Grande foule, hier, sur la grand-place de la Victoire, à Casablanca. Les artères menant à cette place débordaient de vagues humaines, tous âges et genres confondus, mettant à rude épreuve la vigilance des forces de l’ordre. Un officier de police, visiblement impressionné par la déferlante humaine, a affirmé ne pas être en mesure d’avancer une estimation, fût-elle approximative, alors qu’un organisateur tablait sur un chiffre de 100.000 personnes. «Plus que 100.000 personnes», renchérit un autre.
Les manifestants avaient notamment répondu à l’appel de diverses organisations de gauche, du parti Justice et développement (PJD), de l’association islamiste Al Adl wal Ihssane, des sections locales du collectif de solidarité avec le peuple palestinien et de l’Irak.
A 10 heures du matin, des manifestants, venant en ordres dispersés, continuaient à affluer vers la Place, enturbannés de keffieh, avec sur les bras toutes sortes de symboles pro-palestiniens. Aziz M., fonctionnaire de son état, a sacrifié son repos dominical, pour amener ses deux filles exprimer leur soutien aux enfants de Gaza martyrisés, et terrifiés par les Robocops surarmés de l’armée israélienne. Se couvrant d’un drapeau palestinien, les filles posaient devant la caméra de leur père aux côtés d’un grand écriteau sur lequel était inscrite l’expression : «Sauvez les enfants de Gaza». «A qui pourrait-on faire croire que les enfants de Gaza sont des terroristes ?», se révolte le père, qui brocarde, avec virulence, le silence complice, voire coupable, de la communauté internationale. A côté, défilait un cercueil porté à bout de bras par des enfants comme pour faire le deuil de «l’Organisation des Nations unies» accusée d’avoir cautionné par sa passivité «le génocide» perpétré contre les civils palestiniens sans défense. Au nom du PJD, Saâdeddine El Othmani, présent à la manifestation, a fustigé «le silence des pays occidentaux», affirmant «ne pas comprendre pourquoi la communauté occidentale reste inactive face aux atrocités et crimes commis contre l’Humanité à Gaza». Le même grief est exprimé à l’adresse de la «défunte» Ligue arabe, critiquée pour son incompréhensible «inaction» face à l’insoutenable légèreté assassine de la machine de guerre israélienne. La forte présence des enfants à cette manifestation n’a eu d’égale que celle des femmes, venues dénoncer le carnage israélien contre notamment les mères palestiniennes tombées sous les bombes aveugles des chasseurs israéliens. Environ un tiers des manifestants étaient des femmes. «1.300 Palestiniens ont été tués, dont plus de 410 enfants et 108 femmes, et plus de 5.300 blessés», s’alarme, une larme dans la voix, une mère, entourée de ses enfants. «On compte plus de la moitié des victimes parmi les civils ; je me demande pourquoi Israël cible-t-elle les civils sans défense, sinon pour les terrifier et obtenir leur reddition», dit-elle, le regard sombre. «Olmert assassin», «Israël assassin», tonne une voix, accompagnée en chœur par des dizaines de manifestants excédés par l’ampleur des dégâts humains occasionnés par une agression israélienne d’une cruauté sans faille. «Les responsables israéliens doivent être traduits devant un tribunal international, pour avoir perpétré des crimes de guerre», plaide un jeune manifestant, arborant des photos de Palestiniens déchiquetés par les bombes israéliennes. A cette plaidoirie, appelée des vœux et hautes luttes des manifestants pro-palestiniens, où qu’ils se trouvent, s’ajoute un appel de plus en plus fort au boycott des produits israéliens et américains. Des organisateurs distribuaient des documents indiquant les noms des sociétés accusées d’apporter un soutien financier direct à Israël, exhortant les consommateurs arabes à bouder les produits de ces sociétés. «En utilisant les produits de ces sociétés incriminées, sachez que vous aidez à l’achat des F-16 et autres armes qui tuent nos enfants en Palestine», met en garde un manifestant.










