Avec la détection, puis la confirmation par la suite, de l’existence d’une idéologie takfiriste au Maroc agissant sous le label de la «Salafiya Jihadia» en 2002, des voix s’étaient élevées pour dénoncer ce qu’elles considéraient comme une sorte de complicité indirecte entre l’islamisme autorisé et l’islamisme radical.
Cette théorie a été développée par plusieurs acteurs politiques et associatifs militant pour la modernité. Ils estiment que les islamistes agréés disposent d’une marge de manœuvre politique et médiatique qui leur permet de préparer un terrain fertile à la culture de l’intégrisme. Certains ont poussé l’analyse encore plus loin en affirmant l’existence d’une alliance entre ces deux franges de l’islamisme. Cette théorie s’est basée, selon ses défendeurs, sur des faits recensés et répertoriés où les islamistes « modérés » ont adopté, parfois, des prises de position radicales qui révèlent la persistance, chez certains d’entre eux, de l’instinct radical. Les cas sont nombreux: des déclarations de Me Mustapha Ramid, avocat et député du Parti de la justice et du développement (PJD) sur les festivals, certaines productions cinématographiques nationales et les centres culturels étrangers, aux déclarations d’Ahmed Raïssouni, président du Mouvement unicité et réforme (MUR), sur la commanderie des croyants, etc.
Au lendemain des attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, il était clair que la large diffusion dont a bénéficié le discours islamiste grâce à l’ouverture démocratique, a créé un climat propice à la propagation de l’intégrisme. Certaines voix ont appelé, alors, à la dissolution du PJD. Une prise de position radicale qui n’a pas trouvé d’écho puisqu’elle relevait de l’irréalisme politique. Mais, des dirigeants du PJD et du MUR ont compris la nécessité de remettre de l’ordre dans leurs instances et de calmer les ardeurs de certains de leurs cadres.
Mais, aujourd’hui, et à l’approche des élections communales, des sorties médiatiques aussi périlleuses font leur réapparition. Dans un dossier consacré aux jeux du hasard, le quotidien proche du PJD et porte-parole du MUR, Attajdid, n’hésite pas à qualifier un hôtel connu de «projet sioniste». Et, tout en citant les noms de ses propriétaires et de ses cadres, l’auteur de l’article les accuse de servir des intérêts sionistes.
Désigner aussi clairement des personnes et leur lieu de travail tout en les accusant de servir des intérêts sionistes est non seulement de la diffamation ou de la calomnie mais aussi une manière indirecte de les exposer au danger. Si cela n’est pas une manière indirecte de fomenter l’intégrisme, comment peut-on le qualifier ?









