Économie, social, pouvoir d’achat… cinq années d’arbitrages et de trajectoire dans un contexte mondial sous tension
Indicateurs : Exposer un bilan aussi dense que celui des cinq dernières années ne se résume pas à aligner des chiffres. Derrière les indicateurs, c’est une trajectoire qui se dessine, faite d’adaptations, de choix assumés et de réponses à une succession de chocs.
Dans ce dossier, premier d’une série qui s’étalera dans le temps, ALM propose une lecture à la fois globale et détaillée pour comprendre ce qui a été engagé… et ce que cela dit de la dynamique du Maroc aujourd’hui.
Exposer un bilan dense et riche en réalisations chiffrées actées, certaines même inédites, n’est pas un exercice de tout repos. Et quel que soit le volume horaire consacré, l’exhaustivité restera toujours difficile à atteindre au regard de l’ampleur de ce qui a été engagé sur cinq années.
Aussi complète et structurée soit-elle, une bonne compilation de chiffres ne peut, à elle seule, restituer pleinement la portée de la séquence traversée. Car au-delà de l’accumulation de données, c’est bien une lecture d’ensemble qui s’impose progressivement : celle d’une trajectoire, d’un enchaînement de décisions, d’un positionnement dans un contexte international particulièrement mouvant.
Depuis le 15 avril, le Chef du gouvernement a multiplié les séquences d’explication. Devant les deux Chambres du Parlement d’abord, où pendant plusieurs heures, les élus de tous bords ont pu interroger, commenter et décrypter les choix opérés. Un exercice institutionnel classique, mais qui, par sa durée et sa densité, a permis d’installer le débat dans le détail et d’en faire ressortir les principales lignes de force.
Quelques jours plus tard, une autre approche a été privilégiée, avec une rencontre directe avec les médias. Un format différent, plus ouvert, qui permet d’aborder le bilan sous un angle plus global. « Je ne vais pas faire de discours, ni reprendre les rapports. Tous les éléments ont déjà été présentés », a d’emblée indiqué le Chef du gouvernement. Une manière de poser un cadre et de focaliser la discussion vers une compréhension plus large de ce qui a été engagé.
Dans cette configuration, l’exercice change de nature. Il ne s’agit plus uniquement de rappeler des chiffres ou de lister des réalisations, mais de replacer ces éléments dans leur contexte. Celui d’un mandat ouvert dans la sortie de crise sanitaire, rapidement confronté à une inflation mondiale soutenue, à des tensions géopolitiques persistantes et à des perturbations durables des chaînes d’approvisionnement.
« Nous avons été confrontés à des situations exceptionnelles », a rappelé le Chef du gouvernement, en soulignant la nécessité d’adapter en permanence les choix économiques et sociaux. Cette capacité d’ajustement, souvent évoquée au fil des échanges, apparaît comme un fil conducteur de l’action menée.
Dans ce cadre, certaines décisions prennent un relief particulier. Maintenir l’investissement public dans un environnement contraint. Soutenir le pouvoir d’achat à travers des dispositifs ciblés. Accélérer la mise en place de l’État social malgré un contexte international peu favorable. Autant de choix qui, pris dans leur continuité, dessinent une logique d’ensemble.
Car c’est précisément dans cette continuité que se construit la lecture du bilan. Une lecture qui repose sur plusieurs axes : la préservation des équilibres macroéconomiques, le maintien d’un effort d’investissement soutenu, le renforcement progressif des dispositifs sociaux et l’accompagnement des secteurs productifs.
Les indicateurs sont parlants. Une croissance moyenne autour de 4,5% sur la période récente, contre 2,4% auparavant. Des recettes fiscales en progression significative. Un effort d’investissement public qui passe de 230 milliards de dirhams en 2021 à près de 380 milliards en 2026. Une inflation qui, après un pic à 6,6% en 2022, revient à des niveaux nettement plus modérés à partir de 2024.
Pris ensemble, ces éléments traduisent une trajectoire globalement maîtrisée. Ils témoignent d’une capacité à absorber les chocs et à maintenir une dynamique, dans un environnement pourtant marqué par de fortes incertitudes.
