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Al Manar fait ses adieux

La galerie Al-Manar ferme ses portes. La nouvelle est affligeante, parce que Al-Manar était l’unique galerie spécialisée dans la vente de peinture moderne qui avait encore la confiance des grands noms. Avec sa fermeture, très peu de lieux d’exposition subsistent à Casa. Hormis Venise Cadre, spécialisée dans la peinture figurative et Bassamat, qui ne défend pas de genre précis, la plus grande ville du Royaume manque cruellement d’espaces d’art, dignes de ce nom. La fermeture d’Al Manar a été certes précipitée par les travaux annoncés au complexe Dawliz, mais il existe d’autres raisons plus sérieuses. D’abord l’exiguïté de l’espace. La directrice de l’établissement, Christine Gorius, précise à cet égard que le petit espace d’Al Manar ne permettait pas d’accueillir des installations et d’exposer des pièces d’une grande taille. D’où la réflexion à un lieu de substitution. Plus grave, Christine Gorius rend les peintres responsables de la situation financière fragile des galeries. Elle fustige ceux d’entre eux qui se livrent à la vente directe, faisant à la fois office de producteurs et de marchands. « En vendant 40 % moins cher que nous, il est normal qu’un grand nombre de collectionneurs achètent directement chez les peintres», explique Christine Gorius. Elle ajoute que cette situation est particulièrement périlleuse, parce que des institutions, telles que les banques -et même l’Etat- s’approvisionnent en tableaux en contactant directement les peintres. «Comment voulez-vous qu’une galerie vive, quand tout le monde achète de concert chez les peintres !», s’écrie l’intéressée. Elle ajoute que les peintres qui fragilisent les galeries, en vendant eux-mêmes leurs tableaux, mettent en péril leur carrière internationale. «Pour être présent dans une foire internationale, il faut être représenté par une galerie, et non pas par un amateur ou une banque », dit-elle. Pourtant les peintres ne semblent pas nuire pareillement aux galeries dans toutes les villes du Maroc. Et pour preuve, à Marrakech, les lieux d’exposition fleurissent. En plus des quatre galeries qui existent, d’autres projettent d’ouvrir leurs portes. Et c’est justement dans la ville Ocre que Al Manar a choisi de réapparaître sous un nom très légèrement modifié : Alman’art. Elle nous promet un espace de près de 300m2 et une superbe hauteur sous plafond. La première exposition est prévue en février 2004. Elle est de nature à doter Marrakech d’un événement plastique majeur. Quant à Casablanca, elle est pratiquement amputée du seul endroit où ses habitants pouvaient encore voir un peu de peinture moderne.

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