Production de l’énergie verte, stockage sur batterie, financement… les détails d’un accord bilatéral étalé sur dix ans
Energie: Le renforcement de la coopération entre le Maroc et les pays nordiques se poursuit avec la signature d’un accord stratégique avec la Norvège dans le domaine de l’énergie. Eclairages.
Deux Royaumes et une ambition. Le Maroc et la Norvège ambitionnent de consolider un partenariat vert sur une période de dix ans. Les deux pays se positionnent sur le marché carbone. En effet, le Maroc et la Norvège ont décidé de renforcer leur coopération dans le domaine des mécanismes du marché du carbone. Lors d’une réunion à distance, la ministre de la transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, a signé le 5 mai 2026 un accord bilatéral avec Andreas Bjelland Eriksen, ministre norvégien du climat et de l’environnement, concernant la mise en œuvre de l’article 6.2 de l’Accord de Paris. Selon les responsables, «cet accord vise à développer des approches collaboratives fondées sur les mécanismes de marché prévus par l’article 6.2 de l’Accord de Paris. Il permet la mise en œuvre de projets conjoints générant des résultats d’atténuation transférables à l’échelle internationale (RTAI), contribuant ainsi à la réalisation des contributions déterminées au niveau national (CDN) des deux pays».

Le Maroc ambitionne de devenir l’un des principaux acteurs du marché en Afrique.
Concrètement, la même source précise que dans le cadre de cet accord, «les deux parties entendent mettre en œuvre le programme d’incitation à la production d’énergie renouvelable (IPER), conçu pour soutenir le déploiement d’environ 2 GW de capacité installée d’énergies renouvelables, y compris des solutions de stockage par batteries, sur une période de dix ans (2026-2036)». Plus loin encore, le programme en question met l’accent sur les projets d’énergies renouvelables plus complexes ou moins rentables qui nécessitent un soutien financier supplémentaire via les mécanismes du marché du carbone. Cette initiative devrait permettre de réduire jusqu’à 10 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone d’ici 2030, tout en renforçant l’attractivité des investissements verts, en mobilisant des financements climatiques, en favorisant le transfert de technologies et en créant des emplois.
Coopération
La signature de cet accord intervient alors que les deux Royaumes sont plus que jamais déterminés à renforcer leur partenariat. Dans ce sens, une délégation parlementaire marocaine a mis le cap sur la Norvège en janvier 2026 à l’invitation de la partie norvégienne et a effectué une visite de travail au Parlement norvégien (Storting). Les échanges ont permis de mettre en évidence la dynamique économique que connaît le Maroc, les opportunités d’investissement qu’il offre, l’essor remarquable des provinces du Sud grâce aux grands projets d’infrastructure, ainsi que les avancées majeures du Royaume dans le domaine de la transition énergétique, en particulier dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert. La délégation marocaine a souligné le rôle stratégique du Maroc dans les espaces euro-atlantiques, méditerranéens et sahélo-sahariens, grâce à sa stabilité, et ont mis en exergue l’importance de l’Initiative atlantique africaine lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en tant que projet structurant pour la promotion d’un développement partagé et intégré du continent africain. Pour sa part, la Norvège est considérée comme l’un des grands bailleurs de fonds mondiaux grâce à son fonds souverain. En effet, le Fonds de pension gouvernemental-étranger, anciennement «Fonds gouvernemental pour le pétrole», est le plus important au monde. Il gère un portefeuille de 2.100 milliards de dollars et détient environ 1,5% de toutes les actions mondiales. Le fonds reçoit l’ensemble des profits de la Norvège liés au pétrole via les impôts, les permis d’exploitation de gisement, d’exploration et les participations dans les sociétés comme Statoil ou Norsk Hydro. Ce fonds est géré par la Banque centrale norvégienne, mais une partie de cette gestion est déléguée à une cinquantaine de sociétés norvégiennes et étrangères.
