Editorial

Petit bonjour

La photo du policier qui bousculait une femme salafiste, toute de noir vêtue, épouse d’un détenu, qui manifestait pour l’amélioration des conditions de détention de son mari, a fait le tour du monde. Une photo binaire ne laissant la place à aucune ambiguïté montrant une femme, totalement voilée, à terre et un policier en civil en train de la bousculer. La diffusion récurrente de cette photo, avec les indignations lapidaires qui vont naturellement avec, a fini par avoir l’effet escompté. Non pas le rappel à l’ordre par son administration du policier indélicat. Non, pas un communiqué de son administration déplorant ces faits ou les expliquant d’un point de vue sécuritaire. Et non pas, pour finir, l’expression de regrets contrits officiels à des fins de repentance absolutoire. Non ce qui est arrivé est pire. La tête du policier a été mise à prix par des intégristes criminels relayés par des médias pressés. Une fatwa contre un policier. Et la machine s’emballe. Les pouvoirs publics sont émus. Le ministre de la Communication est scandalisé. La DGSN et ses troupes sont démoralisées. Et la presse, encore elle, est clouée au pilori, comme toujours, ces derniers temps — et, d’ailleurs, pas toujours à tort. Toutes les affaires devenant chez nous des affaires de presse, celle-ci n’a pas échappé à cette bonne règle qui libère les consciences et exonère des responsabilités. Il reste quand même un point technique. Pourquoi un officier de police, en civil, —  un cadre donc — , participe personnellement à une opération banale de maintien de l’ordre qui est en général dévolue à des subordonnés ou à des forces auxiliaires rompus à ce genre d’exercice  au risque de s’exposer à une bavure ou à l’objectif d’un photographe malin ? L’engagement de cet officier est, certainement, une mauvaise appréciation professionnelle de la situation. Une faute. Mais cela ne vaut pas la peine de mort.

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