Mais ces données ne disent pas tout. Elles donnent une tendance, mais ne rendent pas toujours compte de la manière dont elles sont perçues dans le quotidien. Et c’est précisément dans cet écart, naturel dans toute phase d’ajustement, que se situe une partie de la lecture.
Dans ses interventions, le Chef du gouvernement n’élude pas cette dimension. Il rappelle que les mesures prises ont permis d’atténuer les effets de l’inflation, sans pour autant prétendre en effacer totalement les impacts. « Nous avons fait le choix de soutenir », a-t-il insisté, soulignant une logique d’accompagnement dans un contexte contraint.
Cette logique se retrouve dans plusieurs volets de l’action publique. Dans les soutiens directs aux ménages, dans les subventions mobilisées pour contenir certains prix, dans les accords issus du dialogue social ou encore dans la généralisation progressive des dispositifs de protection sociale.
Ce dernier point constitue d’ailleurs l’un des marqueurs les plus visibles de la période. La mise en place de l’aide sociale directe, la généralisation de l’assurance maladie obligatoire, l’extension des dispositifs de soutien : autant d’éléments qui traduisent un changement d’échelle.
Aujourd’hui, plusieurs millions de ménages bénéficient d’un soutien direct, avec des montants adaptés à leur situation. Une évolution qui introduit un rapport plus immédiat entre l’État et les citoyens, et qui contribue à structurer progressivement l’action sociale.
Dans le même temps, d’autres dynamiques viennent compléter cette lecture. Le renforcement des infrastructures, l’accélération des investissements dans des secteurs stratégiques comme l’eau ou l’énergie, ou encore la montée en puissance de certaines filières industrielles et touristiques.
Les performances enregistrées dans ces domaines témoignent d’une orientation vers le long terme, avec des projets qui dépassent le seul cadre du mandat et s’inscrivent dans une trajectoire plus large.
Mais là encore, la lecture reste ouverte. Car au-delà des résultats enregistrés, la question porte aussi sur la manière dont cette dynamique se prolonge et se diffuse dans l’ensemble du tissu économique.
C’est dans cet espace, entre résultats mesurables, perception des citoyens et dynamique en cours de consolidation, que se situe aujourd’hui la compréhension du bilan.
Des équilibres économiques sous pression… mais globalement maîtrisés
Le premier ensemble qui se dégage concerne les équilibres économiques et financiers. C’est le socle, celui à partir duquel le reste devient possible.
Sur la période 2021–2026, la trajectoire affichée est celle d’une économie qui encaisse les chocs sans rupture majeure. La croissance moyenne s’établit autour de 4,5%, contre 2,4% sur la période précédente. Une progression qui s’explique en partie par la reprise post-Covid, mais aussi par la dynamique des activités non agricoles, dont la croissance dépasse les 5% sur plusieurs exercices.
Dans le même temps, l’inflation, qui avait fortement marqué l’année 2022 avec un pic à 6,6%, est progressivement contenue pour revenir à moins de 1% en 2025. Une évolution qui traduit un effort de stabilisation, mais aussi un contexte international redevenu plus favorable.
Autre élément structurant : l’effort d’investissement public. Il passe de 230 milliards de dirhams en 2021 à près de 380 milliards en 2026. Un niveau rarement atteint, qui traduit un choix assumé de soutien à l’économie, tout en ouvrant des perspectives sur les conditions de son prolongement dans la durée.
Sur le plan des finances publiques, les recettes fiscales progressent significativement, atteignant 342 milliards de dirhams en 2025, soit une hausse de près de 60% par rapport à 2021. Le déficit budgétaire est contenu autour de 3% du PIB, tandis que la dette amorce une légère décrue.
Les indicateurs extérieurs, eux aussi, témoignent d’une certaine solidité. Les exportations progressent, les recettes touristiques atteignent des niveaux record, les transferts des MRE se maintiennent à un niveau élevé et les réserves de change couvrent plus de cinq mois d’importations.
