Haca : Un décalage entre le discours médical et politique

Haca : Un décalage entre le discours médical et politique

Les acteurs politiques n’ont intervenu qu’à hauteur de 21 % sur les médias pendant le confinement

L’échantillon analysé consiste en 6.048 heures de diffusion en plus de 60 éditions de magazines d’information dédiées aux questions d’intérêt général programmées sur les services télévisuels publics généralistes entre le 1er mars et le 30 juin 2020.

Seulement 21% des interventions ont été le fait d’acteurs politiques sur 24 services radiophoniques et télévisuels, publics et privés. Le taux ressort du nouveau rapport du Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle (CSCA) relevant de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca). Ce document, relatif au traitement médiatique réservé à la crise de la Covid-19 par ces services, fait ressortir également «un décalage entre le discours de l’expertise médicale et celui de l’action politique, syndicale et associative».

Dans ce sens, l’analyse des différents passages à l’antenne a montré une faible représentation des acteurs politiques, syndicaux et associatifs parmi les personnalités publiques intervenues sur les ondes des radios ou à l’antenne des télévisions. A cet effet, l’échantillon analysé consiste en 6.048 heures de diffusion en plus de 60 éditions de magazines d’information dédiées aux questions d’intérêt général programmées sur les services télévisuels publics généralistes (Al Aoula, 2M et Al Amazighia), entre le 1er mars et le 30 juin 2020.

27% des intervenants représentent l’administration

Au-delà des 21%, les représentants de l’administration ont, selon le rapport, représenté 27% des intervenants au cours de ladite période. «Le même pourcentage (27%) a échu aux intervenants des milieux médical, scientifique, et académique », précise le rapport. Quant aux représentants des milieux professionnels, ils ne se sont accaparés que 13% des interventions. «9% des personnalités publiques intervenues se sont exprimées au nom d’organisations de la société civile et 3% au nom d’organisations syndicales», ajoute le CSCA. Dans ce sens, ce rapport estime qu’un traitement médiatique élargi aux effets sociaux, économiques et politiques de la crise de la covid-19, appelait une plus grande ouverture des radios et des télévisions sur l’ensemble des acteurs publics. «Cette ouverture, plus importante encore en période de crise, participe du rôle des médias en matière de promotion du débat public, de participation au fait démocratique et de renforcement de la cohésion sociale dans une conjoncture particulière marquée notamment par une grande incertitude», détaille la même source qui fait d’autres constats.

Que 13% pour la présence féminine

Comme le fait ressortir ce rapport, la présence des personnalités féminines parmi l’ensemble des intervenants dans les magazines d’information analysés «n’a pas dépassé la barre des 13%». Pour le Conseil, cette représentation minorée est «en déphasage» avec la réalité des compétences féminines impliquées dans la chose publique et expertes dans les différents domaines en rapport avec la crise sanitaire. Et ce n’est pas tout ! Bien qu’elles aient fait évoluer leur offre de programmes pour accompagner l’effort de mobilisation nationale contre la propagation de la covid-19, les radios et télévisions ont «par mégarde omis de tenir compte du caractère anxiogène de la programmation» Covid-19 «sur les enfants et le jeune public en général». A cet effet, elles auraient, selon le rapport, pu mettre en place davantage de programmes adaptés à des enfants exposés aux effets psychologiques du confinement et surexposés aux médias classiques et numériques. Outre ces écueils, la HACA s’exprime sur une autre «faiblesse».

Déséquilibre entre l’information et l’analyse

A propos des différentes dimensions de la crise sanitaire ainsi que ses nombreuses conséquences, le même rapport a relevé que les perspectives économiques et sociales ont été largement privilégiées dans ce traitement, au détriment des perspectives politiques et culturelles. «Par ailleurs, le traitement médiatique de la crise de la covid-19 a été marqué globalement par la prédominance de la communication des statistiques épidémiologiques, la diffusion des communiqués institutionnels et l’effort de pédagogie préventive aux dépends d’une démarche analytique et tournée vers l’avenir», avance la même source. Au sens de la Haca, le contexte inédit de cette crise sanitaire appelait à un plus grand effort des radios et télévisions pour «aider le citoyen à mieux appréhender tous ces enjeux et à mieux à se projeter dans l’avenir». «La participation des citoyens à la mobilisation collective contre la pandémie est tributaire également de la réalisation d’un certain équilibre entre information factuelle et analyse éclairante», ajoute le document. Pour la même source, les médias audiovisuels peuvent participer à susciter la contribution du citoyen à formuler et à mettre en œuvre les réponses adéquates aux crises.

La moitié de la programmation pour la Covid-19

Cela étant, la moitié de la grille de référence quotidienne de l’ensemble des services radiophoniques et télévisuels (50%) a été consacrée à des contenus en rapport avec la Covid-19. Quant aux nouveaux programmes, ils ont représenté plus de 33% du volume horaire, les 77% restants étant composés des émissions habituelles programmées avant la crise. De plus, le rapport met en avant le recours notable à l’interactivité et à l’information de proximité. «Ainsi, la perspective citoyenne a été reflétée par l’ensemble des radios et télévisions bien qu’à des niveaux différents, dans un moment médiatique resté dominé par un recours massif aux spécialistes dans les domaines médical et académique», indique le CSCA. Mieux encore, le rapport estime qu’il y a une « complémentarité entre le service public de l’audiovisuel et l’offre des radios et télévisions privées». «A noter qu’au plan quantitatif, les radios, publiques et privées, ont fourni les deux tiers de l’offre de programmes afférente à la pandémie et à ses implications à travers des formats très différenciés : journaux parlés, magazines d’information, émissions en direct, programmes de divertissement, etc.», détaille la même source. En outre, la Haca ne manque pas de relever l’usage significatif fait par les radios et les chaines de télévision, publiques et privées, des possibilités de communication offertes par les plates-formes digitales et les réseaux sociaux pour le traitement médiatique de la question de la covid-19. De quoi cibler une plus large population.

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