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Gestion des catastrophes naturelles : le chemin est encore long

Les capacités d’anticipation du Maroc et orientations de politiques publiques au plan économique, financier, social et environnemental vient d’être passées au peigne fin. Les détails d’un rapport publié par l’Institut royal des études stratégiques (IRES).

Le risque des catastrophes naturelles est à prendre très au sérieux dans les politiques publiques. Et pour cause. Un rapport de l’Institut royal des études stratégiques (IRES) vient d’analyser la menace que font peser les catastrophes naturelles dans les zones à risque. «De par sa position géographique, ses spécifications géologiques et sa vulnérabilité par rapport au réchauffement climatique, le Maroc est fortement menacé par différentes formes de catastrophes naturelles : séismes de faible et forte intensité, inondations, crues torrentielles, submersions marines, sécheresses, désertification, tsunamis, épidémies, invasions acridiennes, … Ces aléas combinés à différents facteurs tels que la pression démographique, l’urbanisation, la littoralisation, le changement climatique, … démultiplient les risques de pertes humaines et dommages matériels», explique le document. Et d’ajouter: «Conscient de l’impact des catastrophes naturelles sur le plan humain, socio-économique et environnemental, le Maroc a entrepris, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, plusieurs actions de politiques publiques visant la réduction des risques liés aux catastrophes naturelles avec l’objectif global de renforcer la résilience de notre pays. Le Royaume dispose d’acquis très importants en matière de gestion des risques des catastrophes naturelles. Cependant, le dernier séisme a révélé des lacunes à combler».

Cadre juridique
Selon l’Institut, le Maroc dispose aujourd’hui d’un cadre juridique et institutionnel qui s’est considérablement renforcé lors des dernières décennies. A titre d’exemple, il y a lieu de citer l’élaboration de la «stratégie nationale de gestion des risques des catastrophes naturelles 2020-2030» dont les objectifs principaux sont : l’amélioration de la connaissance et l’évaluation des risques, la promotion de la prévention des risques en vue de renforcer la résilience et le renforcement de la préparation aux catastrophes naturelles pour un relèvement rapide et une reconstruction efficace ainsi que le plan « Vigisrisque« destiné à renforcer l’anticipation des inondations et leur gestion intégrée. D’autres dispositifs existent, notamment le Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027 pour renforcer l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation face aux sécheresses ainsi que les Plans nationaux d’urgence (PNU) et les Plans nationaux de sauvetage en mer en cas de fuite de produits dangereux et de pollution maritime. Cependant, le rapport pointe des lacunes principalement à une échelle locale. «Parmi les enseignements du séisme d’Al Haouz, l’action des acteurs institutionnels et non institutionnels a été ralentie et parfois entravée dans un contexte d’urgence par une planification territoriale des risques et de gestion de crise déficiente dans les zones rurales et isolées», lit-on dans le rapport. La même source attire ainsi l’attention sur l’absence de scénarios de coordination entre les intervenants, étudiés à l’avance, qui auraient facilité la gestion de crise et la réponse rapide au niveau local en plus de l’absence de plans locaux de prévention des risques de catastrophes spécifiques aux zones touchées sans oublier un déficit de moyens disponibles dans les communes et les douars isolés touchés pour la gestion des catastrophes et l’absence d’accès d’urgence aux sites touchés ainsi qu’une lente mobilisation des secours locaux. Parmi les autres lacunes relevées, il y a également l’absence de systèmes d’information géographiques précis, ce qui a conduit par exemple à installer des « bivouacs de sécurité» dans des zones inondables, en plus d’un défaut d’optimisation des secours aux victimes : aides en doublons, aides de première urgence mal ciblées, défaillances et lenteurs de définition des critères d’octroi de l’aide mobilisée, aides détournées. Enfin, un déficit de sensibilisation, d’éducation et de formation des acteurs locaux à la prévention aux risques des catastrophes est également pointé du doigt.

Propositions
Le rapport de l’Institut royal des études stratégiques contient ainsi des orientations stratégiques et des propositions de mesures opérationnelles en distinguant trois niveaux d’analyse : la gouvernance globale, l’anticipation et la prévention et la résilience. S’agissant de la gouvernance globale des risques des catastrophes naturelles, il a été proposé de développer une gouvernance institutionnelle globale, structurante et prospective des risques de catastrophes en adoptant des mesures comme la révision du cadre juridique et institutionnel afin d’intégrer les risques de catastrophes selon une vision plus globale et intégrée des menaces potentielles en plus de favoriser la montée en gamme des institutions existantes et mettre en place un cadre institutionnel interministériel en mesure de fédérer les moyens financiers et les compétences dédiés à l’anticipation, à la prévention et à la coordination en matière de gestion des risques de catastrophes. Il est question, en outre, de mener des approches stratégiques de la résilience « multirisques et multi-crises « intégrées aux politiques publiques aux niveaux national et local. A cet effet, il est suggéré de capitaliser sur les ressources existantes afin de promouvoir une nouvelle articulation globale entre les différentes stratégies nationales, sectorielles et territoriales existantes en la matière et de créer dans les territoires une commission dédiée à l’anticipation et la gestion des crises liées aux catastrophes pour favoriser l’interaction des parties prenantes : secteur public, secteur privé, société civile, communauté scientifique.
S’agissant des actions d’anticipation et de prévention des risques de catastrophes, il est proposé de faire de l’anticipation et de l’évaluation des risques un axe central des politiques publiques ainsi que d’élaborer et mettre en œuvre des stratégies territorialisées pour mieux anticiper et prévenir les risques de catastrophes. Enfin et concernant les actions de résilience et de gestion des crises, il a été préconisé d’inciter à la constitution des équipes de premiers secours et de secours et les équiper de manière appropriée pour qu’elles soient capables de réagir rapidement en cas de catastrophe et de mettre en place des plans d’évacuation pour les zones à haut risque et organiser des exercices réguliers de simulation de catastrophes.

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Enjeux financiers
La question financière intervient tout au long du cycle de l’anticipation et de la gestion de la catastrophe (avant, pendant et après). Au Maroc, des efforts ont été entrepris pour mettre en place des dispositifs financiers dédiés à la prévention et à la gestion des risques de catastrophes. Il y a tout d’abord le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (FLCN) institué par la loi de Finances n°40-08 en 2009 prévu pour les aléas suivants : les inondations, les crues torrentielles, les séismes, les chutes de pierres et de blocs, les glissements de terrains, les phénomènes d’érosions du littoral et les tsunamis. Il existe également le Fonds de solidarité contre les évènements catastrophiques créé en 2019. Il est constitué en établissement public doté d’un conseil d’administration présidé par le chef de gouvernement. Il dédommage les victimes non assurées ou insuffisamment assurées. Par ailleurs, des dispositifs spécifiques sont mobilisés en cas de survenance de catastrophe.
Lors du séisme d’Al Haouz, à l’initiative de Sa Majesté le Roi, a été créé un nouveau fonds basé sur le principe de solidarité ; le compte 126. Intitulé « Fonds spécial de gestion des effets du tremblement de terre ayant touché le Royaume du Maroc». Il est financé par des contributions volontaires issues du budget général de l’Etat, des entreprises publiques et privées, des collectivités territoriales, des organismes internationaux et des particuliers. Il en a été de même lors de la crise sanitaire avec la création d’un Fonds Covid-19.

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