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Éviter les effets pervers de la hausse du déficit

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ALM : Il y a un grand écart entre le déficit réel du budget de l’Etat et le déficit apparent. Tout dépend si on comptabilise les recettes des privatisations ou non. Pensez-vous que le gouvernement tente de camoufler les chiffres?
Abdelouhed Souhaïl : Effectivement, sans l’apport des privatisations, le déficit budgétaire serait encore plus prononcé qu’il ne l’est actuellement. Sincèrement, je ne pense pas qu’il y ait une quelconque volonté de camoufler les chiffres.
Généralement, on comptabilise les recettes des privatisations dans le budget de l’Etat. Une partie de ces recettes est affectée au Fonds Hassan II, une autre est directement versée dans le budget de l’Etat. A mon avis, le véritable problème se pose pour l’avenir. La donne risque d’être beaucoup plus compliquée car nous risquons d’être confrontés à un important problème de recettes.
Justement, que ferons-nous le jour où il n’y aura plus rien à privatiser?
J’espère que d’ici là, nous aurons un secteur public qui gagne de l’argent. Aujourd’hui, il est malade et mal géré. Or, le meilleur contribuable c’est la croissance. Au PPS, nous avons, à maintes reprises, attiré l’attention sur ce point. Nous prônons, à titre d’exemple, un élargissement substantiel de l’assiette fiscale. L’administration fiscale doit être réformée pour qu’elle puisse atteindre des niveaux de performance beaucoup plus importants qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Nous estimons également qu’au nom de l’égalité devant l’impôt certains secteurs, exonérés actuellement, doivent être fiscalisés. C’est le cas du secteur agricole, par exemple, qui gagne de l’argent comme tous les autres secteurs. Il n’y a pas de raisons pour qu’il demeure exonéré.
En outre, pour avoir un déficit budgétaire acceptable, il va falloir mettre en oeuvre et appliquer une véritable politique de rationalisation des dépenses.
Peut-on dire, selon vous, que la politique des grands travaux justifierait une légère aggravation du déficit budgétaire?
La politique des grands travaux ne peut être que salutaire pour l’économie du pays. C’est le cas des grands projets de forestation et de la protection des sols menacés par l’érosion. Ce sont des projets d’envergure qui auront de véritables impacts positifs, aussi bien sur le plan économique que social. Car elle sous-entend une grande mobilisation de main d’oeuvre nationale. Toutefois, cette politique des grands travaux ne devrait pas être réalisée aux dépens de l’inflation. Une aggravation de cette dernière pourrait être générée si l’on ne maîtrise pas son étendue.
Nous avons l’impression que vous êtes sensibles au problème des équilibres. Pourquoi?
Nous ne pouvons pas nous amuser avec les équilibres macro-économiques. Cela risquerait de grever l’avenir des générations futures. Et pour cause, l’accroissement du déficit peut avoir des effets extrêmement pervers. J’entends par cela que l’accroissement du déficit budgétaire est synonyme d’enclenchement de l’endettement. C’est le scénario que le Maroc a connu pendant quarante ans. Sachez qu’aujourd’hui, 30% des recettes de l’Etat sont allouées au service de la dette. Vous imaginez aisément les conséquences sur les générations futures. C’est un problème qu’il faudrait prendre au sérieux.
Pensez-vous que les conditions imposées au Maroc par le FMI et la Banque Mondiale sont responsables de la situation actuelle?
En fait, si vous pouvez vous passer de ces deux institutions, vous pouvez appliquer la politique budgétaire que vous souhaitez. Dans le cas contraire, il faut se plier à certaines exigences. Il faut, toutefois, reconnaître que le Maroc est de moins en moins dépendant du FMI et de la Banque Mondiale. Mais au détriment de l’endettement intérieur.
Que gagne le Maroc en optant pour un endettement intérieur plutôt qu’extérieur?
L’avantage se situe au niveau du risque de change. En plus, cette solution intervient au moment où le système bancaire marocain connaît une importante sur-liquidité. En somme, l’aggravation du déficit budgétaire doit se faire avec un dosage délicat. Il est difficile de citer les secteurs qui devraient en bénéficier, mais je citerais le monde rural, le secteur social et celui des infrastructures de base.