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Reportage : La Palestine fête la libération de 256 prisonniers

Les ruelles du camp de l’Ein, dans le nord de la Cisjordanie, portent encore les traces des festivités du week-end organisées à l’occasion du retour de deux prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l’accord obtenu par Mahmoud Abbas auprès de l’Etat d’Israël. Comme prévu, 256 des 11.000 prisonniers palestiniens n’ayant pas «de sang sur les mains», ont été libérés sous la condition d’abandonner la résistance armée contre l’occupation israélienne.
Haïssam Anis a 23 ans, membre des Brigades des martyrs d’Al Aqsa, a été libéré vendredi matin après trois ans passés dans les geôles israéliennes. Haïssam devait purger une peine de quatre ans et demi pour actes de terrorisme – il était notamment suspecté de vouloir organiser un attentat suicide.
Aujourd’hui, il a retrouvé sa famille, exprimant «joie et soulagement d’avoir quitté les prisons israéliennes». Il remercie profondément Mahmoud Abbas qu’il considère comme «un homme bien». Haïssam explique qu’il n’a su pour sa libération qu’une semaine avant la date butoir par la radio israélienne. «J’ai signé un papier avant de sortir de prison, attestant l’abandon officiel de toute action armée contre Israël», explique-t-il. Cette sortie a été chargée en émotion pour le jeune homme, car sa première action d’homme libre a été de visiter les tombes de sa sœur et de son père, morts pendant son incarcération. Le regard sombre, Haïssam ne tient pas à évoquer le souvenir du bagne. Il veut profiter de sa liberté et retrouver ses amis, même si la plupart sont restés enfermés.
Les Brigades des martyrs d’Al Aqsa du camp l’ont accueilli en grande pompe. Les tirs d’armes légères ont retenti et les fanions en l’honneur du Fatah, de sa milice armée et de Yasser Arafat ornent les rues. La musique a résonné dans toutes les ruelles, des familles entières se sont déplacées pour féliciter le jeune homme. Le  retour de Haïssam auprès des siens semble faire renaître l’espoir d’une paix auprès des habitants. Haïssam lui-même « garde l’espoir » et déclare du bout des lèvres qu’il pense «qu’Israël veut la paix». Cependant, cet espoir ne fait pas l’unanimité. Sa mère exprime sa colère quant à l’incursion militaire de vendredi matin : «Je voulais aller chercher mon fils à Ramallah lorsqu’il a été libéré, mais je n’ai pas pu car les soldats ont imposé un couvre feu militaire sur tout le camp pendant plusieurs heures». En effet, ce vendredi à partir de trois heures du matin, les soldats israéliens ont envahi le camp de l’Ein à coup de bombes sonores et de gaz lacrymogène. Ils ont investi des maisons, enfermant les familles dans une pièce et occupant leur domicile. Un couvre feu a été décrété durant plus de dix heures, empêchant la mère de Haïssam de se déplacer à Ramallah pour participer aux festivités organisées en l’honneur des prisonniers relâchés.
Les femmes du camp s’expriment tour à tour sur ces évènements. «Le gouvernement israélien ne veut pas la paix, il donne d’une main et frappe de l’autre», déclare l’une d’entre-elles. «Nous n’avons aucune confiance dans l’Etat d’Israël», s’exclame une autre avant d’ajouter : «qu’ils commencent par arrêter de tuer nos enfants et d’occuper nos terres et l’on parlera de paix».
Ainsi, malgré la campagne médiatique qui a été orchestrée par Israël à l’occasion de la libération des prisonniers, la confiance de la population palestinienne est encore loin d’être acquise.

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