doivent également être davantage intégrées. Dans les zones irriguées et les aquifères surexploités, le rapport recommande notamment d’associer contrôle des prélèvements, recharge artificielle lorsque celle-ci est pertinente, réutilisation des eaux usées traitées, prévention de l’intrusion marine et adaptation des cultures. Il préconise parallèlement de restaurer les forêts et les parcours, en agissant contre les coupes abusives, le surpâturage, les incendies et la dégradation du couvert végétal.
Le même rapport appelle par ailleurs à généraliser les pratiques d’agriculture de conservation et d’agroécologie. Le semis direct, la réduction du travail du sol, les couverts végétaux, les rotations culturales, la fertilisation organique et la diversification des cultures sont notamment présentés comme des pratiques susceptibles d’améliorer la structure des sols et leur capacité à retenir l’eau.
Des financements à long terme
Le rapport recommande de renforcer la redevabilité et de publier régulièrement les résultats des actions engagées. Des rapports annuels, des bilans régionaux et des évaluations indépendantes permettraient de mesurer les progrès, les coûts et les limites des interventions.
Le financement constitue également un enjeu central. L’Institut préconise des financements pluriannuels orientés vers les résultats, afin de garantir la continuité des opérations de restauration, de formation, d’entretien et de suivi. Il propose aussi de développer les incitations écologiques et les paiements pour services environnementaux au profit des acteurs contribuant à la protection des sols, à la restauration du couvert végétal, à la réduction de l’érosion ou encore à la recharge des nappes.