Une opportunité «incontournable»
Les investissements norvégiens dans le domaine de l’économie verte sont parmi les plus importants, d’où l’intérêt au marché carbone. Le Maroc se positionne également pour devenir l’un des principaux acteurs africains et mondiaux dans le domaine. Il y a moins d’une année, Casa Finance City Authority (CFCA) avait annoncé le lancement du «Green Assets Cluster», une initiative stratégique visant à fédérer les acteurs nationaux et internationaux présents au Maroc autour des enjeux des marchés carbone. Le Maroc dispose d’une opportunité «incontournable» pour se positionner comme un pôle régional de création de crédits carbone de haute qualité, avait alors affirmé la ministre de la transition énergétique et du développement durable, Leila Benali. «Nous avons aujourd’hui une opportunité incontournable pour devenir ce pôle de création de crédits carbone de haute qualité, générateur de co-bénéfices environnementaux et sociaux», a indiqué Mme Benali ajoutant que l’engagement du Maroc ne répond pas à une logique de conformité ou de simple alignement international, mais procède d’un choix profondément éthique, stratégique et économique, mû par la conviction que l’action climatique ne doit plus être l’apanage exclusif des grands émetteurs, mais doit au contraire s’appuyer sur les atouts compétitifs des pays comme le nôtre. Il faut préciser enfin que les marchés du carbone sont des systèmes dans lesquels on échange des crédits d’émission de carbone. Ces crédits correspondent à une réduction ou à une absorption de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

Les marchés du carbone sont des systèmes dans lesquels on échange des crédits d’émission de carbone. Ces crédits correspondent à une réduction ou à une absorption de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Les gouvernements, les entreprises et même les particuliers peuvent acheter ces crédits pour compenser leurs émissions. Les crédits d’émission de carbone sont générés par des activités qui réduisent ou absorbent les émissions de carbone dans l’atmosphère. Ces activités peuvent être la protection des forêts, la restauration de zones humides, le passage des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, le captage du méthane émis par les décharges ou l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et de l’industrie. Une fois vérifiés, ces crédits peuvent être échangés, achetés ou vendus, ce qui permet aux gouvernements, aux entreprises ou aux particuliers d’atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de manière optimale sur le plan financier. Une fois achetés, les crédits sont retirés de la vente et ne peuvent donc plus être revendus.
Cluster
CFC: Le directeur général de Casablanca Finance City Authority (CFCA), Saïd Ibrahimi, avait affirmé lors du lancement du «Green Assets Cluster» que la mission de ce cluster porte principalement sur la génération d’opportunités business, le dialogue politique, la collaboration internationale, la promotion et le renforcement des capacités de toute la chaîne de valeur. Selon M. Ibrahimi qui s’exprimait à l’occasion de la 2ème édition de la conférence «Scaling up carbon market in Africa: Shaping fair and effective markets», «notre ambition en la matière consiste à faire de CFC la plateforme de référence pour l’économie du carbone sur le continent, en créant de nouveaux segments de croissance alignés avec l’agenda climatique et le potentiel africain», a-t-il fait valoir. D’après lui, cela implique aussi d’assumer pleinement le rôle de place africaine leader qui relie, structure et donne une voix commune aux acteurs africains sur les grands enjeux globaux.
De son côté, le directeur général du groupe CDG (Caisse de dépôt et de gestion), Khalid Safir, avait alors souligné que le marché volontaire du carbone peut et doit devenir un outil stratégique de financement climatique, tout en contribuant pleinement à la réalisation des objectifs fixés par l’Accord de Paris. Une telle ambition ne saurait être atteinte que si ce marché était intégré, crédible et équitable, a-t-il noté, estimant qu’un marché structuré, fondé sur des crédits carbone rigoureusement encadrés, peut générer des flux financiers additionnels orientés vers des domaines clés tels que la transition énergétique, l’agriculture durable ou encore la reforestation. M. Safir avait également rappelé que lors de la 4ème Conférence internationale sur le financement du développement, tenue la semaine écoulée à Séville (Espagne), le marché carbone a été mis en avant comme un outil clé pour canaliser les financements en faveur de la transition écologique.
Eléments clés
Energies renouvelables
Le Maroc et la Norvège entendent mettre en œuvre le programme d’incitation à la production d’énergie renouvelable (IPER), conçu pour soutenir le déploiement d’environ 2 GW de capacité installée d’énergies renouvelables, y compris des solutions de stockage par batteries, sur une période de dix ans (2026-2036).
Accord de Paris
L’accord signé entre les deux Royaumes vise également à développer des approches collaboratives fondées sur les mécanismes de marché prévus par l’article 6.2 de l’Accord de Paris. Il permet la mise en œuvre de projets conjoints générant des résultats d’atténuation transférables à l’échelle internationale (RTAI).
Investissements
Le programme met l’accent, en outre, sur les projets d’énergies renouvelables plus complexes ou moins rentables qui nécessitent un soutien financier supplémentaire via les mécanismes du marché du carbone.










