A l’enterrement de Driss Benzekri, il y avait des dizaines de milliers de Marocains, de toutes les couches sociales. Parmi eux, les gardiens de la prison centrale de Kénitra, les matons qui surveillaient Driss et ses camarades lors de ses 17 ans de captivité. C’était un symbole très fort de la réussite de l’œuvre de l’homme. A Laâyoune, une minute de silence a été observée à sa mémoire, or c’est l’étape saharienne qui a été la plus dure dans l’expérience de l’IER, plus encore que le Rif. Benzekri et ses camarades avaient fait preuve d’une ténacité et d’une pédagogie monstre pour que la vérité sur les violations des droits de l’Homme éclate sans pour autant servir la soupe au discours séparatiste et ils avaient fini par y réussir au -delà de toutes les espérances. Aujourd’hui, sa mémoire est honorée par les victimes de l’ère de Dlimi au Sahara.
Driss Benzekri est mort, il a eu une vie très courte mais le parcours est impressionnant avec un fil conducteur : l’altruisme. La meilleure manière de remercier l’homme, c’est de parachever son œuvre et de consolider les Institutions qui peuvent faire barrage à toute violation des droits de l’Homme dans l’avenir.
Selon certains de ses camarades les plus proches, il avançait souvent l’idée d’une journée nationale de la réconciliation Le Maroc célébrant un nombre respectable de fêtes nationales, celle-ci peut paraître de trop. Cependant, à bien y réfléchir la symbolique serait très forte. Cette journée ne serait pas celle du souvenir mais celle de l’engagement citoyen, celle de la réaffirmation du projet national. On pourrait lui choisir une date qui fasse ressortir cet enjeu et pourquoi pas celle du décès de l’homme qui symbolise ce combat. Car Driss Benzekri ne se limitait pas à régler les questions du passé, il était hanté par l’avenir et la nécessité de garantir la dignité de tous les citoyens en toutes circonstances. Ce chantier-là est un combat qui transcende les époques parce qu’il nécessite une vigilance de tout instant dans toutes les sociétés humaines. Rappeler une fois par an que c’est le sens du projet national, porté par tout un peuple, ne paraît pas superflu et peut même à l’inverse être mobilisateur.
L’autre manière de montrer notre gratitude à feu Benzekri, c’est de faire un véritable effort pour l’enseignement en milieu rural. Les enfants de son village ont une école primaire, mais dès le collège, ils doivent se diriger à Tiflet, soit un trajet de 15 km par jour. Ce problème se pose dans toutes nos campagnes et est accentué par la dispersion de l’habitat rural. Le retour à la formule des internats ou alors une politique volontariste des foyers de l’étudiant, pour qu’ils assurent une place à tous ceux qui sont éloignés est une nécessité. L’égalité, une valeur chère à tous ceux qui ont combattu pour nos libertés, n’est pas une valeur livresque. Elle n’a de sens que si tous ont non seulement les mêmes droits, mais aussi les moyens de les exercer. L’accès à l’enseignement est un droit fondamental que beaucoup de nos citoyens ne peuvent exercer. La fidélité à l’homme qui nous a quittés, nous impose de faire de ce chantier une priorité, pour que d’autres Benzekri viennent de nos campagnes irradier nos villes, notre pays de cette capacité de don de soi à l’infini, si présente chez nos paysans. Je n’ai pas trouvé mieux pour pleurer cet homme admirable que de lui inventer de nouveaux combats, parce que c’est ce qu’il a fait toute sa vie : se battre pour les autres.