Pris ensemble, ces éléments dessinent une économie globalement stabilisée. Cette stabilité repose en partie sur l’intervention publique, tout en laissant apparaître une dynamique appelée à évoluer progressivement.

L’État social :Un changement d’échelle structurant
Un autre axe majeur apparaît à travers la montée en puissance de l’État social. Sur ce terrain, la transformation est moins qualitative que quantitative : ce qui existait de manière ciblée tend désormais à s’étendre et à se structurer.
La généralisation de l’assurance maladie obligatoire constitue l’un des marqueurs les plus visibles. Près de 11 millions de bénéficiaires sont aujourd’hui couverts, tandis que plusieurs millions de travailleurs non salariés ont intégré le système.
Mais c’est surtout l’aide sociale directe qui introduit une évolution notable. Elle concerne aujourd’hui près de 3,9 millions de ménages, soit environ 12 millions de bénéficiaires. Les montants varient entre 500 et 1.350 dirhams par mois selon la composition des foyers.
Ce dispositif installe une relation plus directe entre l’État et les citoyens. Plus visible, plus lisible, mais aussi plus structurée.
Dans le même temps, des efforts importants sont engagés dans la santé, avec un budget en forte progression et une amélioration progressive des infrastructures. Le logement et les politiques sociales complémentaires viennent renforcer cet ensemble.
L’ensemble traduit une montée en puissance rapide, qui s’inscrit désormais dans une phase d’ajustement et de consolidation.

Pouvoir d’achat: Un amortisseur public assumé
Au croisement de l’économique et du social, la question du pouvoir d’achat reste centrale.
Face à la hausse des prix, l’intervention publique a été importante. Des ressources significatives ont été mobilisées pour soutenir l’énergie, le transport, certains produits de base ou encore l’agriculture.
À cela s’ajoutent les mesures issues du dialogue social : augmentation des salaires dans la fonction publique, revalorisation du SMIG et du SMAG, ajustements fiscaux ou encore élargissement de l’accès à la retraite.
Ces mesures ont concerné plusieurs millions de bénéficiaires et mobilisé des enveloppes budgétaires conséquentes.
Elles ont permis d’atténuer l’impact de l’inflation et d’accompagner le pouvoir d’achat dans un contexte contraint. Elles s’inscrivent dans une logique d’amortissement, où l’objectif est de limiter les effets les plus sensibles des fluctuations de prix.

Investissement et secteurs productifs : Une dynamique engagée
La dynamique économique réelle repose également sur l’investissement et la performance des secteurs productifs.
Sur ce terrain, les indicateurs traduisent une activité soutenue. Des volumes importants d’investissements ont été engagés, avec des perspectives significatives en termes d’emplois.
Le climat des affaires montre des signes d’amélioration, notamment en matière de délais de création d’entreprise et d’attractivité.
Les secteurs clés affichent des performances notables. L’industrie automobile consolide sa position en Afrique, le tourisme atteint des niveaux record et certaines filières agricoles maintiennent leur dynamique malgré les contraintes climatiques.
Les infrastructures jouent, elles aussi, un rôle structurant. Eau, énergie, transport ou encore logistique : les investissements engagés participent à façonner la trajectoire de développement.
Dans ce contexte, la dynamique globale laisse entrevoir une montée en puissance progressive des acteurs économiques, en complément de l’effort public engagé.

Une lecture d’ensemble en construction
Pris dans leur globalité, ces différents éléments dessinent une trajectoire cohérente. Une économie stabilisée, un État social en expansion, un pouvoir d’achat accompagné, des investissements soutenus.
Mais cette cohérence s’inscrit dans une dynamique encore en évolution.
Entre intervention publique et montée en puissance progressive du privé, entre performance macroéconomique et perception sociale, entre investissements engagés et effets à long terme, les équilibres continuent de se structurer.
C’est dans cet espace que se construit aujourd’hui la lecture du bilan. Et c’est aussi dans cet espace que se dessineront les prochaines étapes.










