Les législatives de 2007 ne constitueront pas l’étape décisive que nous avons rêvée, parce qu’en réalité aucun des acteurs politiques n’était convaincu de la nécessité d’une nouvelle étape dans la transition, du passage du consensus non à la clarification démocratique.
Au lieu de cela, nous allons revenir à des élections de notables, vrais ou auto-proclamés, avec un faible taux de participation (même trituré parce que le nombre d’inscrits n’est pas extensible) et probablement la reconduction de l’actuelle majorité avec l’UMP en tête du peloton. Deux phénomènes sont aussi perceptible, une poussée du PJD et du Parti travailliste. La stratégie de voiture-balai de Ben Atik a payé et il est probable qu’il gagnera son pari, avoir un groupe parlementaire d’emblée, sinon plus. Ces sièges-là, il faudra bien que quelqu’un les perde, le RNI par ses incessables divisions et la gauche sont les faisans désignés pour le moment.
Le RNI, ce n’est pas ma tasse de thé, la gauche est ma famille. Or, celle qui est au pouvoir est devenue atone, aphone, sans projet autre que sa propre reconduction aux affaires. Face à un scrutin de liste dépolitisé, cette situation ne permet pas la mobilisation des voix naturellement acquises à cette gauche. L’alliance de l’extrême gauche dynamisera la campagne sans pour autant prétendre à un grand score. Le soir du 7 septembre, malgré la présence active sur le méprisable marché des transferts USFP et PPS seront au pied du mur : jouer les supplétifs d’un gouvernement conservateur ou revenir à l’opposition. Force est de constater que les dirigeants actuels n’évoquent même pas la seconde possibilité. Quel que soit l’emballage discursif, si la gauche ultra-minoritaire accepte des maroquins dans un gouvernement Laenser, ou pire un Jettou bis, cela signifierait la déclaration de décès d’organisations qui étaient à tort ou à raison, perçues comme porteuses des aspirations populaires.
L’autre choix est beaucoup plus dur, car le retour à l’opposition ne peut signifier le retour au populisme et au «combat contre les politiques anti-populaires». Cela serait d’autant moins crédible qu’il s’agira probablement de la même politique, le vecteur décisif étant lui immuable. Réinventer un projet, un discours, ne peut se faire que dans le cadre d’une dynamique qui ne peut qu’aboutir au renouvellement des directions. Les appareils le savent et devront trancher entre leur propre survie et celle de leur organisation.
Le résultat le plus important des législatives de 2007 sera celui-là : la mise en porte-à-faux de directions vieillies, usées et assurément inaptes à réinventer la politique, or c’est de cela que le peuple est demandeur.
La gauche marocaine est de toute évidence minoritaire dans le pays. Elle ne peut se cacher derrière « les chantiers » pour continuer à siéger dans des gouvernements conservateurs. Son rôle historique reste la modernisation de l’Etat et de la société, mais aussi de porter les aspirations égalitaires et non d’applaudir les manipulations boursières. Si elles ne tirent pas cette conclusion, les organisations traditionnelles dégageront un boulevard pour de nouveaux mouvements, ou à défaut cette mort renforcera des régressifs. L’enjeu historique est là, pas dans le nombre de ministres.









