Le Japon compte beaucoup sur le réseau et l’expérience du Maroc en Afrique

Le Japon compte beaucoup sur le réseau et l’expérience du Maroc en Afrique

Entretien avec SEM Takashi Shinozuka, ambassadeur du Japon à Rabat

Takashi Shinozuka est ambassadeur du Japon à Rabat depuis janvier 2020. Arrivé au Maroc en pleine crise sanitaire, le nouveau diplomate n’a pas pour autant perdu de temps. Il multiplie les rencontres et les contacts pour parfaire son immersion. En parfait diplomate, l’homme parle couramment la langue française et a une bonne connaissance du Maroc, de son économie, de sa trajectoire sur les dernières années. Si les relations entre les deux pays ont toujours été exemplaires, M. Shinozuka estime qu’elles pourraient et devraient être renforcées sur le plan économique. Les entreprises japonaises ont fort à faire au Maroc et en Afrique. Et sur le continent, explique SEM l’ambassadeur, le Japon est conscient que le Maroc, avec son réseau et son expérience, est la meilleure porte d’entrée. Les confidences intéressantes du diplomate…

ALM : Il y a quelques jours, deux associations de développement dans la région d’Agadir ont reçu des dons japonais pour financer des projets dans le domaine de l’eau potable. Ce type de dons et d’aide au développement est une tradition du gouvernement japonais…

Takashi Shinozuka : Absolument. Il est vrai que dans le passé, les montants des dons étaient plus élevés. Et le gouvernement japonais s’était rendu compte que les formules dont il disposait n’étaient pas toujours adaptées aux besoins des bénéficiaires sur le terrain.
En 1989, le Japon a lancé une nouvelle génération d’aides au développement aux projets locaux d’un montant allant de 500.000 à un million DH.
Nous faisons ce genre d’opération un peu partout dans le monde et spécialement dans les pays qui sont éligibles à ces aides. Le Maroc est en train de devenir émergent mais il est encore éligible.

Quels sont les domaines et types de projets les plus ciblés ?

C’est surtout dans les domaines des services de base comme l’eau potable, la santé, l’éducation et les petites infrastructures de base.

Qu’en est-il de la coopération japonaise au Maroc ?

Elle a commencé en 1967. Au début, il s’agissait essentiellement de coopération technique à travers notre agence la JICA et sporadiquement quelques dons. Au début, les dons et les prêts étaient octroyés directement par le gouvernement japonais. Mais plus tard, la JICA a commencé à prendre progressivement en charge les opérations dans leur totalité.

Comment, à votre avis, cette coopération devrait et pourrait évoluer dans les années à venir ?

En fait cela dépend des souhaits exprimés par le Maroc et de ses priorités. Pour l’instant, c’est essentiellement la santé et l’éducation. Aujourd’hui, il y a trois axes principaux pour notre coopération avec le Maroc. Le premier consiste à accompagner le pays dans un développement durable et équilibré qui renforcerait son économie. Le deuxième axe est la réduction des disparités. Quant au troisième axe, il consiste en ce que nous appelons la coopération triangulaire car nous savons que le Maroc a développé une vision et une expertise en matière de coopération Sud-Sud.

Comment ont évolué les budgets alloués aux aides pour le Maroc ?

Notre coopération avec le Maroc était essentiellement axée sur l’aide au développement à travers des dons. Mais durant la derniere décennie, avec le niveau de développement réalisé, le Maroc a commencé à devenir progressivement moins éligible aux aides et aux dons. Mais nous continuons à apporter notre aide et notre contribution au développement économique et social. Pour ce qui est des chiffres, à ce jour, le montant global des dons accordés par le Japon au Maroc atteint 37 milliards de Yen, soit environ 3,5 milliards DH, contre 312 milliards de Yen, soit un peu moins de 30 milliards DH. Quant à l’assistance technique, on peut l’évaluer à quelque 39 milliards de Yen, soit 3,6 milliards DH. A ce jour, 1.162 volontaires japonais ont opéré au Maroc à ce jour dans le cadre de l’assistance technique.

Quel regard portez-vous sur les relations économiques entre le Maroc et le Japon ?

