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Inflation : Comment l’Etat tente de neutraliser les canaux de transmission

© D.R

Les prix du butane maintenus alors que son cours mondial a augmenté de 68%. Les prix de l’électricité aussi. Les subventions aux transporteurs se mettent en place. Le gouvernement en mode gestion de crise.

Stabilité interne : Derrière les mesures techniques annoncées par le gouvernement, une réalité plus structurante se dessine : face à la flambée des prix internationaux, le Maroc active un pilotage direct des principaux leviers de l’inflation pour protéger le pouvoir d’achat et stabiliser l’économie.

Le communiqué publié à l’issue de la première réunion de la Commission ministérielle chargée de suivre les répercussions des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, au-delà des mesures importantes annoncées, révèle une méthode.

Car derrière les décisions techniques, une logique beaucoup plus profonde semble être à l’œuvre. Le Maroc ne se contente pas de réagir à une hausse des prix de l’énergie. Il agit, de manière ciblée et assumée, sur les principaux canaux par lesquels cette hausse pourrait se transmettre et contaminer l’économie nationale.
Le premier levier est bien connu : le gaz butane. Produit hautement sensible dans la structure de consommation des ménages, il constitue un point de bascule immédiat vers l’inflation sociale. En décidant de maintenir son prix inchangé malgré une hausse de plus de 68% sur les marchés internationaux, l’État choisit clairement de neutraliser ce canal de transmission.
Le deuxième levier est tout aussi stratégique : l’électricité. Dans un contexte où l’énergie irrigue l’ensemble des coûts de production, toute hausse de la facture électrique se diffuse rapidement à l’ensemble des biens et services. En maintenant les tarifs, le gouvernement agit en amont, en empêchant une propagation indirecte de l’inflation dans toute la chaîne économique.
Le troisième levier, enfin, est celui du transport. C’est sans doute le plus visible, mais aussi le plus déterminant dans la formation des prix. Le transport est le lien entre tous les marchés. Une hausse de ses coûts, notamment via le carburant, se répercute mécaniquement sur les prix des produits alimentaires, industriels et logistiques. En réactivant le soutien exceptionnel aux professionnels du secteur, l’État cherche à éviter cette diffusion en cascade.
Pris séparément, ces dispositifs peuvent apparaître comme des mesures sectorielles. Mais mis ensemble, ils dessinent une architecture cohérente. Celle d’un pilotage direct et rapproché de l’inflation.

Trois canaux de transmission neutralisés

– Gaz butane : Prix maintenu malgré une hausse des cours de +68% à l’international
– Électricité : Maintien des tarifs pour éviter la diffusion aux coûts de production
– Transport : Aides directes pour stabiliser les prix des biens et services.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Sans jamais utiliser explicitement le terme, le gouvernement agit sur les trois principaux vecteurs de formation des prix : l’énergie domestique, l’énergie productive et les coûts de distribution. Autrement dit, il bloque les points d’entrée de l’inflation avant même qu’elle ne devienne visible dans les indicateurs.
Cette stratégie n’est pas nouvelle dans son principe. Elle avait déjà été mobilisée lors des précédentes flambées des cours énergétiques. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est son degré d’organisation. La mise en place d’une Commission interministérielle dédiée, appelée à se réunir régulièrement en fonction de l’évolution de la situation internationale, marque un passage à un autre niveau.
On ne parle plus d’une réponse ponctuelle à une crise conjoncturelle. On parle d’un dispositif de gestion en continu, capable d’anticiper, d’ajuster et de coordonner les interventions publiques en temps réel.

Cette évolution traduit une prise de conscience. Dans un monde où les tensions géopolitiques se répercutent instantanément sur les marchés de l’énergie, les économies importatrices comme le Maroc ne peuvent plus se contenter de subir. Elles doivent organiser leur capacité de résistance.
Mais cette stratégie a un coût. Car stabiliser les prix en période de hausse internationale revient, de facto, à transférer une partie de cette hausse vers les finances publiques. Le maintien du prix du butane, le soutien à l’électricité et les aides au transport constituent autant de charges implicites pour le budget de l’État.
La question n’est donc pas seulement économique. Elle est aussi budgétaire et politique. Jusqu’où l’État peut-il absorber ces chocs externes ? Et à quel moment le coût de la protection devient-il lui-même un facteur de déséquilibre ?
Pour l’heure, le choix est clair. Dans un contexte d’incertitude mondiale, la priorité est donnée à la stabilité interne. Le pouvoir d’achat est considéré comme une variable stratégique, au même titre que l’équilibre macroéconomique.

En filigrane, c’est une vision de l’action publique qui se confirme. Celle d’un État régulateur, capable d’intervenir directement sur les mécanismes de formation des prix lorsque les conditions de marché deviennent trop volatiles.
Autrement dit, dans les périodes de crise, le marché ne suffit plus. Et c’est l’État qui reprend la main.

De la gestion ponctuelle au pilotage continu

Avec la mise en place d’une Commission interministérielle appelée à se réunir régulièrement en fonction de l’évolution de la situation internationale, le gouvernement opère un changement de méthode significatif. Il ne s’agit plus seulement de réagir à des chocs ponctuels, mais d’installer un dispositif de suivi permanent, fondé sur la coordination entre les différents départements et sur une capacité d’anticipation des risques. Cette approche traduit le passage d’une gestion réactive des crises à un véritable pilotage continu, ajusté en temps réel aux dynamiques extérieures.

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