Chroniques

Carnets parisiens

Effets secondaires. En se rasant chaque matin, Nicolas Sarkozy doit certainement se dire : on ne pratique pas l’ouverture sur l’adversaire politique et la société civile, avec autant d’audace, impunément. Car des fins fonds de son parti l’UMP, la grogne commence à monter : crispations, amertume, rancœurs et interrogations. La stratégie du président commence à faire tourner les têtes… d’incompréhension : Le Quai d’Orsay livré avec armes et bagages à l’adversaire socialiste sous la houlette de Bernard Kouchner, des ennemis acharnés d’hier comme Dominique Strauss Kahn, Jack Lang ou Hubert Védrine voient leurs carrières promues sous les feux de la rampe nationale et internationale. Il est vrai que Nicolas Sarkozy en tire un bénéfice politique immédiat. Le voilà débarrassé à prix soldé de la réputation de sectaire et clanique qui l’avait précédée à l’Elysée et qui faisait l’irrésistible charme de la droite française. Un nouvel homme de tolérance et de compromis est né. Sans parler de ce grand dommage collatéral qui consiste, sinon à vider le PS de sa substance créative du moins à y créer des tensions qui paralysent sa capacité à rebondir et reconquérir le pouvoir. Les nombreux portraits que la presse américaine lui a consacrés récemment débordent de louanges à faire rougir de plaisir le fan club de Sarkozy. Ils invitent même George Bush à s’inspirer de l’exemple Sarkozy dans sa relation conflictuelle avec les démocrates surtout dans une conjoncture où l’entente nationale devient une affaire prioritaire de sécurité. L’ouverture à la Sarkozy a prodigué un fruit inattendu : Le navire socialiste, en état de décomposition avancée, semble avoir largué les amarres sur les rives de l’opposition pour une durée indéterminée.

Front arabe. Un autre bénéfice que Nicolas Sarkozy s’apprête à cueillir avec la gourmandise des oursons affamés devant une ruche de miel. Il se trouve chez le Raïs libyen Mouammar Kadhafi à Tripoli, où Sarkozy pourrait se rendre ce 24 juillet. L’Elysée semble fantasmer sur un coup de communication politique d’une valeur inestimable: le scénario d’un président français remontant dans son avion en compagnie des infirmières bulgares et du médecin palestinien pris entre les griffes de la justice libyenne, ou à défaut une annonce ferme de leur prochaine libération. Le terrain a été déjà balisé par la visite surprise de Cécilia à la Jamahiriya. La très originale First Lady française, à la recherche d’un rôle et d’une mission qui ne soit ni «pièces jaunes» ni «hôpitaux de Paris» était partie quémander sous la tente de Kadhafi, la grâce de ces célèbres prisonniers. Les effluves d’optimisme qui avait entouré son raid sur la Libye ont permis tous les espoirs que Nicolas Sarkozy, une sorte de Baraka en bandoulière, puisse réaliser un miracle.
L’autre miracle a pour théâtre la ville de Damas où après deux ans d’un froid sibérien dans leurs relations, Paris décide d’envoyer l’ambassadeur Jean-Claude, maître d’œuvre de la réunion interlibanaise de la Celle-Saint-Cloud, y tester la volonté des dirigeants syriens de sortir de l’isolement dans lequel l’administration Bush tente de les confiner. Bachar El Assad y joue une partie sensible. Il aura besoin de tout le machiavélisme de son père, Hafez, pour creuser son sillon de survie et sa marge de manœuvre entre Français et Américains. 

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