Nos relations avec le Maroc sont excellentes. Mais je pense que nous pourrions faire beaucoup mieux. Aujourd’hui, quelque 70 entreprises japonaises sont implantées au Maroc. Elles n’étaient que 35 en 2014, il y a tout juste six ans. Sumitomo et Yazaki viennent de signer des conventions avec l’Etat marocain pour ouvrir de nouvelles usines. Sumitomo est le premier employeur étranger au Maroc avec 25.000 emplois qui deviendront 30.000 avec les nouvelles usines.
Mais j’estime qu’en matière d’investissements nous pourrions faire mieux. Un accord entre le Maroc et le Japon sur la protection des investissements a été signé en janvier 2020 et on attend sa publication au Bulletin officiel. Il y a également une convention fiscale qui attend d’être ratifiée.

Vous êtes en poste depuis un an. Est-ce que vous avez pu rencontrer des chefs d’entreprises japonais installés au Maroc ? Si oui quels retours vous ont-ils fait de leur expérience au Maroc ?

Les impressions sont très positives et les retours sont globalement bons. Ils estiment que le Maroc est une valeur sûre et qu’on peut faire confiance aux partenaires marocains. J’ai également pu rencontrer des patrons de grandes entreprises marocaines. A travers ces échanges, j’ai pu toucher de près pourquoi et comment le Maroc réussit en Afrique.

A ce propos, que peut apporter le Maroc au Japon sur le continent ?

Le Maroc peut nous apporter son réseau et son expérience. De nombreuses entreprises s’implantent et réussissent en Afrique dans de nombreux domaines. L’OCP, par exemple, a de grands projets en Afrique dans le domaine des engrais. Les entreprises japonaises seraient très intéressées de travailler avec le Maroc en Afrique avec des financements conjoints. Il y a beaucoup de possibilités et les hommes d’affaires japonais sont de plus en plus conscients que le Maroc est l’une des deux portes d’entrée sur le continent africain.

En tant qu’ambassadeur au Maroc, quelle est votre feuille de route pour les années à venir ?

Les relations entre nos deux pays sont excellentes mais cela ne se reflète malheureusement pas sur le plan économique. Il faudrait les renforcer davantage. Et sur le plan des échanges commerciaux il reste beaucoup à faire car leur volume n’est pas encore au niveau élevé. Mais pour les investissements, il y a de grands potentiels au Maroc que les entreprises japonaises regardent de près notamment dans les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique.

Est-ce que vous recevez des demandes de renseignements et d’informations de la part d’investisseurs japonais intéressés par le Maroc ?

Oui, nous en recevons beaucoup que ce soit à travers l’ambassade ou à travers l’agence japonaise chargée du commerce extérieur, la JETRO. Et nous essayons, de notre côté en tant que représentation diplomatique, d’ouvrir les yeux des investisseurs japonais sur les atouts du Maroc. Votre pays a une main-d’œuvre très sérieuse, bien formée, bilingue, voire trilingue. Grâce à SM le Roi Mohammed VI, le Maroc jouit d’une grande stabilité. Les investisseurs japonais sont très sensibles à ces éléments fondamentaux. En février 2020, une délégation japonaise avait visité le Maroc et les membres ont été impressionnés de découvrir les atouts et les infrastructures de haut niveau du pays.

Il était une fois Fukushima

Cela fait dix ans déjà. Le pays du Soleil levant et avec le monde vivait un remake à Fukushima de la catastrophe pratiquement similaire à celle de Tchernobyl en Ukraine quelques décennies plutôt. En effet, le Japon vient de commémorer il y a quelques heures, le dixième anniversaire de la triple catastrophe du 11 mars 2011 (séisme, tsunami, accident nucléaire), qui a traumatisé durablement toute la nation. A 14H46 (05H46 GMT), heure à laquelle le séisme a frappé en 2011, une minute de silence a été observée dans tout le pays, suivie à Tokyo d’une cérémonie où se sont exprimés l’empereur Naruhito et le Premier ministre Yoshihide Suga.

La catastrophe a fait un lourd bilan humain de près de 18.500 morts ou disparus, à cause principalement d’un gigantesque tsunami, dont les vagues hautes se sont abattues sur les côtes du nord-est japonais peu après un tremblement de terre de magnitude 9. La commémoration du 10è anniversaire intervient alors que ce drame national est encore douloureusement présent, avec des dizaines de milliers de personnes toujours déplacées et 2% de la superficie de Fukushima en zone interdite.

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