Sans niveau d’études minimum, la formation par alternance Tadaroj ouvre de nouvelles perspectives à des milliers de jeunes, comme Souad, en leur donnant un métier, une confiance et une place dans la société.
Il y a une élève au fond de la classe qui ne lève jamais la main. Pendant que les autres copient la leçon au tableau, elle, elle dessine. Une armoire dans la marge du cahier. Une table basse à côté d’une équation jamais résolue. Une bibliothèque entière qui pousse là où il aurait fallu écrire une poésie à réciter le lendemain. Personne ne regarde ses dessins. Pas même elle, c’est sa main qui décide, comme si quelque chose en elle savait déjà.
Elle s’appelle Souad. Elle a quinze ans. Une enfant qu’on disait « dissipée ».
Souad n’a jamais aimé l’école. Pas par paresse, pas par désintérêt, mais simplement parce que son esprit était ailleurs, occupé à construire des meubles qui n’existaient pas encore, à les installer dans des maisons imaginaires où vivraient des familles imaginaires. Pendant que ses camarades récitaient, elle bâtissait. Mais ce talent-là n’entrait dans aucune case, ne se notait sur aucun bulletin.
Alors on lui a collé des étiquettes. Dissipée. Pas concentrée. Ne s’intéresse à rien. Et le pire de tous, celui qu’on prononce à voix basse mais qui s’imprime à jamais : elle ne réussira pas dans la vie.
Elle passait d’une année à l’autre, mais de justesse, à bout de forces. Elle essayait pourtant d’apprendre ses leçons comme les autres, de retenir ce qu’il fallait retenir. Elle n’y arrivait pas. Et à force de s’entendre dire qu’elle était nulle à l’école, elle a fini par le croire.
Alors un jour, elle a cessé d’y aller. Elle n’attendait plus rien du collège. Rien ni personne n’a pu la faire changer d’avis.
À la maison, sa mère regardait sa fille traverser les journées comme on traverse un couloir vide. Elle qui avait tant rêvé pour elle, un métier, un avenir, de quoi gagner sa vie la tête haute. Ce rêve-là semblait s’éteindre dans le silence du salon, un après-midi après l’autre.
A l’âge où l’on commence à imaginer sa vie d’adulte. Un métier, un salaire, une place dans la société. Souad, elle, ne voyait rien. Quel avenir, quand on a raté l’école ? La question tournait en boucle, sans réponse.
La réponse est arrivée un soir ordinaire. Aux infos du soir, sa mère entend parler du lancement d’un nouveau programme. Une formation par alternance. Gratuite. Ouverte partout au Maroc. Et surtout, qui ne demande aucun niveau d’études minimum. Pas de bulletin à présenter. Pas de moyenne à justifier. Pas de porte fermée d’avance.
Pour la première fois depuis longtemps, quelque chose s’allume dans le cœur de cette mère. Un petit espoir, fragile, qu’elle n’ose pas trop nommer. Elle en parle à sa fille le soir même, sans trop y croire.
Souad, elle, a compris tout de suite. Ses dessins. Ses mains qui ne tenaient pas en place. Sa passion pour ce qui se fabrique et se touche. Tout ce qu’on lui avait reproché pendant des années pouvait enfin devenir une force.
Souad s’est présentée à la chambre artisanale. Elle a été acceptée. Depuis, ses semaines ont retrouvé un rythme. Quelques jours en centre de formation, où elle apprend ce qu’aucun cours de collège ne lui avait jamais donné envie d’apprendre : comment gérer, comment organiser le travail, comment poser les bases d’un métier. Et le reste du temps, 80% de la formation, l’atelier. Un menuisier de sa ville l’a prise sous son aile et lui transmet, geste après geste, les rudiments du bois. Ce qui change, c’est qu’on ne lui demande plus de réciter. On lui demande de faire. Et ça, elle sait.
Dans quelques mois, sa formation s’achèvera. Elle pourra travailler dans un atelier, peut-être dans une plus grande unité. Mais quand elle parle de l’avenir, celui qu’elle n’arrivait pas à voir il y a un an, ses yeux vont plus loin. Elle rêve de son propre atelier. De dessiner ses meubles. De les fabriquer de ses mains. Et de les voir, un jour, vivre dans la maison d’une famille.
Souad n’est pas une exception. Elle est le visage d’un pari national. Le programme s’appelle Tadaroj. Onze mois de formation par apprentissage, qui s’achèvent sur un certificat reconnu par l’État et une chance d’insertion professionnelle. 20% du temps en centre de formation : soft skills, langues, bases de comptabilité et 80% de formation pratique sur le terrain, auprès de professionnels confirmés et agréés. Le tout, gratuit, ouvert dès quinze ans, quel que soit le niveau scolaire.
Derrière ce programme, une ambition : former 100.000 stagiaires par an, dans les secteurs de l’artisanat, l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’industrie, les services. Deux cents métiers au total, dont quatre-vingts rien que dans l’artisanat, ces savoir-faire traditionnels qu’on croyait menacés et qu’on choisit, à travers ce programme, de transmettre à une nouvelle génération.
Reste l’épreuve du réel : que ces certificats mènent vraiment à l’emploi, que les formations tiennent leurs promesses. Le chemin est tracé; il reste à le parcourir.
REPERES
100.000
stagiaires formés chaque année
11 mois
de formation par apprentissage
20 %
en centre de formation (soft skills, langues, bases de comptabilité…)
80 %
de formation pratique sur le terrain, auprès de professionnels agréés
Aucun niveau d’études minimum
Ouvert dès 15 ans, gratuit, dans tout le Maroc
200 métiers
dans l’artisanat, l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’industrie, les services, dont 80 dans l’artisanat
Un objectif clair
favoriser l’insertion professionnelle des jeunes










