S’il y a une capitale dans le monde qui n’a pas caché sa joie de voir Nicolas Sarkozy succéder à Jacques Chirac et a tenu à le faire savoir de la manière la plus fracassante, c’est bien Washington. Dès l’annonce des résultats, le président Bush appelle sur son portable le nouvel élu français pour le féliciter. Cette administration républicaine avait envie de claironner au monde entier sa joie de voir un des ses amis prendre le contrôle d’une des plus importantes places européennes.
L’influent journal américain le «New York Times» écrivait cette semaine, avec une perfidie très britannique, que le locataire de la Maison-Blanche était soulagé de ne pas avoir à appeler Ségolène Royal pour la féliciter, le passif entre la socialiste française et le républicain américain ayant atteint une gravité hors proportions diplomatiques. L’article était légendé par une photo originale de Sarkozy à cheval, à l’allure d’un cow-boy du Texas, chemise rouge campagnarde et jean moulant, défiant d’un regard posé les vaches noires de la Camargue.
Tout au long de sa campagne qui avait commencé plutôt que n’importe quel autre candidat, Nicolas Sarkozy avait conjugué sur tous les tons son admiration pour le modèle américain porté par une active mobilité sociale et les symboles de sa culture comme Ernest Hemingway, Steve McQueen ou Sylvester Stallone, affirmant à qui veut l’entendre que le dernier chef-d’œuvre de Robert Altman «A Prairie Home Campanion » l’avait touché jusqu’aux larmes.
Ceux qui se sont aventurés à expliquer la fascination affichée par le nouveau président français pour l’Amérique et son tropisme pour George Bush s’accordent à souligner les traits de caractère commun entre les deux hommes. Une préoccupation sportive et physique à la limite de la frime et de l’exhibition, un langage direct fleuri par l’arrogance des premiers de la classe.
Dès son élection, Nicolas Sarkozy a tenu à adresser ce message limpide à Washington : «Je veux lancer un appel à nos amis américains pour leur dire qu’ils peuvent compter sur notre amitié renforcée dans les tragédies de l’histoire que nous avons affrontées ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle, mais je veux leur dire aussi que l’amitié, c’est accepter que ses amis puissent penser différemment». Une manière de conjurer le spectre du couple Chirac-De Villepin qui a longtemps empoisonné les relations entre Paris et Washington.
Trois grands dossiers vont mettre à l’épreuve cette belle amitié retrouvée entre Français et Américains. D’abord l’éternel différend sur le climat et le réchauffement de la planète. Malgré les appels insistants de part et d’autres, l’administration Bush refuse obstinément de signer l’accord de Kyoto qui organise et limite les émissions de gaz à effet de serre pour les grands pays industrialisés.
Le second dossier concerne l’Afghanistan. Le commandement de l’Otan s’apprête à confier aux soldats français ainsi qu’à d’autres forces européennes un cahier de charges plus guerrier et plus impliqué dans les combats. Ces soldats étaient jadis confinés à des missions de police et d’observation. Ce nouveau redéploiement a de fortes chances de provoquer des grincements de dents à Paris au moment où l’on s’interroge sur le rôle croissant de l’Otan dans la gestion des crises de la planète et au moment où Paris songe sérieusement à réduire sa présence militaire en Afghanistan.
Le troisième dossier le plus épineux concerne l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Nicolas Sarkozy avait fait de sa croisade contre cette adhésion le point cardinal de sa campagne électorale. Il se heurtera à l’actif lobbying de l’administration Bush d’imposer la Turquie à la table de l’Union européenne. Un choix qui vise, selon la vision américaine, à conserver à Ankara un rôle déterminant au sein des institutions civiles et militaires de l’Otan.
Malgré ces différends, de nombreux observateurs prédisent à Nicolas Sarkozy de prendre la place de Tony Blair dans le cœur et la stratégie américaine, aidé en cela par la situation du Premier ministre britannique qui s’apprête à se retirer de la scène politique.









