Il faut lire «Parti Pris » le livre de Jean-Christophe Cambadélis. L’ancien lieutenant de Jospin et actuel soutien de DSK y retrace la chronique de la défaite de Ségo lors de la présidentielle. Les «voyeurs» peuvent se satisfaire de la multitude de détails croustillants et d’une description féroce du landernau socialiste. Cependant, c’est un récit à thèses et il est, de mon point de vue, fort perspicace. Pour celui que ses copains appellent Camba, la gauche a été défaite dans la société bien avant les élections. Il rappelle des données brutes, le recul de la France, la précarité de l’emploi, le besoin de protection, l’émiettement de la classe ouvrière. A ces changements, à ces attentes, la gauche n’a non seulement pas trouvé de réponses, mais elle a surtout esquivé le débat. Les questions de personnes , les stratégies individuelles ont pris le pas sur le débat de fond. Ce qu’il appelle le logiciel de gauche, c’est-à-dire un corpus de valeurs, qui structurait la société française, est battu en brèche. Sarkozy, représentant du GRECE et du Club de l’horloge, c’est-à-dire de l’extrême droite des années 80, a lui donné les fausses réponses aux vraies questions. Le besoin de protection fait l’objet d’une captation au profit de la sécurité et de l’identité nationale et ce sont ces thèmes qui s’imposent.
Le livre retrace le blocage d’une gauche incapable de se repenser, de se rénover pour répondre aux changements et aux fébrilités qu’ils suscitent, c’est en ce sens qu’il est passionnant, mais aussi inquiétant parce qu’on ne voit pas très bien d’où viendrait cette force de proposition capable de refonder une gauche conquérante.
Le constat de Cambadélis est transposable au Maroc avec les précautions d’usage. Les problèmes ne sont pas identiques, mais force est de constater que la gauche est aussi impuissante ici que là-bas.
La gauche marocaine a déserté quatre questions essentielles pour le devenir du pays. En premier lieu la question identitaire. Les propositions dites de gauche sur ce sujet sont fragmentées et souvent contradictoires, les slogans remplaçant les positions de principe.
Vient ensuite la question sociale, depuis qu’elle s’escrime à montrer ses capacités de gestionnaire, la gauche marocaine a oublié que la solidarité s’exprime par la fiscalité et que le reste c’est du pipeau. Sous la pression conservatrice, la gauche marocaine a déserté le combat pour les libertés individuelles et refuse de prendre en charge des revendications palpables, préférant la « tolérance », ce no man’s land juridique, au combat pour des droits.
Enfin la gauche marocaine, à force de s’adapter aux mœurs politiciennes, a perdu cette image d’éthique, de fraternité qui faisait son attrait. Il y a 30 ans tout ce qui pensait, bougeait dans ce pays était de gauche ou se concevait comme tel. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et ce ne sont pas les batailles rangées en cours qui annoncent le renouveau. Celui-ci ne peut provenir que de la rupture avec la ligne suivie depuis des décennies. La stabilité du pays étant assurée, il faut redonner vie à la politique, au combat politique, sinon le vide enfantera des monstres.









