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Navigation maritime : le Maroc veut sécuriser la façade atlantique

© D.R

Mise en place d’un centre de contrôle en faveur des bâtiments en provenance de l’Amérique latine et du Sud de l’Afrique en coordination avec la Marine Royale

Marine marchande.
Le transport maritime devient une priorité majeure pour le Royaume à un moment où les routes maritimes font l’actualité internationale. Eclairages.

Le Royaume veut boucler la boucle en matière de contrôle de la navigation maritime. Après un premier centre de contrôle au nord du pays opérationnel depuis 2010 et destiné à sécuriser la navigation au détroit de Gibraltar ainsi que l’espace maritime marocain en Méditerranée, place désormais à la façade atlantique avec un nouveau projet stratégique pour le pays. Dans les détails, le gouvernement travaille actuellement à la mise en place d’un centre de contrôle de la navigation maritime en Atlantique, situé entre les villes de Tarfaya et Laâyoune. Il y a quelques jours et dans une réponse à une question orale à la Chambre des conseillers, le ministre du transport et de la logistique, Abdessamad Kayouh, a expliqué que ce centre permettra de contrôler et d’assurer, en coordination avec la Marine Royale, la sécurité des navires en provenance du sud du continent africain et d’Amérique du Sud, qui traversent l’océan Atlantique de Lagouira jusqu’au nord du Royaume. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus globale destinée notamment à consolider la puissance marocaine maritime naissante. Une stratégie qui combine sécurité de navigation, développement d’une flotte nationale, formation des ressources humaines et transformation de plusieurs ports stratégiques en hubs pour la navigation maritime mondiale. La couleur a été annoncée récemment par les responsables marocains.

Nouvelle université maritime
Les premières Assises maritimes nationales, tenues les 21 et 22 mai dernier sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ont constitué, selon le ministre, un espace de réflexion et de concertation sur l’avenir du secteur maritime, conformément aux Hautes Orientations Royales relatives au développement de la façade atlantique du Royaume et à l’accès des États du Sahel à l’Atlantique.
Concrètement, la même source a relevé que les travaux de ces Assises ont porté sur la vision et la gouvernance stratégique maritime, la modernisation de l’écosystème logistique et industriel maritime, la sécurité maritime et la transition énergétique, ainsi que sur la formation, la recherche scientifique, l’innovation et la coopération. Le Maroc veut combler le gap entre les ressources humaines formées et la demande du marché. Pour les responsables, il devient nécessaire de former plus de cadres et des gestionnaires de navires pour être au rendez-vous.
Les chiffres sont édifiants. L’Institut supérieur d’études maritimes (ISEM) forme annuellement entre 150 et 170 étudiants, alors que la demande annuelle pour ces compétences est estimée à environ 1.100 postes.
Ainsi, le ministère travaille sur la création d’une université maritime sur la façade méditerranéenne, en exécution des Hautes Instructions Royales, afin de répondre aux besoins liés aux nouvelles méthodes d’encadrement, à la digitalisation et à la formation des futurs officiers.

Conseil national supérieur
Par ailleurs, plusieurs recommandations avaient été formulées lors des dernières Assises. Dans ce sens, les participants aux premières Assises maritimes nationales avaient appelé à la mise en place d’un Conseil national supérieur de la mer, conçu comme une instance de coordination interministérielle afin d’accompagner la mise en œuvre d’une vision intégrée, inclusive et durable du secteur maritime du Royaume. Dans les recommandations qui ont couronné les travaux des Assises, organisées sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les participants ont expliqué que ce Conseil servirait également d’instance de concertation institutionnelle avec les acteurs publics et privés, chargée de proposer les grandes orientations stratégiques et d’assurer la cohérence des politiques sectorielles liées aux espaces maritimes et littoraux.

Les participants ont également appelé à l’adoption d’une stratégie nationale de développement d’une flotte maritime forte et compétitive, contrôlée par des sociétés de droit marocain, en plus de doter la Direction de la marine marchande d’un cadre institutionnel rénové et de ressources renforcées, en vue de lui conférer l’autonomie, l’agilité et les moyens d’action nécessaires à l’exercice efficace de ses prérogatives. Ils ont, en outre, mis en avant la nécessité d’améliorer la gouvernance maritime vers un modèle davantage intégré et coordonné, en renforçant les mécanismes de coopération et de synergie entre les sous-secteurs présentant de fortes interactions opérationnelles, ce qui permettrait d’améliorer la cohérence de l’action publique, de fluidifier le processus de préparation des textes législatifs et réglementaires, de faciliter la prise de décision et d’assurer une gestion plus efficace des priorités nationales liées au développement maritime. Les participants ont aussi appelé à engager une refonte globale du cadre juridique maritime national, à travers la révision du Code de commerce maritime, afin de garantir une meilleure cohérence avec la réglementation internationale.

Flotte nationale
En matière de développement de la flotte nationale et de souveraineté logistique, les recommandations émises ont porté sur la mise en place d’un dispositif spécifique de financement dédié à l’acquisition, au renouvellement et à la modernisation des navires, adossé à un mécanisme public de garantie, en plus de la création d’un Registre international marocain offrant aux armateurs marocains un cadre compétitif, souple et attractif leur permettant de s’aligner aux meilleures pratiques internationales, ainsi que d’un régime fiscal maritime plus adapté, incluant une «Taxe au tonnage», afin d’améliorer l’attractivité du pavillon marocain et de favoriser l’investissement dans les navires. S’agissant de la modernisation logistique et industrielle maritime, les participants aux Assises ont appelé à accélérer la digitalisation de l’écosystème maritime national, à faciliter l’échange sécurisé de données et à développer des plateformes numériques intégrées au service de la compétitivité logistique du Royaume, en plus de favoriser l’émergence d’un écosystème de construction et de réparation navale, ciblant, dans une première phase, la maintenance, la réparation et la conversion des navires.

Sécurité de la navigation
Recommandations. Dans le domaine de la sécurité de la navigation maritime et la transition énergétique, les recommandations des participants aux dernières Assises ont porté sur le renforcement du cadre réglementaire et procédural applicable à la gestion des navires à la dérive susceptibles de présenter un risque pour la sécurité de la navigation maritime, ainsi qu’à la préservation du littoral, des infrastructures maritimes et portuaires et l’environnement marin. Les participants ont aussi mis en avant la nécessité de renforcer les capacités nationales de surveillance et de sécurisation de la navigation maritime à travers le développement de centres de surveillance de la navigation maritime et le déploiement de technologies avancées de surveillance sur les façades atlantique et méditerranéenne du Royaume, outre la mise en place d’une feuille de route nationale de décarbonation du transport maritime, alignée sur les engagements internationaux du Royaume. Quant au volet de la formation, de la recherche et de la coopération internationale, les participants ont recommandé le renforcement du système national de formation maritime afin de l’aligner sur les besoins évolutifs du secteur, à travers le développement d’un écosystème intégré de formation, de recherche et d’innovation dans les métiers de la mer, notamment par la création d’une Université maritime à Tanger et le repositionnement stratégique de l’ISEM en tant que pôle national d’excellence.