Qui d’entre nous n’a pas un jour acheté un CD, un DVD, un VCD… à un «vendeur à la sauvette» ? Et nous avons fait cela sans aucun problème de conscience, en toute innocence, ou en tout cas avec un vague sentiment de gagner quelques dirhams au prix d’une anodine action illégale. Or, malheureusement cela n’a rien d’anodin !
Permettez moi en quelques chiffres de vous montrer la gravité de la situation due à chacun de nos gestes «anodins» : les salles de cinéma dans notre pays ferment les unes après les autres et nous n’en comptons plus aujourd’hui que 80 contre 350 dans les années 90 ; en 2005, 16 usines de fabrication de CD et de cassettes fonctionnaient, il n’en existe que 4 aujourd’hui, qui tournent à 15% de leur capacité. Enfin, seulement 10 studios d’enregistrement subsistent en 2009, alors qu’il existait 51 en 2005 !
On le voit, la situation est grave et il nous faut prendre conscience que c’est toute notre culture, notre créativité, notre création qui meurent à petit feu… Qu’est donc un peuple sans la culture ? La culture n’est-elle pas ce qui nous sépare de la barbarie ? Pour lutter contre cette véritable «industrie» qu’est devenu le piratage, un ensemble d’artistes, producteurs, réalisateurs, éditeurs, journalistes ont créé «l’Association marocaine de lutte contre le piratage» (AMLP) pour lutter contre toutes les formes de piratage. Pour la première fois, acteurs de l’industrie du disque, du cinéma, de la télévision et des logiciels ont uni leurs forces pour sensibiliser le grand public –que nous sommes- à travailler avec les autorités pour intensifier la répression, renforcer les lois existantes mais aussi en faciliter la vitesse d’application et enfin agir au niveau social. C’est aussi à ce niveau là que réside l’intelligence de l’AMLP, qui plutôt que de considérer les petits revendeurs de rue comme des coupables, les voient pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des victimes ; d’où l’idée de les aider à se reconvertir dans le circuit légal. La stratégie de l’association et des pouvoirs publics, qui ont pris la mesure de l’ampleur des dégâts a commencé à porter ses fruits : entre 2008 et début 2009 quelque 1.500 000 VCD et DVD piratés ont été saisis et en avril dernier grâce à la saisie de centaines de milliers de DVC et de CD, 7 personnes ont été condamnées à une amende cumulée de 8.300 000 DH! une première dans notre pays et un exemple ! Mes quelques lignes se veulent une modeste contribution à cette juste lutte, car ce combat est loin d’être superficiel, une partie de notre âme, de notre talent, de ce que nous transmettrons aux générations futures sont ainsi piratés et nul ne peut y être indifférent : les disques, les livres, les films sont les vecteurs privilégiés de notre culture et méritent d’être traités comme tels. Puisse cette chronique contribuer à vous donner, à nous donner, mauvaise conscience si nous avions encore je goût d’acheter des produits piratés et puisse chacun d’entre nous sensibiliser son entourage aux dangers du piratage. Pour que vive la culture !










