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Face aux risques naturels quelles stratégies pour le Maroc ?

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Séismes, crues, incendies… face à la montée des aléas, le Royaume acculé à accélérer l’intégration du paramètre risque dans la planification de ses grandes infrastructures, avec un impératif majeur : la résilience.

Prévention : Après le séisme d’Al Haouz et les récents épisodes climatiques, le Royaume est acculé à accélérer la lecture stratégique de ses zones à risque. Objectif : sécuriser les territoires, renforcer la robustesse des infrastructures et transformer la contrainte naturelle en levier d’anticipation.

Les épisodes météorologiques intenses observés ces derniers mois, des crues localisées dans le nord aux fortes perturbations pluvieuses sur plusieurs bassins, ont remis en lumière une réalité documentée depuis plusieurs années par de nombreuses institutions publiques, organismes de recherche et universités : le Royaume est structurellement exposé à une pluralité de risques naturels. Mais cette lecture évolue. Il ne s’agit plus seulement d’un diagnostic scientifique. La question du risque s’impose désormais comme une variable stratégique à part entière dans la planification territoriale et dans le déploiement des grandes infrastructures.

Des travaux d’institutions telles que le Conseil économique, social et environnemental, des départements techniques concernés et de la communauté scientifique convergent vers un même constat : le Maroc se situe dans une zone de vulnérabilité multirisque où interagissent sismicité active, extrêmes hydrologiques et stress climatique chronique. Cette exposition tient d’abord à la géographie du pays. Le nord reste sous influence tectonique du fait de la convergence entre les plaques africaine et eurasienne. Des travaux universitaires en géodynamique rappellent régulièrement que cette dynamique profonde maintient une activité sismique réelle, notamment dans le Rif et certaines zones de l’Atlas.

La gestion du risque n’est plus cantonnée aux dispositifs de secours. Elle s’intègre de plus en plus en amont dans la stratégie nationale d’équipement.

Le séisme d’Al Haouz, en septembre 2023, dont les souvenirs restent encore vifs, a constitué un moment de bascule dans la perception du risque. Avec une magnitude proche de 6,8, il a brutalement rappelé la vulnérabilité du bâti rural et la complexité logistique des interventions en milieu montagneux. De nombreuses analyses de sismologues confirment que le risque tellurique, bien que statistiquement peu fréquent, demeure potentiellement destructeur dans plusieurs régions du Royaume. Depuis cet épisode, la question des normes parasismiques et de la résilience du bâti s’est installée durablement dans le débat public.

Parallèlement, les inondations continuent de constituer le risque naturel le plus récurrent. Les plaines du Gharb et du Loukkos, notamment autour de Ksar El Kebir, restent parmi les zones les plus sensibles lors des épisodes pluvieux intenses. La nouveauté réside moins dans l’existence du risque que dans son intensité potentielle. Des travaux de recherche en climatologie mettent en évidence une tendance à la concentration des précipitations sur des périodes plus courtes, ce qui augmente mécaniquement la probabilité de crues rapides et met sous pression les réseaux d’assainissement urbains.

Dans le même temps, le risque incendie progresse lui aussi de manière plus silencieuse dans les massifs forestiers du nord. Les spécialistes des écosystèmes soulignent que l’allongement des périodes de chaleur et la sécheresse structurelle créent des saisons estivales de plus en plus sensibles. Cette évolution rapproche progressivement certaines régions du Maroc des profils de risque observés dans d’autres pays méditerranéens.
Ce qui change aujourd’hui, c’est que la gestion du risque n’est plus cantonnée aux dispositifs de secours. Elle s’intègre de plus en plus en amont dans la stratégie nationale d’équipement. Barrages, autoroutes, lignes ferroviaires, zones industrielles, nouvelles zones d’urbanisation ou grands projets portuaires et aéroportuaires sont désormais conçus selon des référentiels de résilience plus exigeants. L’expérience des dernières années montre que la robustesse des infrastructures constitue la première ligne de défense face aux chocs naturels.

La politique hydraulique en fournit une illustration particulièrement parlante. Le renforcement du réseau de barrages, la sécurisation des digues et la modernisation des systèmes d’évacuation des crues répondent certes aux besoins hydriques, mais participent également à la réduction du risque d’inondation. De même, les nouveaux standards appliqués aux grands projets routiers et ferroviaires intègrent davantage les contraintes géotechniques et hydrologiques, signe d’une montée en maturité de l’ingénierie territoriale.

Le retour d’expérience du séisme d’Al Haouz a également accéléré la réflexion sur la résilience du bâti et des territoires ruraux. Le vaste programme de reconstruction engagé par les pouvoirs publics ne vise pas seulement la remise à niveau des habitations sinistrées. Il constitue aussi un laboratoire grandeur nature pour diffuser des techniques constructives plus résistantes et mieux adaptées aux contraintes locales.
Pour autant, les experts convergent sur un point : la prévention reste le maillon décisif. L’urbanisation continue dans certaines zones inondables, la persistance d’un habitat vulnérable en milieu montagneux et la pression climatique croissante maintiennent un niveau de vigilance élevé. La montée en puissance des outils de cartographie et des systèmes d’alerte précoce marque une avancée réelle, mais la culture du risque au niveau local demeure un chantier de long terme.

