Les USA, la France et l’Allemagne cultivent, depuis quelques années, une approche économique qui effaroucherait plus d’un adepte de la rigueur budgétaire. Sous l’actuelle administration républicaine, le budget fédéral a battu tous les records de son déficit qui s’élève aujourd’hui à 374 milliards de dollars, soit 2,5 fois le Budget général du Maroc. En Europe, l’Allemagne a depuis longtemps rompu avec le pacte de stabilité européen, lequel préconise un plafond de 3% de déficit budgétaire. En 2003, le déficit public du pays a atteint 4%, selon des chiffres encore provisoires. Plutôt que de concentrer ses efforts dans le respect d’une convention qui n’a pas force de loi économique, l’Allemagne entend par ce dépassement financer le développement et relancer l’emploi. Pour le moment, le premier objectif est loin d’être atteint, le pays de Goethe subit sa première récession depuis dix ans avec un recul de 0,1% du PIB et une tendance dans les ménages à l’épargne (10,8%) plutôt qu’à la consommation. La reprise devrait venir cependant cette année. Autre adepte d’un déficit fort, la France qui s’attend à une hausse de 0,1% du PIB en 2003. L’Hexagone a desserré l’étau du pacte de stabilité pour relancer le marché de l’emploi et faire reculer le chômage. Mais ce qui interpelle les économistes entre les deux rives de l’Atlantique, tient en un mot : l’inflation. En dépit d’une politique monétaire rigoureuse, celle-ci a pris des allures olympiques en Europe alors que pour les USA, elle est encore au stade de symptômes. Un argument de plus pour les partisans d’un certain relâchement. Le Maroc, qui cultive depuis longtemps la politique des 3% de déficit budgétaire continue de serrer les cordons de la bourse en essayant de réduire les dépenses de fonctionnement, soit 80 milliards de dirhams, la moitié de son Budget, à des proportions raisonnables. Seulement c’est au détriment des dépenses d’investissements (22 milliards) créateurs d’emplois. Pour l’économiste Brahim Rachidi, professeur à l’Université Hassan II, ancien vice-président de la Chambre des représentants, il ne faut pas, dans cette politique budgétaire, se tromper de cible. « L’augmentation des salaires prévus n’est qu’un rattrapage du pouvoir d’achat des masses laborieuses ». Le problème, poursuit-il, c’est l’écart incommensurable entre les hauts et les bas salaires. « Quand un P-dg gagne 150 000 dirhams et que l’on discute sur la base d’un smig de 1.800 dirhams, il y a problème ». Mais la plupart des économistes marocains, bien que favorables à un déficit « libéré » de certaines contraintes, s’opposent à ce que la marge dégagée soit reversée dans les dépenses de fonctionnement. «L’idéal, conclut M. Rachidi, c’est de rationaliser les dépenses ».Dans tous les cas, l’augmentation de salaire ne peut aller qu’avec son pendant, l’augmentation de la productivité dans les entreprises. Or, aux dernières nouvelles, celle-ci était plutôt sur une tendance inverse. Une enquête de la DPEG sur les entreprises industrielles montre que l’industrie marocaine a perdu la bataille de la productivité à cause, entre autres, du manque de qualification. D’où, d’après un analyste, l’intérêt d’un meilleur redéploiement des dépenses de fonctionnement: «il y a des niches d’économie que le Maroc peut réaliser sans entamer son Budget. Il faut affecter les fonctionnaires dans les secteurs sociaux ». Et de prendre l’exemple de Casablanca, ville qui compte 35 000 fonctionnaires mais où, dans « les communes, on ne trouve même pas quelqu’un pour changer une ampoule». Contraste qui illustre bien les disparités de l’approche emploi dans le secteur public.








