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Un taux de chômage désormais sous les 10%, 279.000 emplois rémunérés créés en un trimestre et une sous-utilisation de la main-d’œuvre en net recul…
Emploi: Au-delà de la baisse du chômage à 9,5%, les premiers résultats de la nouvelle enquête du HCP montrent une amélioration plus large du marché du travail. Une évolution que la nouvelle méthodologie permet désormais d’apprécier à travers plusieurs indicateurs complémentaires plutôt qu’au seul prisme du taux de chômage.
En mai dernier, au moment de publier ses indicateurs trimestriels sur le marché de l’emploi, le HCP a introduit une grande nouveauté en termes de méthodologie. Objectif de la nouvelle approche : donner une lecture plus fine des indicateurs, plus proche de la réalité, apporter de nouveaux éclairages bien plus instructifs que la simple lecture parfois réductrice, à tort d’ailleurs, d’un taux de chômage.
Les résultats publiés cette semaine, au titre du deuxième trimestre 2026, confirment le bien-fondé et la pertinence du changement d’approche en plus d’apporter, et c’est important, des indications quant à une évolution plutôt encourageante des indicateurs du marché de l’emploi.
Bien sûr, le premier chiffre retient immédiatement l’attention. Le chômage, désormais mesuré selon la nouvelle méthodologie du HCP, recule à 9,5%, contre 10,8% au trimestre précédent. Dans le même temps, l’économie marocaine a créé 279.000 emplois contre revenu en seulement trois mois. À eux seuls, ces deux indicateurs constituent déjà un signal encourageant sur l’évolution récente du marché du travail.
Mais ce serait presque une erreur de s’arrêter là.
En mai dernier, le HCP avait profondément revu son enquête sur l’emploi. Cette réforme n’est pas uniquement technico-statistique car, en réalité, elle change la façon d’observer le marché du travail. Nous l’avions d’ailleurs expliqué dans nos colonnes : le chômage ne disparaît évidemment pas, mais il cesse d’être l’unique porte d’entrée pour comprendre les tensions qui traversent le monde du travail.
Cette nouvelle génération d’enquête entre aujourd’hui dans sa phase la plus intéressante. Et pour la première fois, les différents indicateurs peuvent être lus ensemble car on dispose désormais d’un premier recul de six mois.
Prenons l’exemple du chômage. Il recule de plus d’un point d’un trimestre à l’autre. Pris isolément, ce chiffre peut déjà être considéré comme une évolution favorable. Mais il est désormais accompagné d’autres indicateurs qui permettent de vérifier si cette amélioration se retrouve ailleurs.
Le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre diminue lui aussi. Le sous-emploi recule. L’emploi contre revenu progresse fortement. Autrement dit, plusieurs instruments de mesure semblent converger. Même s’ils ne mesurent pas exactement les mêmes grandeurs ni les mêmes réalités, les indicateurs évoluent dans la même direction.
Une telle évolution modifie assez sensiblement la manière de lire les statistiques de l’emploi.
Pendant des années, une baisse ou une hausse du chômage pouvait donner lieu à toutes sortes d’interprétations. Était-elle liée à une véritable amélioration du marché du travail ? À une diminution du nombre de personnes recherchant un emploi ? À une évolution démographique? À un simple effet statistique ? Une seule donnée ne permettait pas toujours d’apporter LA réponse.
Lecture multidimensionnelle
Le chômage continue naturellement d’occuper une place centrale. Mais il n’est plus seul. Il est désormais entouré d’autres indicateurs qui permettent de compléter le diagnostic et de mieux distinguer les différentes formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre. C’est exactement l’objectif poursuivi par le HCP lorsqu’il a engagé cette réforme méthodologique : regarder le marché du travail sous plusieurs angles plutôt qu’à travers un seul chiffre ou deux.
Et souvent, cette approche réductrice reléguait au second plan des évolutions pourtant intéressantes et instructives.
Ainsi la création nette de 279.000 emplois contre revenu constitue naturellement l’information la plus visible. Mais elle n’est toujours pas la seule. Les créations d’emplois concernent plusieurs secteurs d’activité, avec une contribution particulièrement marquée des services, mais aussi de l’industrie et du bâtiment. Cette diversification suggère que l’amélioration observée ne repose pas sur un moteur unique de l’économie.
Autre enseignement intéressant : les évolutions restent naturellement contrastées selon les catégories de population.
Les jeunes continuent d’afficher les niveaux de chômage les plus élevés. Les femmes demeurent nettement moins présentes sur le marché du travail que les hommes. Les diplômés de l’enseignement supérieur restent également confrontés à des difficultés d’insertion plus importantes que la moyenne nationale. Ces réalités n’ont évidemment pas disparu avec l’amélioration enregistrée au deuxième trimestre. Elles rappellent que derrière les évolutions globales subsistent des situations très différentes selon les publics concernés.
C’est précisément ce qui rend la nouvelle enquête plus intéressante à suivre dans le temps.
Désormais, il devient possible de vérifier, par exemple, si les créations d’emplois s’accompagnent d’une diminution du sous-emploi, si davantage de personnes rejoignent effectivement le marché du travail ou encore si les tensions reculent de manière générale.
