Sous la tente de Kadhafi. Dans de pareils cas, le péché de la curiosité est le plus fort. On se prend à rêver en petite souris invisible pour observer à loisir l’inédit et très original tête-à-tête entre les deux Raïss du moment, le fin manœuvrier Nicolas Sarkozy, et le fantasque invétéré Mouammar Kadhafi. La rencontre de troisième type de deux personnalités montées sur ressort de l’autosatisfaction et de la confiance en soi. Le choc de deux egos aux limites infinies. Il y a du Kadhafi dans la posture de Sarkozy. Une sorte d’ascension messianique vers les cimes du pouvoir, doublée d’une tendance à voir réalisable et possible, ce qui paraît aux autres insurmontable. Et comme la rencontre ne pouvait être classique, elle dépasse la normalité dans la formulation des résultats puisqu’elle a abouti à un «accord de partenariat militaro-industriel ainsi qu’un mémorandum d’entente dans le domaine de l’énergie nucléaire civile».
En arrière-plan de cette visite, Mouammar Kadhafi donne l’impression de se livrer à un acte de Sisyphe. Il ne cesse de «revenir au concert des nations», de ranger au grenier son habit de paria. Pour bien mettre en évidence l’exploit sarkozien dans l’affaire des Bulgares, les commentateurs de la presse française font mine de constater que le leader libyen est à son premier coup d’éclat pour tenter de normaliser ses relations avec la communauté internationale. L’affaire Lockerbie et ses indemnités, l’abandon par la Libye de toute prétention nucléaire à usage militaire sont allégrement passés à la trappe. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul à Tripoli, l’Américaine Condolezza Rice, sans doute ressentant quelques relents de jalousie, s’est dit prête à se rendre bientôt en Libye.
La bataille du retrait. Si Condoleezza Rice n’a pu fixer une date pour entrer sous la tente de Kadhafi, c’est qu’elle doit être très occupée à retrouver son latin dans les débats qui font rage à Washington sur la meilleure manière de s’extraire du bourbier irakien. Il est fini le temps où la réflexion était au remodelage au Proche Orient, aux tanks vertueux qui sèment la démocratie, à la théorie du chaos créatif qui finira par répandre la liberté. Les cercles de la réflexion militaire américains ont revu leur ambition à la baisse. Un concours invisible est lancé dans les pages éditoriales de la presse américaine à qui fournira le meilleur scénario, le moins coûteux en ressources humaines et matérielles pour organiser le retour des soldats américains à la maison.
Sur le sujet, deux écoles se livrent à un affrontement sans merci. La première, bruyamment soutenue par les démocrates, milite pour un retrait immédiat des forces américaines et un transfert sur le champ aux forces irakiennes de la plupart des responsabilités de sécurité. Cet argument met en avant l’arrêt des pertes américaines en Irak et la disparition du foyer irakien, la meilleure arme de séduction et de recrutement pour Al Qaëda. La seconde école, celle adoptée par l’administration Bush, favorise le maintien de la présence militaire américaine en Irak jusqu’à ce que le travail soit fait et l’Irak pacifié. Cette école avertit qu’un retrait soudain ouvrira la voie à une guerre civile qui déstabilisera l’ensemble de la région.








