Dans un contexte mondial à vif, miné par l’incertitude et les crises successives
Connectivité. Le Maroc s’affirme comme un hub continental incontournable, conjuguant stabilité, ambition et connectivité, au service d’une aviation civile en pleine mutation. C’est dans cet esprit que se tient, du 14 au 16 avril à Marrakech, la cinquième édition de l’ICAO Global Implementation Support Symposium (GISS).
Les détails.
La cinquième édition du symposium de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a ouvert ses travaux à Marrakech, réunissant les principaux décideurs et acteurs du transport aérien mondial. Cette grand-messe du secteur intervient dans un contexte de forte dynamique pour l’aviation civile, à laquelle le Maroc entend pleinement prendre part.
Le Royaume confirme en effet la vitalité de son trafic aérien. « En 2025, les aéroports marocains ont accueilli plus de 36 millions de passagers », a indiqué le ministre du transport et de la logistique, Abdessamad Kayouh. Une performance portée par les efforts de développement du secteur, mais aussi par l’accueil de grands événements internationaux, notamment la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Ainsi, près de 270.000 mouvements d’avions ont été enregistrés sur l’ensemble des plateformes aéroportuaires du pays. Fort de cette progression, le Maroc consolide son positionnement en tant que hub régional. Le pays est aujourd’hui relié à plus de 170 destinations internationales directes, desservies par plus de 70 compagnies aériennes.
Cette connectivité s’appuie sur une infrastructure moderne composée de 18 aéroports internationaux aux standards mondiaux, avec en figure de proue l’Aéroport Mohammed V de Casablanca, véritable porte d’entrée entre l’Afrique et le reste du monde. La compagnie nationale Royal Air Maroc contribue également à cette dynamique. Avec un réseau de plus de 90 destinations, elle renforce le rôle du Royaume comme carrefour stratégique entre l’Europe, l’Afrique, les Amériques et le Moyen-Orient. Mais cette croissance rapide s’accompagne de nouveaux défis. Les autorités marocaines mettent ainsi l’accent sur la modernisation continue des infrastructures, la transformation numérique et le renforcement des exigences en matière de sécurité, de sûreté et de durabilité.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision à long terme visant à accompagner l’essor du transport aérien, notamment à l’approche de grandes échéances internationales, dont la Coupe du monde 2030. Dans cette optique, le Maroc déploie une approche intégrée pour améliorer l’expérience passager. La digitalisation du parcours aéroportuaire se traduit par l’adoption de systèmes avancés, tels que les dispositifs API (Advance Passenger Information) et PNR (Passenger Name Record), permettant une gestion anticipée des flux et une meilleure analyse des risques. Le renforcement des contrôles passe également par l’introduction de scanners de nouvelle génération, de portiques électroniques et de technologies biométriques, contribuant à fluidifier les procédures et à réduire les temps d’attente. Parallèlement, l’Office national des aéroports (ONDA) poursuit la mise en œuvre de sa stratégie « Aéroports 2030 », avec l’ambition de doubler la capacité d’accueil pour atteindre 80 millions de passagers à l’horizon 2030.
De son côté, Royal Air Maroc a engagé un plan de développement visant à quadrupler sa flotte pour atteindre près de 200 avions d’ici 2037, tout en élargissant son réseau domestique et international. Au-delà du transport, le Maroc mise également sur le développement de son industrie aéronautique, devenue un pilier de son tissu industriel. En l’espace de deux décennies, le secteur s’est profondément transformé, comptant aujourd’hui près de 150 entreprises, générant plus de 25.000 emplois directs et un chiffre d’affaires annuel d’environ 26 milliards de dirhams. Cette attractivité est renforcée par la signature récente de partenariats stratégiques avec de grands groupes internationaux, portant notamment sur la maintenance des moteurs d’avions et la production de composants aéronautiques.
Enjeux globaux
Le président du conseil de l’OACI, Toshiyuki Onuma, a insisté sur les enjeux globaux auxquels fait face le secteur. Il a rappelé que l’aviation internationale traverse une période de fortes turbulences, marquée par des défis majeurs depuis la pandémie de Covid-19. Dans ce contexte, il a appelé à une mobilisation accrue des États et des acteurs du secteur pour construire un système aérien plus résilient et durable. Le responsable a également souligné l’importance du plan stratégique de l’OACI à l’horizon 2050, adopté à l’unanimité par 192 États membres, et dont l’un des axes majeurs repose sur le principe « Aucun pays laissé de côté ». Ce symposium constitue, selon lui, une étape clé pour renforcer les capacités des États, favoriser le partage d’expertise et accélérer la mise en œuvre de projets concrets. Insistant sur la nécessité d’un engagement politique fort, Toshiyuki Onuma a appelé à transformer les échanges en actions tangibles : nouveaux partenariats, financements, accords et initiatives régionales. L’objectif est clair : permettre à tous les pays de tirer pleinement parti du potentiel de l’aviation comme levier de croissance, d’innovation et d’intégration économique. Dans ce sens, cette rencontre internationale confirme le rôle central de l’OACI comme plateforme de coopération et d’impulsion pour l’avenir du transport aérien mondial, dans un contexte où la connectivité et la résilience du secteur sont plus que jamais stratégiques.
