Un grand penseur a défini la folie comme le fait de répéter les mêmes erreurs en attendant des résultats différents. Il faut croire que nos politiques sont fous ! Plusieurs circonscriptions compteront plus de vingt listes, ce qui, on le sait, trouble les électeurs qui se déplacent pour voter et gonfle les bulletins nuls. Il est très difficile de parler de combat politique, dans ce qu’il a de noble, dans ces conditions. A Hay Hassani à Casablanca, le duel Karam-El Othmani sera largement noyé dans la masse des candidats (quatorze à ce jour !). Cependant, les autorités ne sont pas contre cette inflation, bien au contraire, et ce n’est pas pour peser sur les résultats. Certains cadres de l’Intérieur soutiennent un raisonnement qui repose sur la réalité du terrain. Pour eux, en dehors des grandes villes, les élections restent un phénomène tribal, le scrutin de liste casse ce lien entre l’électorat et le candidat et baisse le niveau de la participation, la multiplication des candidatures permet la « couverture » de toutes les tribus d’une région, donc leur implication ce qui donne un taux de participation plus honorable.
L’administration ne veut surtout pas d’un taux à l’algérienne qu’elle considère comme un désaveu de tout ce qui a été entrepris. De guerre lasse, elle s’en remet à l’inflation des candidatures en espérant que chaque candidat mobilisera un peu, surtout dans des villes moyennes, parce que les grandes villes sont un cas désespéré «pas plus de 35% dans le meilleur cas», selon ce spécialiste de l’Intérieur. Il y a pourtant un cas qui dément ces théories. En 2002, l’affrontement USFP-PJD, par Ramid et Mouhib interposés avait largement mobilisé et les deux listes ont raflé tous les sièges au détriment des candidats de l’argent. C’est l’absence de politique qui démobilise et rien d’autre. Le scrutin de liste est une véritable catastrophe, parce qu’il aboutit à des perversions insensées. A Azilal, une circonscription fait 15.000 km2 en pleine montagne, physiquement aucun candidat ne peut y faire le tour en 15 jours. Dans les grandes villes, des candidats limitent leur campagne à une partie de la circonscription et réussissent à se faire élire. Sur des circonscriptions de 300.000 électeurs, les élus le sont avec moins de 10.000 voix. La représentation nationale est décrédibilisée dès le départ. Abderrahmane Youssoufi, en imposant ce mode de scrutin, voulait politiser les élections, limiter l’influence des mandarins en étendant les circonscriptions au-delà des fiefs supposés et renforcer les partis.
Intentions louables mais résultat catastrophique. L’ex- Premier ministre n’a pas tenu compte de l’extrême faiblesse organisationnelle des partis, y compris le sien, de l’importance du lien social, en l’absence de mobilisation politique et surtout du discrédit de l’idée démocratique. Parce que les élections ne changent pas sa vie, le citoyen marocain est demandeur d’extension de libertés, de l’Etat de droit mais ne montre que peu d’intérêt pour le jeu votatif. Et ce ne sont pas les prédicateurs venus de Casa-Anfa qui vont y changer quoi que ce soit. La liste nationale des femmes tourne au pugilat dans les partis sans que la participation des femmes y gagne. Les «élues» n’ayant aucun enracinement local. Résultat : aucune ne veut prendre une circonscription alors qu’elles réclament 30% des sièges ! Nous avons tout faux, la raison impose l’uninominal à deux tours, qui facilite les alliances, mais la raison est-elle encore du monde des politiques ?









