Société

Younès Moujahid : «L’investissement dans l’entreprise de presse doit être règlementé»

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ALM : Quels sont les amendements du Code de la presse que vous jugez nécessaires ?
Younès Moujahid : Tout d’abord, condamner des journalistes pour des délits commis par la voie de la presse liés à l’exercice de leur profession est inadmissible. Les peines privatives de libertés prévues par le Code de la presse doivent être abolies. D’autres amendements que nous jugeons nécessaires concernent les formules vagues retenues dans certains articles de ce code. Un code doit contenir des formules juridiques simples et surtout claires pour ne pas donner libre cours aux interprétations erronées. Dans plusieurs cas, les journalistes ont fait les frais des mauvaises interprétations des textes de loi en matière de délits commis par la voie de la presse. Il y a aussi les dispositions qui ont été introduites en 2002 à l’époque du gouvernement de Abderrahmane Youssoufi, notamment le deuxième alinéa de l’article 41. Ces dispositions doivent être annulées. L’investissement dans les entreprises de presse doit être réglementé. Il faut donc que les textes de loi prévoient ce volet-là. Les entreprises de presse doivent aujourd’hui respecter les normes et les conditions des sociétés commerciales. Le domaine de la presse touche aux valeurs, aux principes et à la vie politique. Il est indispensable que les entreprises qui travaillent dans ce domaine soient structurées.

Y a-t-il des convergences dans les points de vue et une coordination entre le SNPM et la Fédération marocaine des éditeurs de journaux en ce qui concerne la réforme du Code de la presse ?
Nous avons des convergences dans les points de vue en ce qui concerne la réforme du Code de la presse. Nous avons eu plusieurs rencontres. Il y a toujours eu des contacts entre nous. Il existe entre le Syndicat national de la presse marocaine et la Fédération marocaine des éditeurs de journaux un esprit de partenariat et de concertation. Les deux institutions ont un poids important et bénéficient d’une forte représentativité. Cela s’est d’ailleurs confirmé lors des négociations que nous avons eues avec le gouvernement. Notre action commune ne concerne pas uniquement le Code de la presse. Il y a aussi la convention collective et le fonds social, qui a été créé en vertu de l’accord signé avec le gouvernement.

Certaines entreprises dans le domaine de la presse écrite connaissent aujourd’hui des problèmes structurels. Par quels moyens peut-on mettre à niveau ces entreprises ?
Un effort est fourni à travers le contrat-programme pour mettre à niveau les entreprises de presse qui ont des difficultés. Toutefois ce contrat-programme ne permet pas à lui seul la mise à niveau globale de ces entreprises.  Il y a la situation sociale des employés de certaines entreprises de presse qui laisse à désirer. Aussi les difficultés financières auxquelles les entreprises mal structurées ont du mal à faire face.
Aujourd’hui, l’augmentation du prix du papier, la concurrence qui croît de jour en jour et la problématique de la publicité rendent ces entreprises plus vulnérables. Il faut dire aussi que la mauvaise gestion est l’un des éléments qui entravent l’évolution de ces entreprises.

Etes-vous optimiste quant à l’avenir de la presse écrite ?
S’il n’y a pas de réforme en profondeur et de manière sérieuse, je crains que dans les années à venir une crise dans le secteur de la presse écrite. Je crains même de voir un jour des entreprises de presse contraintes à fermer leurs portes. Il faut introduire des réformes sans qu’elles soient au détriment des journalistes. Cela dépend de la volonté des propriétaires des entreprises de presse. Malheureusement, nous avons remarqué que jusqu’à présent cette volonté fait défaut. On n’implique pas les acteurs fondamentaux du domaine de la presse et on ne les consulte pas pour avoir leur avis sur des choses qui concernent l’activité. Au Maroc comme partout dans le monde, la presse écrite est appelée à relever un certain nombre de défis.

Quel est votre avis sur le rôle de la HACA dans le paysage médiatique marocain ?
La HACA ne doit pas se contenter d’accorder des autorisations et de traiter les plaintes qu’elle reçoit. Elle ne doit pas non plus se limiter aux aspects techniques, alors qu’elle est censée accomplir une mission plus générale.
Elle doit évoluer puisqu’elle a dépassé l’étape de constitution, durant laquelle elle avait à élaborer les règlements et les procédures ainsi que la formation des ressources humaines. Il est temps de voir la HACA adopter une méthode nouvelle de travail. Cette institution devrait également communiquer davantage et organiser des conférences de temps à autre, pour mettre au courant l’opinion publique des développements et des nouveautés.