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Etats-Unis : des parents se débarrassent de leurs enfants adoptifs en les donnant sur le web

© D.R

Cette pratique s’appelle le «private rehoming», autrement dit « changement de foyer privé » et c’est absolument illégal… Le principe de ce marché noir, qui s’inspire directement du marché des animaux de compagnie, est d’une simplicité redoutable. Il suffit aux parents de passer une annonce descriptive de l’enfant en question et d’attendre le feed-back de potentielles personnes intéressées par une adoption. Un rendez-vous plus tard, l’affaire est conclue.

C’est grâce au travail d’investigation mené pendant un an et demi par Megan Twohey, une journaliste américaine de Reuters que cet incroyable trafic d’enfants aux Etats-Unis a été percé à jour.  Dans un reportage interactif publié en cinq volets entre le 9 et le 11 septembre, la journaliste met à nu les forums d’échange épinglés sur Facebook et Yahoo.
On peut alors y lire les commentaires édifiants de parents adoptifs pressés de se débarrasser de leurs enfants… «Je l’aurais confiée à un tueur en série tellement je ne pouvais plus la supporter », écrit une mère de famille…

Sur l’une des annonces rapportées par l’enquête, on peut aussi lire: «Nous avons adopté une fille de 8 ans en Chine… Malheureusement, elle nous pose beaucoup de difficultés depuis notre retour à la maison il y a cinq jours». Annonce à partager  «avec toute personne qu’ils pensent pouvoir être intéressée»….
Ou encore, « nous détestons cet enfant de 11 ans originaire du Guatemala »

Donner son enfant… Un jeu d’enfant
Et si cette transaction est aussi simple à effectuer, c’est principalement parce que les procédures de désignation d’un tuteur, par des parents, sont elles aussi d’une facilité consternante. Il suffit d’un document signé en présence d’un notaire pour faire d’un parfait inconnu le détenteur de l’autorité parentale.
Partie à la rencontre de ces couples adoptifs, la journaliste qui se faisait passer pour une potentielle mère adoptive n’a même pas eu à signer ce document de manière officielle. Un simple formulaire signé et annoté d’un « en guise de reçu » suffit à ficeler l’échange.

Yahoo et Facebook réagissent… ou pas
De son côté, Yahoo a rapidement réagit aux résultats de l’enquête menée par la journaliste en supprimant les pages web faisant état de dons d’enfants et notamment un groupe existant depuis six ans déjà… Mais ce n’est pas le cas de Facebook, qui, selon des propos rapportés par la journaliste, estime  «qu’Internet est un reflet de la société, que les gens utilisent pour toutes sortes de communications et régler toutes sortes de problèmes».

Des témoignages d’enfants accablants …
Les témoignages d’enfants échangés grâce à cette pratique sont glaçants. A l’instar de celui de Quita, jeune libérienne adoptée par un couple américain, les Puchalla, qui a décidé de s’en séparer par la suite. L’adolescente est confiée par ses parents adoptifs à un couple de cas sociaux, les Eason. L’épouse, une psychotique, s’est vue interdire la garde de ses enfants biologiques pour cause de maltraitance grave. Le mari lui a déjà été poursuivi pour abus sexuel. Quita raconte comment, pour sa première nuit au sein de sa nouvelle famille, elle a été obligée  de dormir nue dans le lit conjugal.  Deux jours après cette pseudo adoption, la jeune fille est abandonnée par ce couple infernal. Retrouvée par la police, celle-ci est à nouveau confiée aux Puchalla, ses premiers parents adoptifs !

Le bilan de l’horreur
D’après l’enquête menée par la journaliste, le couple des Eason a pu adopter grâce à ce système pas moins de six enfants ! Reuters a ainsi dénombré plus de 261 enfants, âgés de 6 à 14 ans, victimes de ce réseau sur une période de cinq ans aux Etats Unis. « Si vous ne voulez pas payer 35 000 euros pour un enfant, vous saisissez votre chance », explique l’épouse Eason.
«Reuters a analysé 5.029 postes sur une période de cinq ans sur la messagerie, un groupe Yahoo! En moyenne, un enfant était proposé pour un échange chaque semaine. La plupart des enfants avaient entre 6 et 14 ans et étaient adoptés à l’étranger, de pays comme la Russie et la Chine, l’Ethiopie et l’Ukraine. Le plus jeune avait 10 mois», écrit la journaliste.

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