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Industrie du futur, c’est maintenant ou jamais pour le Maroc !

© D.R

Le développement fulgurant des nouvelles technologies révolutionne l’industrie. Alors que des puissances étrangères comme les USA, l’Allemagne et le Japon ont déjà parcouru un long chemin, le Maroc qui planche sur une nouvelle stratégie industrielle pense s’y mettre. Eclairages.

L’industrie du futur est déjà une réalité. Une situation qui pousse aujourd’hui des responsables à lancer la réflexion sur la mise en œuvre de ce chantier dans les plus brefs délais, au risque de complètement rater ce rendez-vous. Alors que le Maroc planche sur une nouvelle stratégie industrielle promise pour bientôt, l’Institut royal des études stratégiques (IRES) vient de dévoiler une étude sur l’industrie du futur ou X.0. Pour ce faire, l’IRES a fait appel à des experts mondialement connus à l’instar du Prof. Amal El Fallah Seghrouchni (coordinatrice du groupe de travail), présidente exécutive du Centre international d’intelligence artificielle «Ai movement» – UM6P ; professeure de Classe Exceptionnelle à l’Université de Sorbonne – Faculté des sciences et d’ingénierie. «Des puissances industrielles, telles que le Japon, l’Allemagne et les Etats-Unis, proposent déjà des déclinaisons spécifiques de ces «révolutions» adaptées à leurs propres industries, économies et sociétés. Les concepts de l’industrie 5.0 et 6.0 sont déjà en déploiement et font référence à des percées technologiques surpassant celles de l’Industrie 4.0. Ces approches, que nous nommerons «Industries X.0», impliquent principalement une vision holistique de l’industrialisation, mettant l’humain au centre des politiques industrielles et favorisant le bien-être social et la durabilité environnementale dans le processus de production», note le document de l’IRES, expliquant que cette vision transformera profondément et de façon disruptive les bases de l’industrie mondiale et nécessitera une réorientation majeure de la manière dont nous concevons et développons nos industries.
L’industrie marocaine sera nécessairement impactée et devra s’adapter aux exigences de l’industrie X.0 pour être compétitive.

Etat des lieux
Le travail effectué par l’IRES dresse un état des lieux de l’industrie marocaine. «Malgré une nette évolution de la valeur ajoutée industrielle, l’apport en pourcentage du PIB est presque constant depuis 2005. Le secteur peine également à créer les emplois escomptés par la plupart des stratégies industrielles précédentes. Les raisons de cette performance sont multiples». Le groupe de travail pointe du doigt le manque de diversification significative du secteur de l’industrie, dominé par quelques industries comme le textile, l’agroalimentaire, l’automobile et l’aéronautique, ce manque de diversité limite les opportunités de croissance du pays. La même source précise que le secteur n’a pas réussi à générer suffisamment d’emplois, conformément à ses politiques industrielles. Aussi, l’industrie marocaine souffre d’un manque d’innovation et de développement technologique. Il a été question pour le groupe de travail d’analyser la maturité de l’industrie du Maroc en examinant la performance du secteur et en identifiant les facteurs déterminants qui l’impactent. L’accent a été mis sur les politiques industrielles mises en place depuis 2005 en évaluant leur impact sur le développement industriel du Maroc. L’IRES a par la suite formulé des propositions stratégiques pour accompagner l’industrie marocaine dans sa transformation vers l’industrie du futur. «Il n’existe actuellement aucune stratégie directement consacrée à l’industrie future au Maroc, mais étant donné l’adoption rapide des technologies numériques dans l’industrie à l’échelle mondiale, il est impératif que l’industrie marocaine fasse la transition d’une industrie basée principalement sur l’offshore et l’avantage du coût de production vers une industrie innovante à la pointe de la technologie.
Les défis restants dans plusieurs domaines nécessitent une fédération des efforts de nombreux acteurs liés au secteur, dans le cadre d’une stratégie industrielle tangible et cohérente en synergie avec les contraintes locales», précise le document.

Recommandations
Pourtant, il existe une certaine prise de conscience concernant l’importance de l’industrie du future au Maroc. Un questionnaire, élaboré par l’Institut royal des études stratégiques (IRES) et administré sous sa supervision, a révélé des informations importantes sur la connaissance et la compréhension de l’industrie du futur parmi les entreprises marocaines. Sur la base des réponses reçues, 88% des entreprises interrogées sont conscientes de l’industrie du futur, ce qui est un indicateur encourageant de la sensibilisation aux transformations numériques et automatisées dans les secteurs industriels au Maroc. S’agissant des recommandations, «le premier besoin pressant pour l’industrie marocaine est d’accroître sa compétitivité. Dans le domaine du développement du capital humain, il est crucial de valoriser l’éducation et la formation technique de haute qualité, alignées sur les besoins spécifiques de l’industrie. Cela passe par l’investissement dans les programmes d’éducation technique et professionnelle capable de forger un vivier de travailleurs hautement qualifiés». L’étude suggère de se focaliser intensément sur les marchés domestiques et africains en expansion, ce qui implique la construction de canaux de distribution efficaces, la création d’infrastructures logistiques solides et la consolidation des partenariats avec les acteurs commerciaux locaux. Il est essentiel de promouvoir l’émergence d’une nouvelle génération d’industriels. Favoriser l’innovation, l’utilisation durable des énergies renouvelables et une intégration plus prononcée au sein des chaînes de valeur mondiales sont des facteurs clés pour renforcer la compétitivité de l’industrie marocaine à long terme. L’étude recommande aussi l’élaboration d’un cadre réglementaire adapté pour l’intégration des technologies avancées, afin d’assurer une utilisation éthique et sécurisée de ces outils, tout en garantissant la compétitivité du pays. Elle propose aussi une régulation plus stricte en matière d’émissions de gaz à effet de serre, incitant les entreprises industrielles à investir dans des technologies plus propres et plus efficaces.

C’est le titre de la boite
Promotion des technologies
Production. La dimension technologique est également essentielle pour le Maroc afin de promouvoir l’adoption des technologies de l’industrie X.0 comme l’intelligence artificielle, l’automatisation, l’Internet des Objets et la réalité augmentée/virtuelle. Ces technologies ont le potentiel d’accroître l’efficacité de la production et stimuler l’innovation. En outre, il est préconisé de stimuler le transfert de technologie en favorisant les partenariats entre les universités, les instituts de recherche et le secteur industriel. Il est également suggéré d’établir des instituts de recherche technologique dédiés à la recherche appliquée pour faciliter le transfert des savoirs. Pour rendre efficaces les recommandations de l’étude pour l’amélioration de l’industrie marocaine, il est essentiel de les appuyer par des mesures financières appropriées. Cela inclut la mise en œuvre d’un abattement fiscal destiné à stimuler l’investissement dans l’immobilier industriel, qui pourrait libérer des capitaux pour encourager l’innovation technologique et le développement industriel. Il est aussi nécessaire de faciliter l’accès au financement pour les entreprises, ce qui leur permettra d’investir dans de nouvelles technologies ou de développer des produits et des solutions innovantes. Enfin, favoriser l’investissement de fonds d’épargne collective ou institutionnelle dans les entreprises qui présentent un profil de risque positif pourrait non seulement dynamiser les flux de financement disponibles, mais aussi stimuler l’innovation et la croissance au sein de l’industrie marocaine.