Diagnostic plus élaboré
Les premières publications de cette nouvelle génération d’enquêtes permettront progressivement de distinguer ce qui relève des évolutions conjoncturelles de ce qui traduit des transformations plus durables. C’est tout l’intérêt des séries rétropolées publiées par le HCP. En recalculant les principaux indicateurs depuis 2017 selon la nouvelle méthodologie, l’institution offre la possibilité de procéder à une comparaison cohérente pour apprécier les tendances sur plusieurs années.
Sans cette reconstitution des anciennes séries, chaque publication aurait constitué une photographie isolée, difficilement comparable avec les résultats des années précédentes. Désormais, les évolutions pourront être analysées sur une base homogène, ce qui renforcera progressivement la portée des analyses économiques et des évaluations des politiques publiques.
Cette montée en qualité de l’information statistique intervient à un moment où les questions d’emploi occupent une place centrale dans le débat public. Les politiques d’investissement, les stratégies industrielles, la montée en puissance de nouveaux secteurs d’activité ou encore les programmes destinés à favoriser l’emploi des jeunes et des femmes ont besoin d’indicateurs capables de mesurer leurs effets avec davantage de finesse.
C’est probablement à l’aune de tout cela qu’il faudra désormais lire les prochaines publications trimestrielles.
En toute logique, le débat ne se focalisera plus sur quelques dixièmes de point gagnés ou perdus sur le taux de chômage. Il devrait porter aussi sur la qualité des emplois créés, sur l’évolution du sous-emploi, sur l’intégration progressive de nouveaux actifs dans le marché du travail et sur la capacité de l’économie à mobiliser une part toujours plus importante de son potentiel humain,… etc.
Une telle évolution arrive au moment où justement la question de l’emploi semble devenir véritablement LA priorité des politiques publiques à l’avenir. Et pour que ces dernières soient les plus pertinentes et les plus efficaces possible, elles devront d’abord comprendre de manière bien plus fine tous les mécanismes qui déterminent l’évolution du marché du travail. Répondre à la question « combien de personnes sont au chômage » ne suffit plus même si elle encore essentielle. Mais elle ne sera qu’une infime partie de l’analyse.
Les difficultés d’accès à l’emploi ne prennent pas toutes la même forme. Certaines personnes travaillent moins qu’elles ne le souhaiteraient. D’autres renoncent provisoirement à rechercher un emploi tout en restant disponibles. D’autres encore occupent des emplois dont le volume horaire ou les revenus demeurent insuffisants. Ces situations n’appellent pas nécessairement les mêmes réponses publiques. Encore faut-il pouvoir les distinguer. Ce sont là les dimensions que permet désormais cette nouvelle lecture.
Elle offre progressivement une cartographie beaucoup plus fine du marché du travail. Non plus un ou quelques indicateurs ramassés, mais plusieurs instruments capables d’éclairer des réalités différentes. Les prochains trimestres permettront d’observer si ces indicateurs continuent d’évoluer de manière convergente ou s’ils mettent en évidence des trajectoires plus contrastées selon les catégories de population ou les secteurs d’activité.
Cette nouvelle grille de lecture devrait également modifier la manière dont seront évaluées les politiques publiques.
Une stratégie de formation professionnelle, une politique industrielle, un programme d’accompagnement à l’emploi ou un dispositif destiné à favoriser l’activité féminine ne produisent pas toujours les mêmes effets. Certains agissent sur le chômage, d’autres sur le sous-emploi, d’autres encore sur la participation au marché du travail. Disposer d’indicateurs capables d’isoler ces phénomènes permettra à coup sûr d’apprécier avec davantage de précision l’impact réel de chacune de ces politiques.
À cet égard, les résultats publiés cette semaine constituent surtout un point de départ.
Ils montrent que les principaux indicateurs évoluent aujourd’hui dans une direction favorable. Mais leur véritable intérêt apparaîtra au fil des prochaines publications. C’est leur évolution dans le temps qui permettra de distinguer les tendances de fond des fluctuations conjoncturelles.
Une autre conséquence mérite enfin d’être soulignée.
Les comparaisons internationales gagneront elles aussi en pertinence. En rapprochant son dispositif statistique des standards retenus par l’Organisation internationale du travail, le Maroc améliore la comparabilité de ses données avec celles publiées par de nombreux autres pays. Pour les chercheurs, les investisseurs, les institutions internationales ou les décideurs publics, cette convergence constitue un progrès discret mais important.
En attendant ce que vont apporter les prochaines livraisons de l’enquête sur le marché du travail, la dernière, au titre du deuxième trimestre, se prête à deux types d’interprétations somme toute complémentaire.
La première lecture est évidemment conjoncturelle. Les chiffres du deuxième trimestre témoignent sans aucun doute possible d’une amélioration du marché du travail avec davantage d’emplois créés, un chômage en recul et une diminution des différentes formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre.
La seconde lecture, elle, est plus durable.
Le marché du travail marocain ne sera probablement plus observé de la même manière qu’hier.
Le chômage conservera naturellement sa place parmi les principaux indicateurs économiques. Mais il devra désormais être lu aux côtés d’autres données qui permettront de mieux apprécier la réalité de l’emploi dans toutes ses dimensions. C’est le meilleur moyen pour avoir des politiques publiques plus efficaces parce que plus finement calibrées…