Les inondations continuent de constituer le risque naturel le plus récurrent. Les plaines du Gharb et du Loukkos, notamment autour de Ksar El Kebir, restent parmi les zones les plus sensibles. 

À l’heure où le Maroc accélère ses grands projets structurants et se prépare à des échéances majeures, notamment à l’horizon de la Coupe du monde 2030, la question de la résilience territoriale change clairement d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de gérer les catastrophes lorsqu’elles surviennent, mais d’intégrer le risque au cœur même du modèle de développement.

Dans un contexte climatique mondial de plus en plus instable et face à une urbanisation rapide, la qualité de la cartographie des aléas et la robustesse des infrastructures feront la différence. Pour le Maroc, l’enjeu est désormais de transformer une vulnérabilité géographique réelle en avantage en matière de préparation et d’anticipation.

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Infrastructures résilientes : muscler la stratégie à l’horizon 2030

Anticipation
La montée des risques naturels intervient au moment où le Maroc accélère le déploiement de ses grandes infrastructures structurantes. Cette simultanéité n’est pas fortuite. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics intègrent progressivement les paramètres climatiques, hydrologiques et sismiques dans la conception des équipements majeurs, avec un objectif clair : passer d’une logique de réparation post-crise à une culture d’anticipation.

Dans le domaine hydraulique, la politique volontariste de construction et de sécurisation des barrages joue un double rôle. Elle répond d’une part au stress hydrique structurel et, d’autre part, contribue à la régulation des crues dans plusieurs bassins sensibles, notamment dans les plaines du Gharb et du Loukkos. Les programmes récents de recalibrage des oueds et de renforcement des digues s’inscrivent dans la même logique de réduction de la vulnérabilité territoriale.

Sur le plan des infrastructures de transport, les nouveaux projets autoroutiers, ferroviaires et portuaires sont désormais soumis à des référentiels techniques plus exigeants. Les études géotechniques et hydrologiques sont approfondies en amont afin d’intégrer les contraintes de stabilité des sols, de ruissellement intense ou de sismicité locale. Cette évolution est particulièrement stratégique à l’approche des grandes échéances internationales que prépare le Royaume.

Le secteur du bâtiment connaît lui aussi une inflexion progressive. Le retour d’expérience du séisme d’Al Haouz a accéléré la diffusion des normes parasismiques et la réflexion sur la résilience du bâti rural. Le vaste programme de reconstruction engagé dans les zones sinistrées constitue à cet égard un laboratoire grandeur nature pour tester des solutions constructives mieux adaptées aux contraintes des zones montagneuses. Cette montée en puissance de l’ingénierie de résilience reste toutefois un chantier évolutif. Les experts soulignent que l’efficacité du dispositif dépendra de sa généralisation à l’ensemble du tissu urbain et rural, mais aussi de l’appropriation locale des règles de prévention. À l’horizon 2030, l’enjeu pour le Maroc est clair : faire de la robustesse de ses infrastructures non seulement un levier de compétitivité économique, mais aussi un rempart durable face à des aléas naturels appelés à devenir plus fréquents et plus intenses.

REPÈRES 2030 : Le Maroc face au test de la résilience

Priorités
À l’horizon 2030, le Royaume entre dans une phase d’investissement infrastructurel sans précédent, avec un double impératif de performance économique et de robustesse face aux aléas naturels.
Le réseau national de barrages dépasse aujourd’hui la barre des cent cinquante ouvrages majeurs, constituant à la fois un pilier de la sécurité hydrique et un levier de régulation des crues dans plusieurs bassins sensibles. Cette politique hydraulique, renforcée ces dernières années, s’inscrit directement dans la stratégie d’adaptation au stress climatique.

Sur le front sismique, le séisme d’Al Haouz de septembre 2023, d’une magnitude proche de 6,8 et ayant causé près de 3.000 décès, a servi d’accélérateur à la diffusion des normes parasismiques et à la révision des référentiels de construction, notamment dans les zones montagneuses. Les programmes de reconstruction en cours constituent un test grandeur nature de la capacité nationale à bâtir plus résilient.
Dans le domaine des inondations, les bassins du Gharb et du Loukkos restent classés parmi les zones de vigilance élevée. La modernisation des réseaux d’assainissement urbain et le renforcement des digues figurent désormais parmi les priorités d’investissement territorial, en particulier dans les zones à forte densité économique.

À l’approche des grandes échéances internationales, notamment l’horizon de la Coupe du monde 2030, la question de la résilience des infrastructures change d’échelle. Elle ne relève plus seulement de la gestion des risques, mais devient un marqueur de crédibilité territoriale, de continuité économique et de souveraineté opérationnelle.

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