ALM : Plusieurs leaders politiques viennent d’annoncer encore une fois leur candidature aux législatives de 2007. Est-ce que cela signifie qu’il n’y a pas de relève ?
Driss Abbadi : En effet, on retrouve aujourd’hui encore les mêmes figures politiques qui briguent encore une fois un mandat législatif en même temps qu’ils détiennent les appareils dirigeants de leurs formations politiques. Si on prend les leaders des six partis politiques les plus en vue ( USFP, PI, MP, RNI, UC, PJD et même un nouveau petit parti comme FC) et on calcule leur moyenne d’âge, on trouve une moyenne qui avoisine les 70 ans. Ce sont ces personnalités politiques qui – aujourd’hui – sont censées incarner «l’avenir du Maroc» aux côtés d’un Roi jeune qui a à peine 44 ans. Ainsi on assiste à une sur-représentation des sexagénaires voire des septuagénaires, aux postes de responsabilité dans les partis politiques aussi bien à leur tête qu’au sein de leurs instances dirigeantes. Nos leaders exercent la politique depuis les premières élections des années 60. Le Roi actuel n’avait que 14 ans lorsque le leader actuel du RNI était déjà Premier ministre, il en est de même du vieux leader du MNP qui était à l’époque ministre de la Défense.
Pourquoi les anciens dirigeants politiques s’entêtent-ils à se faire réélire ?
Les aînés ne veulent plus passer le relais, sans doute parce qu’ils ne sauraient plus que faire de leur vie. Certains se croient aussi probablement indispensables, mais comme dit l’adage, «Les cimetières sont pleins de gens qui se pensaient indispensables». Mais il est aussi une autre réalité, c’est que les Marocains eux-mêmes sont partagés entre le désir de renouvellement et le sentiment de sécurité que leur inspirent des visages familiers. À la vigueur de la jeunesse, à la force de l’imagination, à l’audace du risque, ils préfèrent souvent le côté rassurant de l’expérience, le repos qui caractérise l’habitude et le confort de l’absence de surprises. N’ayant plus confiance dans l’avenir, ils cherchent le réconfort dans le passé.
Qu’en est-il du rajeunissement des élites politiques ?
Pour changer cette situation, il ne faut pas attendre que ce soient les sexagénaires et septuagénaires, qui s’empareront de la question du renouvellement des élites et des générations au Maroc. Ce ne sont pas eux non plus qui inscriront ce débat dans l’agenda politique. C’est aux jeunes générations de le faire. Il faut que les jeunes prennent la parole politique, car personne ne la leur donnera.
Ainsi, si les vieux leaders continuent de se présenter aux élections alors qu’une nouvelle loi sur les partis politiques impose la mise en place d’une commission qui accorde les cautionnements aux candidats selon des critères objectifs, on aura sûrement après les prochaines élections beaucoup de recours devant les tribunaux. Et c’est là justement la solution, comme je disais plus haut, c’est aux jeunes adhérents des partis politiques d’imposer à leurs aînés de respecter la loi sur les partis politiques notamment en ce qui concerne le choix des candidats aux élections. On n’est pas du tout en présence d’une crise d’élites ou d’idées, bien au contraire, la société marocaine est fortement politisée et regorge de potentialités humaines à même de prendre la relève. Mais c’est à une crise de culture de la relève qu’on assiste.









