La Cour constitutionnelle deThaïlande a jugé que le Premier ministre Samak Sundaravej devait démissionner pour avoir enfreint la Constitution en animant des émissions culinaires à la télévision alors qu’il dirigeait déjà le gouvernement. Le Parti du pouvoir du peuple (PPP), majoritaire, a aussitôt réclamé une réunion du Parlement dès vendredi pour reconduire Samak Sundaravej au poste de Premier ministre, au grand dam des centaines de manifestants royalistes qui réclament sa démission depuis mai dernier. «J’insiste sur le fait que notre chef de parti sera le Premier ministre», a réagi Wittaya Buranasi, qui coordonne l’alliance majoritaire au Parlement constituée autour du PPP. La Constitution interdit au Premier ministre et aux autres ministres du gouvernement de travailler pour des organisations à but lucratif. Samak avait participé à des émissions de télévision jusqu’en avril, plus de deux mois après son arrivée à la tête du gouvernement. Le PPP avait prévenu avant le jugement de la Cour qu’il renouvellerait sa confiance au Premier ministre s’il devait être condamné. «La majorité du PPP pense qu’il reste qualifié pour être Premier ministre. Il n’est plus animateur d’un show télévisé et il reste le leader du parti», avait fait savoir le parti. La procédure visant Samak avait été engagée par des sénateurs le 25 mai, parallèlement aux premières manifestations organisées par l’Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) pour réclamer la démission du Premier ministre.
Le PAD, qui regroupe des hommes d’affaires, universitaires et anciens militaires royalistes unis par leur rejet de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, espérait que le conflit d’intérêt reproché à Samak suffirait à le mettre à l’écart. Le PAD mobilise avant tout les classes moyennes de la capitale alors que Samak et le PPP s’appuient sur les couches modestes et l’électorat rural. Lors d’un rassemblement de partisans du gouvernement lundi soir, Samak avait exclu de démissionner ou de convoquer des élections législatives anticipées. «J’affirme que je ne dissoudrai pas le Parlement. Je ne partirai pas. Je me défendrai», avait-il dit.
Le chef du gouvernement a imposé l’état d’urgence à Bangkok la semaine dernière et demandé à l’armée d’évacuer par la force les manifestants du PAD, mais les militaires ont refusé, ce qui laisse la crise politique totalement ouverte. En attendant le retour de Samak, le gouvernement a ajouté que le vice-Premier ministre Somchai Wongsawat, qui se trouve être le beau-frère de Thaksin, deviendrait Premier ministre par intérim, une décision peu susceptible d’apaiser l’ardeur du PAD.
• Nopporn Wong-Anan (Reuters)









