Réseaux sociaux, stand-up et storytelling : Un nouveau format politique pour parler directement surtout aux jeunes
Politics Stand-up : Seul sur scène, face caméra, pendant près de vingt-cinq minutes, Aziz Akhannouch a choisi un format inédit dans la communication politique marocaine pour présenter le bilan de l’action gouvernementale. Entre storytelling, pédagogie et codes des réseaux sociaux, cette sortie marque peut-être le début d’une nouvelle manière de parler politique à des générations qui ne regardent plus, n’écoutent plus et ne consomment plus l’information comme avant.
Traditionnellement, la communication politique au Maroc ressemblait inlassablement à un exercice parfaitement balisé. Discours officiels, meetings classiques, longues déclarations souvent très formatées, plateaux télévisés institutionnels… Avec le temps, une partie de la parole politique avait fini par devenir aseptisée et par perdre sa capacité à surprendre. Et surtout à capter l’attention des nouvelles générations.
C’est probablement ce qui rend la dernière sortie du Chef du gouvernement assez particulière, originale.
Pendant près de vingt-cinq minutes, Aziz Akhannouch s’est retrouvé seul sur scène, face caméra, dans un format hybride difficile à classer selon les codes politiques traditionnels. Ni véritable meeting. Ni interview. Ni conférence institutionnelle. Encore moins un simple spot de communication. Quelque part entre le stand-up politique, le TED Talk et le storytelling version réseaux sociaux.
Et au fond, c’est peut-être précisément cela la nouveauté.
Certes, pour ce qui est du contenu lui-même, une petite demi-heure est nettement insuffisante pour rendre compte du volume inédit de ce qui a été réalisé ces cinq dernières années au Maroc et sur tous les plans. Même des heures n’y suffiraient pas.
Mais ce qui s’est joué dans cette capsule diffusée en live sur Facebook et YouTube dépasse probablement un simple exercice de bilan gouvernemental. Le format raconte lui-même quelque chose de plus profond sur l’évolution de la communication politico-partisane et sur le rapport devenu beaucoup plus subtil, plus complexe entre les responsables publics et les citoyens, notamment les jeunes.
Pendant des années, une bonne partie de la classe politique s’est entêtée à vouloir continuer de parler avec les anciens codes à une société qui, elle, avait déjà changé de langage, de rythme et de plateformes. Les jeunes générations consomment aujourd’hui l’information autrement. Elles regardent des formats courts, dynamiques, incarnés, souvent directs. Elles veulent du rythme, du récit, de la simplicité, parfois même une forme d’authenticité plus brute.

Or la politique marocaine, elle, est longtemps restée enfermée dans des formats lourds, monotones, très institutionnels, trop codifiés.
En montant seul sur scène pour expliquer de manière pédagogique le bilan de son gouvernement, Aziz Akhannouch a donc pris un risque politique et médiatique réel. Celui d’accepter d’être exposé directement, sans l’épaisseur habituelle des dispositifs protocolaires. Parler face caméra, droit dans les yeux des Marocains, dans un format pensé pour les réseaux sociaux, ce n’est pas anodin, et c’est même une première historique, pour un Chef du gouvernement en exercice. Encore moins dans une région où la communication politique reste souvent extrêmement verticale.
Le plus intéressant est peut-être ailleurs: dans cette volonté assumée de casser les codes classiques de l’action partisane.
Depuis plusieurs années déjà, le RNI a réussi visiblement à installer une autre mécanique de communication politique. La tournée «100 jours, 100 villes», puis le fabuleux roadshow de «La voie des réalisations» qui a sillonné les 12 régions durant 8 mois, avaient déjà montré cette volonté de sortir du schéma traditionnel des partis politiques fonctionnant par saisonnalité, essentiellement autour des congrès, des communiqués ou des grands meetings ponctuels.
Cette fois, le format pousse la logique encore plus loin. Scène épurée. Ton simple. Peu de jargon. Beaucoup de pédagogie. Une parole construite presque comme une conversation directe avec les citoyens. Certains y verront évidemment une opération de communication parfaitement maîtrisée. Ce qu’elle est aussi, probablement. Mais réduire l’exercice uniquement à cela ferait passer à côté de l’essentiel.
Car la politique moderne devient aussi une bataille des formats.
Les responsables qui continueront à communiquer comme il y a vingt ou trente ans risquent progressivement de parler dans le vide. Pas forcément ou seulement à cause des idées et du contenu. Mais parce que les codes de réception ont complètement changé.
Et c’est peut-être là que réside le véritable signal envoyé par cette séquence : quelques pionniers de la classe politique marocaine ont compris que les réseaux sociaux ne sont plus simplement des outils de diffusion. Ils deviennent eux-mêmes des espaces politiques à part entière, avec leurs propres règles, leurs propres rythmes et leurs propres langages.
Reste maintenant à savoir si cette initiative restera un simple exercice novateur isolé ou si elle ouvrira réellement une nouvelle manière de faire de la politique au Maroc. Une fois de plus, la barre est placée encore plus haut. Mais il appartient aux autres acteurs du champ partisan de faire le jeu de l’émulation…s’ils peuvent.









