Al-Manar : Le Liban veut mobiliser le monde arabe

Cette chaîne extra-européenne reçue en Europe via Eutelsat est jusqu’à présent la seule ayant fait l’objet d’une demande d’interdiction de la part du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), organisme chargé de réguler l’audiovisuel en France. Cependant, la marge de manoeuvre du Liban semble mince, étant donné que cette affaire relève du seul droit français, estime un diplomate arabe qui a requis l’anonymat.
Le ministre des Affaires étrangères, Mahmoud Hammoud, a contacté le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pour lui demander l’intervention de son organisation. M. Moussa avait souhaité il y a deux jours que « les gouvernements occidentaux laissent aux médias arabes une marge suffisante pour se défendre » lorsqu’ils font l’objet de sanctions. M. Hammoud a en outre demandé à l’ambassadeur du Liban à Paris, Sylvie Fadlallah, d’intervenir auprès du ministère français des Affaires étrangères. A cette fin, le ministre effectuera une brève visite dans la capitale française samedi. Une réunion des ambassadeurs arabes à Paris est prévue jeudi. Mais ils peuvent difficilement engager une action commune sur cette affaire « qui relève de la justice » française, a indiqué un diplomate arabe à Paris, joint au téléphone par l’AFP. Pendant ce temps, des voix se sont élevées à Beyrouth pour envisager des mesures de rétorsion contre des médias français.
Le ministre de l’Information, Elie Ferzli, a adressé un message à Amr Moussa, lui demandant « d’étudier la possibilité de réviser les privilèges accordés à certains médias français opérant dans le paysage audiovisuel arabe et qui véhiculent (des propos) qui s’apparentent au racisme anti-arabe et à des appels à la haine ». M. Ferzli a invité jeudi la société arabe de communications satellitaires, Arabsat, qui tient un congrès à Beyrouth, à « intervenir auprès de la justice française, en sa qualité de partenaire, pour défendre le droit légitime d’Al-Manar », qui fait partie de son bouquet. La Commission parlementaire chargée des médias, réunie jeudi, a demandé au gouvernement de considérer le problème d’Al-Manar comme une « affaire nationale » et adopté une motion présentée par le député pro-syrien Nasser Qandil, recommandant au gouvernement de réviser « les privilèges qu’il accorde aux médias audiovisuels français », notamment Radio France internationale (RFI) et la chaîne de télévision TV5. D’autre part, interrogé par l’AFP, Hassan Fadlallah, directeur de l’information d’Al-Manar, a indiqué que les contacts se poursuivaient entre le CSA et Al-Manar et que la chaîne avait adressé mardi une lettre à l’organisme.
Cette lettre, « qui a été bien accueillie par le CSA », selon lui, indique qu’Al-Manar « est en train de mettre au point un code déontologique pour assurer le respect du conventionnement conclu avec le CSA ». Par ce conventionnement, Al-Manar s’est « engagée à ne pas inciter à la haine, à la violence ou à la discrimination pour des raisons de race, de sexe, de religion ou de nationalité ». « Ces principes ont toujours fait partie de notre morale déontologique. Il peut y avoir eu dans le passé des glissements auxquels nous allons remédier », a indiqué M. Fadlallah. « Il n’est toutefois pas question que ces mesures nous fassent renoncer à nos convictions. Al-Manar restera la chaîne de la «résistance» et de la dénonciation de l’occupation israélienne et nous avons expliqué au CSA que nous ne pouvions pas y renoncer », a-t-il ajouté. Le directeur d’Al-Manar, Mohammad Haïdar, avait reconnu que sa chaîne « doit s’adapter et modifier certains comportements et certains termes » et qu' »un chantier » est en cours à ce sujet.

• Salim Yassine (AFP)

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