Contexte
Les équilibres traditionnels du transport aérien sont profondément reconfigurés sur fond de tensions géopolitiques, d’incertitudes et de successions de crises. Instabilité régionale, perturbations des chaînes logistiques, volatilité des coûts et recomposition des flux de mobilité internationale redessinent les cartes de l’aviation civile, poussant compagnies et investisseurs à rechercher des environnements plus sûrs, prévisibles et résilients. Dans ce paysage sous tension, le Maroc tire clairement son épingle du jeu. Fort d’une stabilité politique reconnue, d’une position géostratégique à la croisée de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, ainsi que d’investissements soutenus dans ses infrastructures aéroportuaires, le Royaume s’impose progressivement comme une alternative crédible et attractive.
Casablanca, Marrakech ou Tanger gagnent de plus en plus en capacité. En témoigne la montée en puissance du trafic aérien au niveau de ces plateformes. Parallèlement, le Maroc capitalise sur une vision stratégique de long terme, articulée autour du développement de hubs performants, de l’ouverture maîtrisée de son ciel et du renforcement de son écosystème aérien. Cette dynamique lui permet non seulement de capter une part croissante des flux régionaux, mais aussi de se positionner comme un point d’ancrage fiable pour les liaisons intercontinentales.
Radioscopie du secteurdu transport aérien au Maroc
Le secteur du transport aérien au Maroc affiche une dynamique de croissance soutenue, portée par l’élargissement de ses partenariats internationaux. Avec plus de 105 accords de services aériens, dont plus de 52 accords de ciel ouvert, le pays a franchi un cap important en 2025. Le trafic aérien a atteint environ 36,4 millions de passagers, dont 32,4 millions sur les vols internationaux et 3,97 millions sur les liaisons domestiques. Sur les deux dernières décennies, l’évolution du trafic témoigne, selon les données dévoilées lors de ce symposium, d’une progression globale régulière.
En 2005, le Maroc comptabilisait 9,2 millions de passagers. Ce chiffre a progressivement augmenté pour atteindre 15,4 millions en 2010, puis dépasser les 20 millions à partir de 2017, culminant à 25,1 millions en 2019. L’année 2020 marque toutefois une rupture brutale, avec une chute du trafic à 7,2 millions de passagers en raison de la crise sanitaire mondiale. Dès 2021, une reprise s’amorce, avec 9,9 millions de voyageurs, suivie d’un rebond marqué en 2022 (20,8 millions) et 2023 (27,1 millions).
La tendance haussière se confirme en 2024 avec 32,7 millions de passagers, pour atteindre un niveau record estimé à 36,4 millions en 2025, illustrant la résilience et le fort potentiel de croissance du transport aérien marocain. Par ailleurs, le Maroc a récemment fait l’objet d’audits approfondis en matière de supervision, de sûreté et de sécurité aériennes, menés par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Ces missions, réalisées en octobre 2023 puis en août 2024, s’inscrivent dans le cadre des activités ICVM et IVA visant à évaluer le niveau de conformité du pays aux normes internationales.
Les évaluations ont porté sur plusieurs domaines clés du secteur aéronautique, notamment la législation, l’organisation institutionnelle, la délivrance des licences et qualifications du personnel, les opérations de vol, la navigabilité des aéronefs, ainsi que les aérodromes et les aides au sol. Les résultats de ces audits mettent en évidence des progrès significatifs. Le taux global de conformité du Maroc a ainsi connu une nette amélioration, passant de 64,38 % à 87,52 %, traduisant les efforts engagés pour renforcer la sécurité et la qualité du système aérien national.
Une plateforme stratégique de coopération
Symposium. Tenu sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cet évènement est organisé par le ministère du transport et de la logistique, en partenariat avec l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). A noter que ce symposium réunit pendant trois jours plus de 1.500 personnes, dont 40 ministres, 60 directeurs généraux des autorités de l’aviation civile, de représentants d’organisations internationales et d’institutions financières, ainsi que d’experts et d’acteurs majeurs de l’industrie aéronautique mondiale. Placé sous le thème « Solutions régionales, bénéfices mondiaux », ce symposium constituera une plateforme stratégique visant à renforcer la coopération internationale et à soutenir la mise en œuvre des normes et des politiques de l’OACI, dans le cadre de l’initiative « No Country Left Behind », explique le même communiqué. En plus de la cérémonie d’ouverture de haut niveau, une table ronde ministérielle ainsi que plusieurs panels portant sur des thématiques majeures sont au programme (la connectivité aérienne, la sécurité « Zero Fatalities », le financement de l’aviation, le renforcement des mécanismes régionaux, le développement des infrastructures aéroportuaires et la formation des talents).











