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France : Il était une fois le Parti socialiste

L’observateur étranger qui tente aujourd’hui de décoder les arcanes de la vie politique française sera surpris de constater l’état calamiteux du Parti socialiste. Hier encore il était tellement crédible dans sa capacité à assurer une alternance, il montrait des prétentions à diriger la République et à disposer d’une majorité parlementaire. Aujourd’hui, un parti aphone, sur la défensive, réduit à entonner le seul chant de l’exclusion à l’égard de ses membres qui n’ont pas su résister aux sirènes séductrices du Sarkozysme triomphant.
Les plus optimistes diront qu’on ne peut demander à un parti de se relever avec aisance de deux chocs majeurs que constituent ses deux défaites électorales successives, ni du tremblement de terre conjugal qu’a été, dans tous les sens de la métaphore, le divorce de sa direction. Ils pourront aussi arguer du fait que leur redoutable adversaire , Nicolas Sarkozy qui, à peine élu à l’Elysée, s’emploie déjà à lancer les fondations d’une seconde réélection en semant une zizanie calculée au sein d’un état-major plein de doute et recomposition. Sous couvert d’ouverture, de compromis et de tolérance à l’égard de l’autre, Nicolas Sarkozy a cannibalisé la direction du Parti socialiste avec l’appétit d’un loup des Vosges dans un cheptel de brebis. Dans sa dernière livraison datée du 30 juin, le magazine américain «Newsweek» a utilisé un joli titre d’une froideur entrepreneuriale :«Sarkozy embauche l’opposition».
Devant les OPA lancées avec charme et agressivité par un Nicolas Sarkozy aux anges, le Parti socialiste n’a pas encore la thérapie adéquate pour arrêter l’hémorragie. En plus de l’exclusion comme seule arme de résistance, les mauvaises langues socialistes adressent des remerciements implicites à Nicolas Sarkozy de les avoir débarrassé des personnalités de droite ou qui ont depuis longtemps mué vers la droite, qui se camouflaient encore sous des habits de gauche, obligeant le Parti socialiste au dur travail de rénovation et de remise en cause, opportunément invoqué et souvent différé.
Une des personnalités références de la gauche française qui vient de prendre à bras le corps cet appel à la réforme pour pouvoir résister n’est autre que le sénateur socialiste des Hauts-de-Seine Robert Badinter : «L’heure est à la réflexion autant qu’à l’opposition (…) l’accord est unanime au PS sur la nécessité de repenser la doctrine et le programme». L’ancien président du Conseil constitutionnel décrit le cadre de ce changement: «L’inspiration du PS ne doit pas changer: assurer plus de justice dans une démocratie garantissant les droits de chacun (…) Concilier la compétitivité économique de la France sur un marché global où de nouvelles puissances émergentes apparaissent (…) et assurer plus de justice dans la répartition des richesses et la garantie des droits de chacun en France, tel est le problème posé à la société française».
D’autres personnalités socialistes plus jeunes du Parti socialiste dont les députés Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Gaëtan Gorce ont fait de la rénovation du Parti socialiste leur combat vital. Ils sont d’accord sur ce constat : «Ce dont le Parti socialiste souffre le plus, c’est de ne pas porter le vrai et le bon regard sur la société française (il faut) en finir avec le système qui, depuis des années, empêche le Parti socialiste de formuler un projet à la hauteur des enjeux de la société française». L’université d’été du Parti socialiste, prévue du 31 août au 2 septembre à la Rochelle (Charente-Maritime), s’annonce houleuse et s’intitulera «Diagnostic pour la rénovation». «Il s’agit, annoncent les organisateurs, de se mettre au clair sur les raisons de l’échec, pour se lancer dans la refondation du parti».
Avant de repenser un programme, le Parti socialiste semble être à la recherche d’un leader, homme ou femme, pour personnifier ses ambitions. Certains se consolent en affirmant que la lune de miel entre Nicolas Sarkozy et les Français qu’a conforté l’ouverture machiavélique et intéressée vers l’adversaire politique, originale et inédite vers les minorités ethniques, finira par se terminer quand le nouveau président de la République s’attaquera aux vrais problèmes de la société française. Le troisième tour social est annoncé pour la rentrée comme déterminant dans la renaissance et la survie du Parti socialiste.

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